Ces Prolégomènes constituent le premier recueil de poèmes d’Annie Lafleur. Active depuis plusieurs années dans le milieu des arts visuels, notamment par le biais de monographies, celle-ci nous plonge dans un univers expérimental qui n’a rien de desséché, jouant à merveille des tensions entre le concret et l’abstrait, la syntaxe linéaire et le chaos. Farouchement libres, les textures verbales de ce livre s’escriment à faire advenir un autre qui s’amuse à exiger, faire souffrir, se donner. Les lecteurs de Claude Gauvreau, d’Huguette Gaulin, de James Joyce ou de Beckett reconnaîtront là des accents « familiers », alors que les lecteurs aventureux trouveront matière à se déplacer.
« Artillerie de lumbago en soutane matin pêchée au fort le fort crampe microscopique posée sur les veaux parfumés caméra entre-mâchée d'avenue
concert l’enfant dans une épuisette à ménés sécularise une rocaille d’hameçons sanglots se place et transpire »
J’ai lu quelques livres (Rosebud, Ciguë) d’Annie Lafleur, et c’est sans doute celui qui m’a le plus fasciné. Bien sûr, c’est du Annie Lafleur, il ne faut pas s’attendre à de grandes envolées lyriques; le pathos est à un niveau minimal. Mais quelque chose, dans la manière de ces poèmes, est venu me chercher.