« Elle m'a dit que, si je n'arrêtais pas de faire des reproches aux gens, plus personne n'allait m'aimer. Je pense que c'est encore une faute de mots, parce que c'est déjà comme ça. » - p. 10
J'ai tellement été bouleversée par le début de ce livre, par l'écriture qui y règne. Il ne s'agit pas que de découvrir une nouvelle plume: c'est découvrir le monde dans lequel on vit d'une perspective si différente. En à peine quelques pages, on a l'impression de tellement comprendre, de remettre en question nos idées et nos perceptions des personnes autistes. Je pense que nous avons tous côtoyé, de près ou de loin, des personnes autistes au cours de notre vie. C'est extrêmement difficile de savoir comment ces gens se sentent au fond d'eux, juste de nous l'expliquer, surtout quand ils sont enfants, c'est un défi beaucoup trop immense. Alors, comme la facilité nous apparaît comme étant plus attirante, c'est plus facile de simplement les juger, de souligner leur différence dans cet élan de mesquinerie, de se rabattre sur ce qui fait qu'ils ne sont pas « normaux », de confondre un caprice d'enfant avec un véritable cri du cœur.
En lisant ce livre, on repense à ces personnes que nous ne comprenions pas, à ces personnes qui nous ont marqué par leur personnalité et leurs façons de faire si différentes. On a juste envie ensuite de leur tendre la main. Ce serait naïf de se dire « ça y est, j'ai tout compris », parce que c'est une réalité complexe. Mais c'est tellement positif de laisser cette tribune aux personnes neuroatypiques, de leur passer le micro et de les écouter attentivement. Pour de vrai. Parce qu'on veut vraiment les aimer comme ils sont. Et pas juste pour que ça fasse beau ou pour bien paraître.
C'est pourquoi je trouve que cette oeuvre est non seulement magnifique, mais aussi nécessaire. C'est plus qu'un simple livre, c'est un outil de compréhension et de dialogue. Cet écrit, entre les mains de jeunes du primaire ou du secondaire, accomplirait tellement de belles choses.
Rares sont les livres où on se trouve réellement dans la tête d'un personnage, encore moins quand ce dernier est un enfant, et en plus, est neuroatypique. C'est une écriture intelligente, réfléchie, pleine de sens, tellement savamment pensée. Je pense que rien n'est laissé au hasard, tout est calculé, mais le style n'en perd pas pour autant son caractère artistique au profit d'une allure plus cartésienne: une poésie résidait au creux de l'écriture, mais cette poésie avait une raison d'être, une raison d'être qui dépassait cet attrait esthétique que représentent les plus belles phrases de la littérature.
La relation de la protagoniste avec ses parents m'a tellement bouleversée. Pour qu'une mère dise à son enfant qu'on ne l'aimera pas, qu'elle se réjouisse pratiquement de sa disparition, pour qu'elle jalouse sa fille parce que son père pleure plus pour elle, pour qu'elle repousse le diagnostic pourtant évident qui plane sur la tête de sa fille, pour qu'elle refuse de l'aider à aller mieux... ça me dépasse complètement. Énormément d'aveuglément volontaire entourait le personnage de la mère, celle qui ne veut rien voir, ni entendre, ni comprendre, ni admettre qu'elle a peut-être ses torts. Si sa propre mère ne fait même pas l'effort de chercher à aller plus loin pour le bonheur de sa fille, qui le fera? Les prises de conscience du père m'ont émue à plusieurs reprises: j'avais l'impression qu'en militant contre cet aveuglément volontaire si fort, il réalisait qu'il aimait sa fille, dans toutes ses différences.
Lire sur la diversité est important à mes yeux. C'est tout aussi vrai pour celle qui ne se voit pas, même si on peut l'oublier parfois.
Ce livre, c'est comme la clé vers un tout autre monde. C'est une lampe de poche qui éclaire les noirceurs qui nous échappent. C'est la voix de milliers d'enfants dans le monde qui demeurent incompris. Mais c'est aussi et surtout un ouvrage de référence marquant dans une vie de lectrice, d'une pertinence inestimable et d'une force incroyable.