Jump to ratings and reviews
Rate this book

L'Argent #1

Das Geld

Rate this book
Travailler plus et plus durement, dans la joie et la bonne humeur, pour l'honneur et le plaisir du travail accompli et bien fait? Quelle idée! Et pourtant, il y a cent ans, il aurait été inenvisageable d'enfiler un gilet jaune ou de se mettre en grève!Cet essai de Charles Péguy de 1913 nous plonge dans le passage à l'ère moderne. Mêlant à ce portrait pamphlétaire d'une société en mutation des souvenirs d'enfance, l'auteur pressent la crise, le règne absolu de l'argent et de la bourgeoisie. Les anciennes valeurs, honneur et travail, font désormais place à la valeur financière. De l'ouvrier au paysan jusqu'à l'enseignant, l'argent obsède, corrompt. Faire la classe n'est plus une mission mais une obligation professionnelle et lucrative. Et ce qui se passe dans la cour des petits est le reflet des changements survenus dans celle des grands. Car ces hommes qui cherchent à gagner plus en travaillant moins ne font que se précipiter vers un naufrage. Mais la mécanique est en marche, tout retour en arrière impossible.

Paperback

First published January 1, 1932

6 people are currently reading
212 people want to read

About the author

Charles Péguy

343 books70 followers
Charles Pierre Péguy (Orléans, 7 janvier 1873 ; Villeroy, 5 septembre 1914) est un écrivain, poète et essayiste français. Il est également connu sous les noms de plume de Pierre Deloire et Pierre Baudouin1.

Son œuvre, multiple, comprend des pièces de théâtre en vers libres, comme Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912), et des recueils poétiques en vers réguliers, comme La Tapisserie de Notre-Dame (1913), d'inspiration mystique, et évoquant notamment Jeanne d'Arc, un personnage historique auquel il reste toute sa vie profondément attaché. C'est aussi un intellectuel engagé : après avoir été militant socialiste libertaire2, anticlérical puis dreyfusard au cours de ses études, il se rapproche à partir de 1908 du catholicisme et du conservatisme3 ; il reste connu pour des essais où il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de la modernité (L'Argent, 1913).

Ratings & Reviews

What do you think?
Rate this book

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
11 (12%)
4 stars
30 (33%)
3 stars
33 (37%)
2 stars
12 (13%)
1 star
3 (3%)
Displaying 1 - 11 of 11 reviews
Profile Image for P.E..
969 reviews762 followers
December 6, 2021
Arts&Crafts, inc.


De quoi est-il question ?

Cette contribution de Charles Pierre Péguy aux cahiers de la quinzaine (n°6 XIVe série, daté de février 1913) porte sur l'emprise grandissante de l'économie de marché sur la société civile.
Au cours de son exposé, il montre combien les valeurs de l'enseignement républicain et religieux, qui l'ont formé, lui et sa génération, vont au rebours des valeurs réellement considérées et dominantes dans la société de leur temps, et qu'il qualifie de valeurs bourgeoises et radicales - entendu dans le sens du parti radical. Du reste, il se prend à regretter qu'à l'heure de l'écriture de ce texte, les enseignants en France s'entichent de prétentions qui dépassent le cadre de leur métier : celui d'enseigner aux élèves ce qu'il importe qu'ils sachent, à tout niveau.


Mon avis :

Pour ma part, j'estime que ce petit texte - malgré ou peut-être bien à cause des meilleures volontés de Péguy - s'égare dans une vision assez irénique, voire idyllique et essentialiste, de la société avant 1880 - couronnement des lois scolaires de Jules Ferry - et plus encore avant 1789.

'Dans ce temps-là, on ne gagnait rien. Les salaires étaient d'une bassesse dont on n'a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d’aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n’avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n’y avait pas cette espèce d’affreuse strangulation économique qui à présent d’année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait.'

-----

'Il y a eu la révolution chrétienne. Et il y a eu la révolution moderne. Voilà les deux qu'il faut compter. Un artisan de mon temps était un artisan de n'importe quel temps chrétien. Et sans doute peut-être de n'importe quel temps antique. Un artisan d'aujourd'hui n'est plus un artisan.
Dans ce bel honneur de métier convergeaient tous les plus beaux, tous les plus nobles sentiments. Une dignité. Une fierté. Ne jamais rien demander à personne, disaient-ils. Voilà dans quelles idées nous avons été élevés. Car demander du travail, ce n'était pas demander. C'était le plus normalement du monde, le plus naturellement réclamer. C'était se mettre à sa place dans un atelier. C'était, dans une cité laborieuse, se mettre tranquillement à la place du travail qui vous attendait. Un ouvrier de ce temps-là ne savait pas ce que c'est que de quémander. C'est la bourgeoisie qui quémande. C'est la bourgeoisie qui, les faisant bourgeois, leur a appris à quémander. Aujourd'hui dans cette insolence même et dans cette brutalité, dans cette sorte d'incohérence qu'ils apportent à leurs revendications il est très facile de sentir cette honte sourde, d'être forcés de demander, d'avoir été amenés, par l'évènement de l'histoire économique, à quémander. Ah oui ils demandent quelque chose à quelqu'un, à présent. Ils demandent même à tout le monde. Exiger, c'est encore demander. C'est encore servir.'


'Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c'est le propre d'un honneur. Il fallait qu'un bâton de chaise fût bien fait. C'était entendu. C'était un primat. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu'il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. [...]
Il ne s'agissait pas d'être vu ou pas vu. C'était l'être même du travail qui devait être bien fait.'


-----

'Tout était un évènement ; sacré. Tout était une tradition, un enseignement, tout était légué, tout était la plus sainte habitude. Tout était une élévation, intérieure, et une prière, toute la journée, le sommeil et la veille, le travail et le peu de repos, le lit et la table, la soupe et le bœuf, la maison et le jardin, la porte et la rue, la cour et le pas de porte, et les assiettes sur la table. [...]

Ils eussent été bien surpris, ces ouvriers, et quel eût été, non pas même leur dégoût, leur incrédulité, comme ils auraient cru que l'on blaguait, si on leur avait dit que quelques années plus tard, dans les chantiers, les ouvriers, - les compagnons, - se proposaient officiellement d'en faire le moins possible ; et qu'ils considéraient ça comme une grande victoire.'


Tout ceci me rappelle l'attitude de certains milieux intellectuels russes qui, au cours de la seconde moitié du 19e siècle, tenaient à préserver le plus possible un monde paysan régi par des statuts juridiques spéciaux, attachant le paysan au sol, lui assurant sa subsistance et l'intégrité des terres agricoles en dehors des circuits de l'économie de marché, et dans le même temps, le faisant dépendre de lois qui en font un membre littéralement à part de la société russe.



----

Le tout est bien de montrer par contraste à quel point les Français et le genre humain tout entier a perdu avec l'extension tous azimuts du capitalisme, qui conduirait chacun plus ou moins à se comporter en bourgeois.

D'autre part, Péguy récuse les recettes d'un certain socialisme de son temps, porté par des ténors tels que Jean Jaurès (qu'il vomit intégralement) et mis en pratique par la grève générale, qui n'est rien de moins qu'un moyen politique de plus pour établir ce qu'il qualifie de fausse égalité sociale, éloigner les gens de toute richesse réelle, bannir de la société tout idéal de bien commun : idées partagées du reste par Charles Maurras, ou par José Ortega y Gasset. Pour lui, c'est bien simple, avant les évènements qui ont précédé directement la Révolution, les gens qui se cantonnaient dans la pauvreté étaient pratiquement assurés de ne pas tomber dans la misère. Alors que de son temps, c'est véritablement l'inverse qui se produirait : ceux qui ne cherchent pas à sortir du rang tombent dans la misère, et seuls les joueurs peuvent espérer quelque gain.

'c'est peut-être là la différence la plus profonde, l'abîme qu'il y a eu entre tout ce grand monde antique, païen, chrétien, français, et notre monde moderne, coupés comme je l'ai dit, à la date que j'ai dit [= 1880].'

'Nous avons connu, nous avons touché un monde [...] où un homme qui se bornait dans la pauvreté était au moins garanti dans la pauvreté. C'était une sorte de contrat sourd entre l'homme et le sort, et à ce contrat le sort n'avait jamais manqué avant l'inauguration des temps modernes. [...]'

'L'homme qui résolument se bornait dans la pauvreté n'était jamais traqué dans la pauvreté. C'était un réduit. C'était un asile. Et il était sacré.'


-----

L'argent, homonyme du roman de Zola, ne porte donc pas le même jugement sur le fait de l'argent et de sa circulation croissante, avec celle des travailleurs, eux-mêmes devenus un capital que l'on dépense ou que l'on épargne.

'C'est parce que la bourgeoisie s'est mise à traiter comme une valeur de bourse le travail de l'homme que le travailleur s'est mis, lui aussi, à traiter comme une valeur de bourse son propre travail [...], que le travailleur, lui aussi, par imitation, [on pourrait presque dire par entente] s'est mis à faire continuellement des coups de bourse sur son propre travail.'

Là où Emile Zola salue les pouvoirs presque prométhéens des entrepreneurs capitalistes tels qu'Octave Mouret ou, en demi-teinte, le dangereux magnétisme d'un Aristide Saccard, Péguy refuse ouvertement toute vertu, toute valeur solide à l'argent par lui-même, et considère qu'il ne résulte de l'extension du capitalisme moderne qu'une extension de la bourgeoisie, de ses façons insolentes, hypocrites, brutales, impitoyables et lâches.


Bibliographie :

Sottisiers :
Dictionnaire des idées reçues
Exégèse Des Lieux Communs

Fictions décadentes :
Contes cruels
La Cathédrale
Jude the Obscure
Le Désespéré

Essais :
De la Démocratie en Amérique, tome II
La rebelión de las masas
Mes idées politiques

'[...] on ne vivait point encore dans l'égalité. On n'y pensait pas, à l'égalité, j'entends à une égalité sociale. Une inégalité commune, communément acceptée, une inégalité générale, un ordre, une hiérarchie qui paraissait naturelle ne faisait qu'étager les différents niveaux d'un commun bonheur.
— Charles Péguy, L'argent


Histoire :
Nouvelle histoire de la Révolution française
La France du XIXe siècle. 1814-1914
303: Mémoires industrielles
Profile Image for Singletau.
15 reviews3 followers
March 1, 2020
Livre ancré dans son époque, mais qui aborde des thématiques et des clivages parfois étonnamment d'actualité
221 reviews11 followers
August 2, 2020
Edición española comentada, ligeramente recortada y con algunos errores de traducción. Reflexiones procedentes de artículos del autor en los “Cahiers”, el título es algo engañoso. Los temas principales son la enseñanza, la política de su tiempo, los ancianos, la historia etc. Aunque en general merece la pena, muchas de las personalidades que aparecen en el libro no son precisamente conocidas hoy día, como tampoco lo son algunos de los temas de debate, lo que hace la lectura algo dura a pesar de la profusión de notas al pie. Por otro lado es interesante descubrir el sentir de una Francia que había sido humillada por Prusia y que se iba a ver envuelta de nuevo en un conflicto con ella durante la Gran Guerra.
Profile Image for Jerome.
75 reviews
March 6, 2021
Ce petit livret est une critique acerbe, tire sur tout ce qui bouge. Même si, contrairement au titre, il ne parle quasiment pas d'argent (???)... Quelques idées sont intéressantes et sortent de l'ordinaire, comme sa division de l'histoire, non pas en antiquité/moyen-age/renaissance/modernisme, mais en antiquité/christianisme/capitalisme. Malgré tout, ça reste quand même plus un article de journal, plutôt qu'un livre.
116 reviews
May 21, 2020
Of course, this is Peguy, what do you expect? However, it's a brilliant homage to all the teachers, "one of the most beautiful jobs in the world". Food for thought on the evolution of "work" at the beginning of the text, and the essence of craftsmanship. Essay published in 1913, re-published in 2016.
23 reviews27 followers
September 6, 2020
This book is my latest obsession. It is so beautifully written in a rather unique style. I might write a proper review soon.
117 reviews
July 27, 2024
Un pamphlet sur l'air de "c'était mieux avant"...
Une position résumée par cette citation : "Et je ne hais rien tant que le modernisme."
Position que l'on peut comprendre et qui mérite d'être argumentée (encore plus aujourd'hui !), mais un peu mieux qu'en renvoyant à un âge fantasmé et en vantant la simplicité et la pauvreté d'un "peuple" idéalisé. D'ailleurs, comment parler à ce point de la pauvreté comme d'une vertu, et passer sous silence la misère effroyable et l'exploitation que cette époque et les précédentes avaient largement connues ? Surtout de la part de quelqu'un qui s'était dit socialiste. En fait, Péguy est essentiellement un réactionnaire.
À cela s'ajoute une agressivité qui sied mal au "sage". Il y a un passage particulièrement violent contre Jean Jaurès, à la limite de l'appel au meurtre (le texte sort en 1913 ; Jaurès sera assassiné l'année suivante pour avoir tenté de défendre la paix).
On trouve aussi une diatribe contre la bourgeoisie coupable, mais tellement brève et épidermique qu'elle n'est d'aucune utilité.
Du foin pour les populistes !
À lire tout de même, pour le contexte historique et dans la perspective de l'évolution des idées. C'est dans ce texte que l'on trouve l'expression appelée à un grand succès : les hussards noirs de la République. Elle désigne les enseignants de la fin du XIXe siècle (1880) auxquels Péguy rend un hommage plein de respect et de tendresse.
Displaying 1 - 11 of 11 reviews

Can't find what you're looking for?

Get help and learn more about the design.