« Depuis sa disparition, Léo me manque. Lors de notre tout dernier échange, il m'a dit, s'adressant à ses parents et amis à travers moi : «Je vous quitte pour un monde meilleur.» Six mois plus tard, personne ne sait s'il est toujours en vie mais quelque chose me dit que sa formule, un rien mélodramatique, n'annonçait pas un suicide. »
Où donc est passé Léo ? Son entourage s'interroge sur le mystère de sa disparition. Qui était-il vraiment ? Que fuyait-il ? S'il vit toujours, où est-il allé se perdre ? Nul ne se doute que pour trouver des réponses à ses propres questionnements, Léo s'est réfugié dans un autre monde, celui des fictions et des rêveries qu'elles éveillent en nous.
Il y a vingt ans, Tonino Benacquista racontait dans son roman à succès Saga l'odyssée de quatre scénaristes engagés dans un projet d'écriture qui transformait leur vie ; avec Toutes les histoires d'amour ont été racontées, sauf une, il explore cette fois le phénomène de la série télévisée du point de vue du spectateur qui en devient accro. Scénarios et personnages se multiplient jusqu'au vertige dans ce roman d'une inventivité prodigieuse, qui nous rappelle que seule la fiction a le pouvoir de réparer le réel.
La fiction peut-elle réparer tout ce que la réalité nous fait subir ? La question posée est particulièrement actuelle, à l'heure du binge-watching, mais elle résonnera aussi pour tous les grands lecteurs ou cinéphiles qui depuis leur enfance se cachent derrière la tranche d'un livre ou se perdent dans un écran. Pourquoi des histoires aux personnages caricaturaux et aux scénarios si prévisibles ont-elles ce pouvoir de réconfort sur nous (et jusqu'à quel point) ? D'autres questions surgissent en contre-point: pourquoi les auteurs ressentent-ils ce besoin de raconter des histoires ? La réponse est au fond un peu la même : "L'être de fiction cesse tout questionnement quand il reconnaît que les desseins de l'homme réel, au contraire des siens, sont indéchiffrables."
Du point de vue de la narration, ce livre relève d'une grande maîtrise. On parle de fiction, créée et reçue ; le narrateur nous parle de Léo (première mise à distance), Léo partage avec nous les multiples séries qui l'absorbent. Les personnages de ces séries se situent au même plan que lui. Harold (clin d'oeil à Byron?), l'écrivain qui perd la seule femme qui l'ait jamais aimé et petit à petit, son art, agit en double cynique de Léo. Petit à petit, la réalité si triste et pourtant belle (la ville de Paris est magnifiée sans tomber dans le cliché) de Léo se mêle à la fiction des séries télé. Jusqu'à son incursion parmi elles. Tout se mêle et on ne sait plus qui de la réalité ou de la fiction est venue la première. On n'attend plus cette histoire d'amour qui n'a pas été racontée, et pourtant, lorsqu'elle finit par l'être, elle est touchante et surprenante (exploit!).
Les dernières pages en particulier semblent être des conseils adressés aux écrivains et une déclaration d'amour à la fiction. "Harold, pense à ceux qui n'ont que ça, les histoires. Ceux qui sont exclus de la chose intellectuelle, démunis devant le discours. Ceux que la fiction aide à discerner les mensonges de leur époque. Elle leur rappelle leurs désirs premiers. Elle met à leur portée des choix qu'ils n'avaient pas examinés. Elle est la revanche des humbles. Comme la musique, elle est un langage universel, elle vise au coeur, elle a le pouvoir d'émanciper et de consoler. Elle sait réenchanter quand guette la résignation. Elle est le laboratoire de nos civilisations et le dernier espace de résistance, tant à l'autorité qu'à la morale. Ton devoir de conteur t'impose de dire tout ce que tait le politique, tout ce que le savant ne peut encore anticiper, tout ce que le penseur n'ose pas concevoir."
Même si on aperçoit parfois les ficelles de l'art narratif, ce livre est très beau et plein de phrases magnifiquement trouvées. J'adore.
J'étais si contente qu'on lise un Tonino Benacquista dans le cadre du club de lecture. C'est un auteur que j'affectionne particulièrement, du moins, c'est ce que je croyais, jusqu'à ce que je prenne le temps d'analyser les livres que j'ai lu de lui. Finalement, mon amour est mitigé ! Il a écrit des romans que j'ai vraiment adoré et d'autres que j'ai trouvé insipides, comme celui-ci. Quelle déception. Je n'ai pas comprit le but du roman ni qui est le personnage principal. Est-ce le narrateur ? Léo ? L'auteur dont la femme meurt au début ? Et qui est dans la fiction ? La fin n'est pas tellement clair en raison de l'apparition de Leo dans le dôme. Bref, beaucoup de mouvements de sourcils de ma part. Surprise - pas nécessairement positif - incompréhension, ennuie, déception - il a tellement fait des romans géniaux, comment a t-il pu écrire ce roman ? Donc, on comprend que je n'ai pas apprécié ma lecture. Je me suis emmerdée du début à la fin, sauf lorsque c'était les passages de l'auteur qui doit écrire une histoire sur sa femme. Ce personnage était intéressant. Mais, étais-ce la réalité ou la fiction ? On reste dans le flou, incapable de réellement savoir quoi est quoi, quelle trame narrative est la réalité ... Lisez dont Saga ou Quelqu'un d'autre à la place et ne perdez pas de temps avec ce roman.
- Il rit, pleure, s’indigne ou applaudit, redécouvre l’infini nuancier des émotions humaines, les subtils sentiments oxymores, la modestie arrogante, la bienveillance sélective, l’individualisme assisté, la fantaisie conformiste, l’altruisme pragmatique, l’effacement orgueilleux, l’originalité convenue, la désinvolture généreuse. […] La comédie humaine est une farce bouleversante qui se renouvelle chaque jour.
- La beauté est dans le regard de celui qui observe.
Un roman chorale de 200 pages? Presque. On regarde la télévision au travers du personnage principal. Donc on s'intéresse davantage aux intrigues qu'il regarde qu'à son cheminement mental... On raconte donc un paquet d'histoires, parfois courtes parfois longues. Outre celle de l'auteur anglais, on n'entre peu dans les détails ce qui empêche de savoir de qui il est question rapidement. Bref, même si cela se lisait facilement, ce roman ne me laisse pas d'image ou d'émotion claire en tête. Bravo pour les clins d'oeil aux romans précédents.
28/07/2024 : Comme dit ma grand-mère, il y a des gens sur Terre qui ne font pas de petites choses. Tonino Benacquista se niche confortablement dans ce parterre d’élus sauvages d’écrivains contemporains voraces et sagaces qu’aucune misère humaine ne saurait éloigner.
Pour cette deuxième lecture, les frissons de rouvrir cette boite de Pandore après l’écoulement de plusieurs saisons en demi-teinte dans ma vie se sont fait ressentir. Et si la pointe de génie orgueilleux que j’avais décelée n’était que simulacre, que fumée, que désillusion ? Et si l’écriture qui m’avait parue douce-amère, envoûtante, irrésistible n’était que vaniteuse, poussiéreuse et fadasse ? Et par-dessus tout, si ma confiance bienheureuse dans ce monde en lambeaux risquait d’être mis en péril par ce qu’on nomme communément aujourd’hui de la fiction ?
Benacquista a su cerner, encapsuler et délivrer, conformément aux exigences de qualité, d’évasion et de style, ce produit si addictif et si décrié (parfois à juste titre), au travers d’une mise en abyme spectaculaire et mélodramatique. Au final, j’en suis (re)tombée amoureuse.
Et pourtant, il y a plus facile à aimer comme roman : entre les digressions et les changements de points de vue compulsifs, les intrusions de l’auteur pour radoter sur les fonctions de la littérature ou sur la cruauté insoupçonnée des hommes, le pianotage existentiel des protagonistes et de leurs compères méta-fictifs, les diatribes sur notre ancrage au réel (ou sur ce qui s’apparente comme tel) qui se fait plus bavard que gracile… y a de quoi lâcher l’affaire et aller voir ailleurs…
Pourtant, je suis restée là, pendue à chacun de ses bons mots (un peu comme Lena s’est entichée de l’arrogant Harold Cordell malgré les crises). Au final, la version de moi qui ressort de cet univers est lessivée mais redevable, à l’image de Léo qui s’empresse d’engouffrer la magie de la réalité extérieure après des mois d’hibernation.
Ce n’était pas l’expérience la plus réjouissante (S.O.S CYNIQUES ANONYMES), mais comme elle valait le coup ! Benacquista, quel interprète, scénariste, metteur en scène et critique de la machine humaine tu fais!
Allez, je vais pas vous assommer non plus, le livre l’a sûrement déjà fait avant et beaucoup mieux (mais moins bien que Shakespeare, s’entend). Je retiens de ce roman une flopée d’émotions déchirantes et exaltantes, un amour renouvelé pour les arts qui nous bousculent pour nous reconstruire, et cette sentence implacable dans sa justesse : « A quoi bon accomplir quand exister suffit? ».
I enjoyed this reading for the fascination I have in reading fictions inside a fiction. I think Tonino makes a description in this book for television stories and gets really light jumping from one to another, introducing us to different tv series that the main character watches. I loved the way he described the plot and some occurrences of this series, as I read them I found them appealing and also quite difficult not to imagine these characters in a screen, with camera angles and sets included although these are not discussed. I also found very difficult to actually produce some of these tv fictions but that made more interesting
The madness of Leo is not really investigated, nor is his descend to that state. He in the end is just a vessel to transmit the other stories which ends being disappointing as Leo is the main character and the one I expected to suffer the most action.
Overall it is a good read but due to the amount of subplotsI could not get over the fact that not much happens and the the book just finishes. This subplots are enjoyable and multiple characters are introduced and mixed at some point of the book, I found this genial and an idea that could have been better exploited. Leos mad dream was no surprise .
Finally the last Cordell subplot ended with a praise to fiction which to me sums up the spirit of the book, fiction on fiction, which invites us to find the meaning in the book . Easily read, I like Tonino's style and fiction
Bon bah clairement je suis passée à côté de ce livre. Et pourtant, j'ai vraiment été fan de "Saga" et de "Malavita", mais j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans cette histoire. Léo, un jour, disparait. Ses amis s'inquiètent, mais ils ne savent pas où il peut être. Et pourtant, ils sont surs qu'il n'est pas mort. Il regarde en fait la télévision, se perd dans des séries télévisées, et confond réalité et virtuel. Et nous aussi, on est dans la confusion.
« Alors retourne au boulot, parce que si la fiction existe, c’est pour nous rappeler que la vie est bien plus précieuse que la fiction. »
Benacquista ne déçoit jamais! Encore une fois, un livre formidable que j’ai bien apprécié. Je trouverais que l’histoire était un peu all over the place par moments, mais c’était bon quand même. Beaucoup de personnages, un peu difficile de bien se placer dans l’histoire quand c’est le cas, mais tout fini par s’arranger.
Ce roman est une sorte de labyrinthe. Attention à rester attentif si on ne veut pas s'y perdre. On est transporté dans de multiples histoires, c'est parfois drôle, fantaisiste, poignant, attachant. Au final, j'ai trouvé le livre original mais sans plus.
j'adore lire plusieurs livres du même auteur à la suite car on se familiarise avec son univers et apprend à reconnaître sa patte, chez benacquista tout est célébration de la fiction, qui s'immisce dans le réel. à tel point que dans ce livre on ne sait plus vraiment quels personnages sont fictionnels et quels personnages ne le sont pas. ca se lit tout seul mais je ne pense pas que ca me marque outre mesure, parfait pour les vacances hihi
Je me suis sentie tellement bien dans ce livre. Un vrai petit cocon réconfortant et apaisant. Ce livre m'a fait un bien fou, alors je ne suis probablement pas très objective.
On s'attache beaucoup plus aux personnages que Léo suit à travers son écran qu'à Léo lui même. Probablement parce que l'on passe, comme lui, plus de temps avec ces personnages fictifs. Et franchement ce n'est pas dérangeant le moins du monde. Je me suis demandée si Léo n'était pas simplement un connard qui ne savait pas faire face aux péripéties et petits soucis de la vie, parce qu'au lieu d'accepter son sort il rejetait la faute sur les autres et sur le monde entier. Sauf que je n'avais simplement pas de compassion pour lui. La raison pour laquelle il prend le large est réellement nulle. Mais l'histoire, les sentiments sont si justement traitée qu'on finit par oublier ce petit détail décevant. Décevant mais réaliste.
Finalement, on découvre, on apprend à comprendre et aimer un personnage totalement désabusé qui avait simplement besoin de faire une pause dans sa vie pour accepter les petits tracas et s'accepter.
La fin est réellement juste. Simple mais efficace. La boucle est bouclée et elle est traitée de manière très cohérente.
Je n’ai pas terminé trop d’histoires. Parfois trop c’est comme pas assez. Pourtant je suis une grande fan de l’auteur et ai aimé tous ces autres romans.