« L'un des plus anciens au monde se trouve à Alep, non loin de la maison où habitait ma grand-mère: le bimaristan Al-Arghun. Je devrais dire « se trouvait », puisque la guerre l'a presque réduit en cendres. Mais je dis « se trouve », parce que la mémoire est un pays en soi. Un jardin souverain où ce que l'on croit fané vit encore. »-p. 14
L'histoire débute en force: l'image de l'enfant et de la jarre qu'il croit soudée à sa tête m'a profondément secouée. Mais ce qui arrive malheureusement avec les débuts trop puissants, c'est qu'on se bâtit des attentes, qui sont difficiles à déconstruire par la suite sans souffrir de cet affreux sentiment qu'est la déception. C'est un peu ce qui m'est arrivé.
D'abord, j'ai aimé que certaines expressions ou certains mots arabes n'aient pas été traduits. Je déteste quand l'auteur cherche à tout prix à tout rendre si évident et si facile pour le lecteur, en faisant pleuvoir des notes de bas de page jusqu'au déluge ou en usant de cet outil rarement pertinent qu'est le glossaire. Je ne parle pas du tout arabe. Mais j'aime devoir creuser un peu, chercher la bonne réponse, j'aime observer la phrase de longues minutes pour deviner ce qui est réellement écrit. Tout faciliter dans la lecture rendrait peut-être le livre plus accessible, mais ce serait à l'opposé d'une expérience active et consciente de lecture. C'est un peu une manière d'interagir avec le lecteur, et il m'a fait plaisir d'avoir cet échange.
L'enquête de Léa, sorte de pèlerinage maquillé, me donnait envie de voyager avec elle et de me plonger dans ce monde si loin du mien. Les anecdotes concernant Agatha Christie, le savon d'Alep et l'amour des mots me plaisaient bien et rendaient les passages plus informatifs un peu moins lourds.
Mais c'est un peu là que mes points positifs se terminent. Je sais qu'énormément de recherches ont été faites pour écrire ce livre, ce qui le rend si riche de contenu. Mais le problème, c'est que ça paraît. J'ai trouvé l'écriture pédagogique, presque scolaire. L'autrice est une brillante journaliste, et je trouve que c'est évident à la fin de sa lecture. Je ne saurais lui reprocher d'avoir ce style si éditorial qui se retrouve souvent dans les quotidiens du monde, puisque le sien demeure différent. Mais qu'il soit différent ou similaire aux autres, il demeure que ce livre cherche à instruire sans s'en cacher. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, mais j'aime personnellement qu'on me glisse ici et là des informations, sans pourtant nuire à la fluidité du récit ou à son rythme. Ici, j'avais vraiment l'impression qu'on entrechoquait certaines anecdotes historiques, mais sans penser à bien les fondre à l'histoire, de sorte à ce qu'il était facile de séparer l'histoire de Léa et l'histoire du peuple de sa Téta. J'aurais voulu que les deux saignent l'une d'en l'autre et qu'elles forment cette masse indissociable.
Mais le problème pour ma part, c'est surtout que j'aurais vraiment voulu que ce soit une auto-fiction. Ça n'enlève absolument rien à la qualité du roman (plusieurs diraient même que ça ajoute quelque chose), mais cette qualité purement fictive m'a déplu. Évidemment, les bribes historiques sont véridiques, mais l'histoire de Léa ne l'est pas, et j'aurais tristement aimé qu'elle le soit. C'est ce qui a fait en sorte que sa propre histoire ne m'intéressait pas, sa « relation » avec Sam me semblait inutile et sans intérêt. Il me semble que c'est un roman tellement personnel que ça me fait complètement déchanter de penser au fait que ce n'est même pas un peu inspiré de l'histoire d'une jeune femme ayant vécu quelque chose de similaire. L'aspect fictionnel, couché avec le plus que vrai des horreurs de la guerre, ne collaient juste pas pour moi. On s'en doute, j'ai le même avis pour la fin. Je ne comprends pas pourquoi venir brusquer cette tranquillité qui s'était installée dans le récit dans les quelques pages de la fin, tout ça pour pratiquement rien.