Je l'ai sécrété. Il a débordé de ma peau, de ma bouche et de mon sexe. C'est l'histoire d'amour qui dit à la misère d'aller se faire foutre, le temps d'un roman. C'est le roman de la drogue qui n'en finit pas d'adoucir les chagrins, le roman de la poésie qui n'en finit pas d'embellir la vie. C'est le roman de Gaston. Gaston récitait des vers de François Villon dans un bar d'égarés. Il faisait crever d'émotion les têtes soûles qui l'écoutaient. Un beau matin, viré. Le cul froid sur le pavé. Pour se tenir compagnie, il a inventé des mots, un dialecte de lutteur, de forcené du bonheur. Il s'est fait collectionneur de cheveux. Anti-mendiant. Confident des camés. Soupirant fou de Mariette. Père poule en quête de son poussin Julien. Indéfectible alcoolique. Opiniâtre espérant. J'entends sa voix. Sa rage amoureuse.
Il sait cueillir la joie où elle n'est pas. Il a ce don, Gaston.
Née en 1980, Emilie de Turckheim publie à vingt-quatre ans Les Amants terrestres (Le Cherche Midi). Son expérience de visiteur à la prison de Fresnes lui inspire en 2008 Les Pendus (Ramsay). En 2009, elle reçoit le prix de la Vocation pour Chute Libre (ed. du Rocher). Elle publie en 2012 Héloïse est chauve (éditions Héloïse d’Ormesson) qui a reçu le prix Bel-Ami.