Les vampires hantent l'histoire du cinéma depuis ses débuts, comme ils ont hanté la littérature et les beaux-arts en y faisant des apparitions troublantes et fulgurantes. Dracula, Carmilla, Orlok, Nadja, Lestat de Lioncourt, Edward Cullen, l'Eve de Jim Jarmusch... les visages des nosferatus (les non-morts) changent, mais leur présence fascine toujours les artistes, prouvant l'étrange plasticité du mythe originel dont on observe ici toutes les facettes. En premier lieu, l'amour fou, "for ever and ever", confronté à son versant sombre, la dévoration érotique. Mais aussi la jeunesse confrontée à l'immortalité, l'innocence à la décadence, la dépendance à la liberté. La violence. enfin - "it's about power", dit Buffy, c'est une question de pouvoir. Le vampire, marginal, libertaire, déstabilise le corps social, détruit les codes bourgeois, met au défi le cinéma, art de la lumière, par sa nuit interminable. Aujourd'hui, le vampire est cool, il accepte de faire naître le rire autant que le désir - quelle forme prendra-t-il demain ? Béla Lugosi, Christopher Lee, Tom Cruise, Catherine Deneuve, David Bowie, Delphine Seyrig, Johnny Depp, Tilda Swinton, et des oeuvres de Francisco de Goya, Niki de Saint Phalle, Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Mike Kelley, Claire Tabouret, Philippe Druillet...
Des essais et entretiens avec notamment Francis Ford Coppola, Werner Herzog, Olivier Assayas, Albert Serra et Bertrand Mandico. Une filmographie très complète de plus de 300 films de 1913 à 2020.
Cinémathèque Française: Le catalogue de l'exposition du 9 octobre 2019 au 19 janvier 2020.
« Y a-t-il, dans tout désir, de l'abjection et du dégoût de soi-même ? »
Un ouvrage intéressant sur le mythe du vampire. À travers divers essais et interviews, la figure vampirique est exploitée. Le catalogue est composé de dossiers imagés (affiches de films, gravures, peintures, clichés de tournages…) classés par thématiques.
Grâce à ce livre, j’ai appris des choses sur la réception du vampire dans l’art, surtout dans l’art cinématographique. J’ai particulièrement aimé la présentation des films en fin d’ouvrage.
Cependant, même si j’ai trouvé l’ouvrage très intéressant, il m’a paru rester en surface et tourner en rond à travers les différentes interviews. J’aurais aimé en apprendre davantage sur les aspects politiques, poétiques, etc, de la figure vampirique. De plus, lorsqu’on ne connaît pas suffisamment le domaine, nous croulons un peu sous des références potentiellement inconnues. Cela s’explique par le fait qu’il s’agit d’un catalogue reprenant les éléments d’une exposition sur le thème du vampire.
J’ai néanmoins apprécié cette lecture qui a su enrichir ma culture cinématographique.
L'exposition de la cinémathèque française doit être bien sympa, sûrement plus que cet ouvrage qui en découle. Les photographies sont top mais j'ai trouvé les essais décevants, les auteurs ont même tendance à se répéter entre eux, sur des sempiternelles thématiques qui en deviennent lassantes.
”De quoi les vampires nous menacent-ils? D'une vie éternelle, d'une vie sans oubli, sans sauvetage par l'oubli. Une vie de personnage de cinéma, donc, vie de spectre. Le cinéma a transformé le vivant: il nous a plongé dans l'éternité enregistrée, sans amnésie, sans résilience. Celui qui ne meurt pas est celui que la nuit n'oublie pas : […] celui d'un maudit, d'une bête, d'un fantasme.”