Depuis des années, Lysis joue un double jeu: cadre haut placée dans un gros laboratoire pharmaceutique à la culture résolument patriarcale, elle est aussi une militante féministe qui attend son heure. Quand elle rend enfin publique une étude sur les risques liés à l'un des médicaments du laboratoire, la révolte éclate. Lysis et les autres membres de sa cellule déclarent une grève de la maternité, bientôt suivie par des femmes du monde entier.
Il y a 2 500 ans, Lysistrata entrainait les Grecques dans une grève du sexe destinée à faire cesser la guerre. Au 21e siècle, sous la plume de Fanny Britt et Alexia Bürger, les femmes font face au boys' club et brandissent le pouvoir d'enfanter pour lutter contre les inégalités sociales.
Je devais voir cette pièce au TNN il y a quelques semaines. Dans les circonstances j’ai plutôt décider de la lire. J’avais déjà un parti pris, j’adore la plume de ces deux autrices. De façon individuelle, elles sont toujours fabuleuses, ensemble, elles sont électrisantes. Je ne peux que souhaiter avoir la chance de voir et d’entendre ce texte fort sur les planches dans un avenir rapproché.
Quel malheur que la pièce n'ait pas été joué sur les planches de TNM! À lire le texte, je ressens encore plus la tristesse de ne pas voir pu la voir jouer.
La pièce est absolument divertissante et pertinente, un équilibre souvent difficile à atteindre. Bravo!
Adaptation aussi sous forme de pièce de théâtre (je ne sais pas si c’est le mot juste) de Lysistrata d’Aristophane. Lysis joue sur deux tableaux: cadre d’un gros laboratoire à la culture d’entreprise patriarcale, elle est aussi militante féministe radicale. Quand une étude sur un médicament pour la fertilité commercialisé par ce laboratoire est rendue publique, les femmes se révoltent. Elles font la grève de la maternité pour lutter contre les inégalités sociales. J'ai eu un peu de difficulté à surmonter les premières pages, mais ça valait le coup. Texte coup de poing qui amène nécessairement des réflexions sur l’ordre du monde, la féminité, les boys clubs. La présentation matérielle des didascalies (pas vraiment d’espace entre les répliques, caractères très petits) a un peu nui à ma lecture, mais rien de majeur. C’est peut-être l’adaptation pour la tablette qui donne ce résultat.
Cette pièce témoigne de façon remarquable d'une colère immense et justifiée. Cette colère prend des visages multiples auxquels la pièce tente de faire référence. Lysis cherche à concentrer toute cette colère et à donner à toute ces composantes un catalyseur commun (un médicament pour augmenter la fertilité des femmes qui affecte leur santé mentale). Ce catalyseur, qui est, j'en conviens, une raison valide pour se rebeller contre une compagnie, semble plutôt faible lorsqu'on considère l'ampleur des problèmes qui ont menés à cette colère.
La pièce elle-même semble s'éparpiller à quelques reprises. Plusieurs intrigues secondaires sont abordés, mais la conclusion de certaines n'est pas entièrement satisfaisante (), comme l'est celle de la pièce entière qui n'est pas suffisamment développé (on passe de révélation en révélation sans laisser le temps à chacune d'avoir un effet sur le lecteur ou la lectrice et sans expliciter les liens de cause-conséquence entre elles). Cependant, les différents tableaux sont sans doute plus puissants sur scène.
Cet éparpillement amplifie toutefois la diversité des personnages dont les réactions et les ambitions variées sont à l'image de la diversité du monde. L'usage du choeur amplifie avec brio cette unité des intérêts d'un groupe (caractérisée pour les femmes par la colère) au sein de cette discordance des personnalités.
Quel dommage que cette pièce, qui devait être présentée au TNM ce printemps n’ait jamais joué ! J’ai apprécié la panoplie de personnages féminins et leur éventail de personnalités bien représentatives du monde réel. La quantité de personnages est peut-être intense, mais elle sert un but bien précis, celui d’exposer les contraintes et désirs qui diffèrent de personne en personne et qui peuvent moduler leurs limites. Les personnages ne sont ni blancs ni noirs dans leurs décisions et c’est d’où le livre tire sa force.