Notre mère venait de mourir. Dans un carnet qu'elle avait laissé traîner, ma sœur m'a dit avoir trouvé des petits traits au crayon qui comptaient les jours écoulés depuis mon départ. Ma mère en avait tracé 185. Imaginer cette femme à l'esprit si anticonformiste – elle était allée, enfant, jusqu'à refuser qu'on lui bande les pieds –, traçant ces petites lignes, jour après jour, m'a bouleversée.
Dénoncée par ses étudiants pour ses idées « bourgeoises », emprisonnée et torturée par les autorités maoïstes, Zhimei Zhang parvient à quitter la Chine en 1985 pour finalement s'établir à Montréal. La vie dans une société libre est à la fois enivrante et déstabilisante : nouvelles amitiés, nouvelles langues, chocs culturels cocasses ou troublants… Dans ce recueil de réminiscences ponctué de poèmes délicats, la grande dame décrit sa transformation en « Québécoise pure soie », revient sur les moments marquants de sa jeunesse et raconte comment, en 2017, elle a revisité l'un des épisodes les plus douloureux de sa vie en retournant en Chine pour faire la paix avec ceux qui l'avaient trahie.
Je n’ai pas lu l’autre roman « Ma vie en rouge » du même auteur, peut-être aurais-je dû; j’aurais peut-être mieux apprécié celui-ci. La vie, banale à mon avis, d’une femme immigrante chinoise de 80 ans au Québec. Elle y raconte ses collections d’antiquités (sans grand intérêt) et de broderies qu’elle a données à deux musées au Québec après avoir ramener les pièces qu’elle acheté au fil de ses affectations en Chine qui ont échappé à la Révolution culturelle. Doit-on la remercier, quand on sait que plusieurs pays ont du mal à conserver leur patrimoine qui se disperse autour de la planète…
Plusieurs références au patrimoine religieux du Québec, alors même que le catholicisme est en chute libre un peu partout sur la planète et en tant que membre de la génération X, cela ne m’a guère interpellé. Elle y raconte surtout, comment trente ans après son arrivée elle a (enfin) décidé de s’intéresser à la culture francophone de son pays d’adoption (il n’est jamais trop tard). À mon avis, ce témoignage est un exemple patent à quel point au Québec on peut « réussir » sa vie sans jamais vraiment s’y intégrer, mais surtout à quel point notre système d’immigration est un échec et qu’il menace la survie du français.
Je n’ai retenu que cette phrase « La vie est un combat en amont. Quand tu es fatiguée et que tu te sens incapable de monter, place une roche derrière toi, assieds-toi, repose-toi un peu puis continue. Il ne faut jamais te laisser glisser parce que tu ne pourrais plus remonter. »
Je vous laisse choisir si vous voulez lire ce court roman qui ne devrait pas laisser plus de traces dans votre parcours littéraire qu’un papillon qui passe dans votre jardin 😉