Il était une fois un conte obscurci, englouti par un océan de ténèbres, qui gisait tout au fond du foyer des histoires, étouffé en secret sous le gris de la cendre.
Dans un pays lointain, la jeune Eugénie est mariée de force au mystérieux Roi Barbiche par son père. Commence alors pour elle un voyage aux confins du monde qui l’entrainera dans un château rempli de noirceur.
Pensé à la fois comme une relecture de Barbe bleue, une réponse littéraire aux contes des Précieuses du XVIIIe siècle et aux romans magiques d’Angela Carter, Le chien noir s’inscrit dans une histoire féminine de la littérature. Celle d’Anaïs Nin, de Mary Webb, en passant par les sœurs Brontë ; des autrices qui refusent l’ordre établi et le bousculent par l’expression d’un désir éclatant. La mise en lumière de l’étrangeté personnelle devient ainsi une arme d’émancipation.
Un conte très noir, réécriture de Barbe Bleue et inspiré d'autres, dans la grande tradition des faits magiques et médiévaux. Cependant, le récit est moderne, s'inscrivant parfaitement dans la liste des Unhinged Women Books. C'était à la fois divertissant et inattendu !
Attention, à ne pas mettre entre toutes les mains. TW : VSS, torture et autres délicatesses à base de sang et de mort
C'est un conte qui se dévore plus qu'il ne se lit, comme sa protagoniste est dévorée par la noirceur du monde dans lequel elle est forcée de vivre.
J'ai été sous le charme, dès les premières lignes du prologue, de l'incroyable écriture de l'autrice. Son style est superbe, empreint d'une très forte poésie, avec un vocabulaire riche et de nombreuses figures de style qui font naître les images sous nos yeux. On se laisse emporter, aspirer. C'est un style qui se prête particulièrement bien à la forme du conte, qui fait ressortir toute la force de ce genre. Les éléments magiques sont subtilement amenés et participent à la construction d'un univers à la fois inquiétant et intriguant. On retrouve par ailleurs tous les ingrédients du conte merveilleux, et j'ai aimé ce schéma où chaque chapitre est une péripétie.
Sur le fond, l'autrice nous propose une réécriture intelligente et subtile du conte de Barbe Bleue, émaillée de nombreuses références merveilleuses et modernes. C'est une histoire très sombre, dure et violente, qui peut être une expérience désagréable pour les plus sensibles. Les descriptions sont particulièrement graphiques, l'horreur est omniprésente. Je n'ai rien contre les textes d'une telle violence, mais ici, j'ai été mise très mal à l'aise par les scènes de viol. On sent, dans la volonté de l'autrice de multiplier les malheurs de sa protagoniste, une certaine obsession pour les violences sexuelles. C'était trop, et probablement bien inutile. Ça m'a donné la nausée, et c'est ce qui m'empêche de mettre cinq étoiles à ce récit qui est une excellente découverte pour tout le reste.
L'autrice prend le parti de changer la fin de l'histoire, grâce à l'adjuvant animal qu'elle a fait intervenir dès le début. On est à fond dans le happy end traditionnel et lumineux, qui contraste fortement avec toute la noirceur du récit. Je reste mitigée sur cette conclusion. Elle semble nécessaire et parfaitement à sa place, mais je crois que j'aurais préféré que le récit s'arrête une scène plus tôt. La victoire féminine n'en aurait pas perdu de sa force selon moi, au contraire.
C'est une lecture qui me marquera, vers laquelle je reviendrai même peut-être.
Je ne sais pas quoi penser de cette lecture, déjà c'est trop gore et violent pour moi mais sûrement car je ne suis pas une habituée du genre. J'avais l'impression de voir parfois de la violence gratuite pour coller au personnage de Barbiche (assez caricatural) mais cela peut être justifié car c'est une réécriture de conte. Je ne sais pas comment expliquer mais cette lecture était très étrange : horrifique mais naïve et détachée en même temps
Une petite merveille dénichée par une maison d'édition trop peu connue, et qui met en avant un conte de fée "à l'ancienne", c'est-à-dire qui va mettre le lectorat en face de sa psyché, de ses peurs, de ses impulsions et horreurs. On y retrouve plusieurs inspirations de contes, de Barbe-Bleue à La Belle et la Bête en passant par Peau d'Âne ou Raiponce. J'ai été particulièrement fascinée et envoûtée par la plume, la noirceur et tout le symbolisme, si cher à mon cœur. C'est gothique, sombre, fascinant, j'ai aimé suivre Eugénie, cette princesse qui passe d'une geôle à une autre, du père au mari et qui va découvrir un château fantasmagorique, fait de tapisseries enchantées, de pièces secrètes et fêtes décadentes. Un parcours initiatique qui nous plonge dans l'horreur de l'humanité, la tyrannie des hommes et une animalité sauvage qui peut nous sauver. Bref, une lecture qui sort des sentiers battus et quelle joie de découvrir ce type d'œuvre !
Un était une fois une princesse solitaire à l'étrange apparence. Un château ténébreux construit sur une île isolée. Un époux bestial. Un compagnon silencieux....
Je termine le mois sur une bien belle lecture ! Le genre de diamant noir qui m'emporte à tous les coups. Sombre, violent, féerique, audacieux, Le Chien Noir de Lucie Baratte a répondu à toutes mes attentes en matière de conte de fées gothique, propulsant ce texte puissant au sommet de mes lectures du mois. Avec son écriture lyrique, son sens de la description, ce foisonnement végétal de lieux perpétuellement plongés dans les ténèbres et la sauvagerie des éléments qui les entoure, l'auteur revisite avec brio plusieurs mythes macabres (Barbe-bleue, La belle et la bête...) en les adaptant aux préoccupations actuelles.
Il était une fois une princesse qui allait plonger au coeur du mal pour atteindre la lumière. Il était une fois une histoire de liberté, de courage et de chemin que le malheur nous pousse à emprunter lorsque nous sommes acculées. Il était une fois des chuchotements dans la nuit, des créatures fascinantes, un château labyrinthique, une magie ancienne, des hommes bouffis de cruauté et des combats silencieux qui conduisent aux portes de la folie...
Laissez-vous emporter par ce récit surnaturel, qui, malgré une fin un peu convenue, reste une lecture enthousiasmante, un texte d'un symbolisme puissant et une vraie réflexion sur le pouvoir de l'émancipation. L'histoire promet davantage puisqu'elle se double d'une invitation à visiter un site internet dédié qui permet d'enrichir cette expérience gothique tout à fait réussie.
Meilleure lecture du mois ! Je découvre à la fois Lucie Baratte et les éditions du Typhon qui semblent posséder de bien belles pépites dans leur catalogue (et dont je salue la charte graphique au passage !)
Évidemment, maintenant, j'attends la sortie de «Roman de Ronce et d'Épine» avec une impatience fébrile !
J’ai adoré cette lecture : un conte qui reprend les codes de son genre tout en s’ancrant dans le monde actuel, qui reprend les bases des contes pour enfants en déviant carrément vers le roman gothique et la noirceur. Une lecture envoûtante, originale, noire mais pleine d’espoir.
Dans cette réécriture du conte de Barbe Bleue, on suit Eugénie qui pense être sauvée de son père le roi Cruel (c’est son nom) lorsque l’étrange Barbiche l’épouse et l’emmène vivre avec lui sur son île. En chemin, elle va trouver et adopter un chien noir, pas très en forme. Une fois arrivée dans le château de son nouveau mari, elle va découvrir de nouvelles facettes de sa personnalité... ⠀ Le livre commençait plutôt bien puisque j’ai complètement adhéré à l’écriture. Pour le coup, le roman est vraiment écrit comme un conte (chaque chapitre commence par « il était une fois ») et la plume est vraiment bien travaillée et agréable. En plus de ça, l’ambiance est vraiment bien maîtrisée même si l’on ressent parfois quelques longueurs. ⠀ Là où j’ai été gêné, c’est au niveau de certaines scènes un peu trash par moments que j’ai trouvé parfois gratuites ou traitées bizarrement. Par exemple, on a des scènes de viol qui ne sont pas incohérentes dans l’histoire, mais ce qui m’a gêné c’est de voir qu’elles semblent presque anecdotiques : comme si c’était désagréable pour le personnage sur le coup mais qu’une fois le moment passé, c’était presque aussitôt oublié. ⠀ Pour continuer dans les scènes douteuses, on a une scène de zoophilie qui a (plus ou moins) une explication à la fin du roman mais qui est quand même assez gratuite, et surtout jamais remise en question ni même mentionnée par la suite. Sur le coup, c’est juste raconté comme si c’était normal. Par la suite, on a aussi une scène de violence/torture particulièrement sordide qui ne m’a pas vraiment semblé justifiée. ⠀ J’ai plutôt apprécié la fin mais malheureusement ça n’a pas suffit à me faire oublier tous les points qui m’ont gêné pendant ma lecture. Dommage parce que l’ambiance et l’écriture étaient vraiment sympa !
Je suis assez lassée de la réécriture de conte et de l'inversion de leurs codes pour y imprimer une écriture féministe, donc je n'ai pas été très sensible à ce roman qui reprend Barbe Bleue et la Belle et la Bête, dans une noirceur sans nom et dans une culmination de violence (qui paraît parfois franchement complaisante). Le style est accrocheur, même si l'emploi de certains termes très peu usités donnaient un peu l'impression d'une belle écriture forcée. Tous comme les allusions modernes (sweet sixteen, monopoly, chaï, twist) m'ont complètement sortie de l'univers, même si elles sont là pour encrer le conte dans notre réalité. La postface d'Élisabeth Lemirre est intéressante, mais ne fait que souligner l'évidence quand elle parle du roman en question. Le livre est un très bel objet, il n'y a quasiment pas de coquilles (un défaut trop fréquent avec les petites maisons d'édition) et le parti pris intéressant. Mais de mon côté, ce sera une lecture que j'aurai voté oubliée.
3,5. J’ai été souvent très mal à l’aise, mais le détournement du conte en roman gothique est intéressant… la plume est ciselée et précieuse comme celle du conte de fées ce qui est parfois agréable et vraiment joli, parfois prétentieux. Y’a des scènes vraiment gores et traumatisantes, pourtant j’ai l’habitude de lire des trucs trashs, mais comme le soulignent d’autres critiques, elles ne sont pas vraiment remises en question et questionnées. Par contre, grande question, pourquoi appeler ce roman Le Chien noir ? C’est dommage car Eugenie est un personnage qui se suffit par elle-même, je ne comprends pas pourquoi le chien prend autant de place…
Il était une fois une jeune princesse mariée de force par son père au terrifiant et cruel Roi Barbiche. Commença alors un voyage terrible aux confins de la noirceur...
Il était une fois... Une adaptation très libre des célèbres contes Barbe Bleue et La Belle et la Bête, un petit bijou gothique qui venait surprendre son lecteur à bien des égards.
Il était une fois... Un univers à la beauté envoûtante et troublante, mais aux dessous viscéralement effroyables. Une narration qui empruntait à la fois à la mécanique traditionnelle du conte et à des influences plus contemporaines que l'on saura évidemment apprécier.
Il était une fois... Une auteure qui parvenait à merveille à renouveler des thèmes vus et revus, et à insuffler à son héroïne des aspirations féministes et modernes, la rendant plus réelle, plus proche de nous.
Il était une fois... L'horreur et la noirceur exprimées de façon très visuelle et néanmoins de manière très élégante. Sans peur de la violence des mots, sans peur de choquer le lecteur. Sans peur du tout.
Il était une fois... Un livre à acheter de toute urgence. Un roman qui bouleverse les codes et se veut captivant de la première à la dernière page. Un œuvre rare. Précieuse.
L'autrice joue à la perfection avec les codes des contes et nottament celui de Barbe Bleue qu'elle revisite ici. L'ambiance est noire et brumeuse, etrange et malaisante. L'écriture tranchante nous fait ressentir parfois cette terre humide et glaciale ainsi que l'odeur du sang et de la cruaute qui traverse ces pages. C'est brutal comme les contes peuvent l'être pour les enfants.