« Le parti pris d'intelligence de Jacques Ferron en fait un écrivain à part, assez étranger a sa génération. Ses articles d'actualité sont ce qui se fait de mieux au Québec dans le genre, puisque nos chansonniers, au sens français, ont l'humour plutôt tragique. Dans «Historiettes», il est question d'actualité actuelle mais aussi d'actualité ancienne. Si vraiment «on ne peut assumer que le passé qu'on a vécu», comme le prétend Ferron, il faut chercher dans ce que nous sommes aujourd'hui les récoltes de nos anciennes semailles. Ferron le fait et il n'est pas étonnant qu'il s'y amuse et qu'il nous amuse. Aucun «grand homme» n'est épargné par la verve intarissable de notre historien malgré lui. Ni Lionel Groulx, ni Claude Wagner, ni Jacques Cartier, ni Champlain, ni Maisonneuve («une sorte d'imbécile»), ni La Dauversière (qui selon Ferron aurait servi de modèle à Molière pour le personnage de Tartuffe), ni même Jeanne Mance («une rabatteuse») qui serait plutôt, selon une certaine école, une grande femme. Ferron aime l'histoire de notre peuple; il n'aime pas l'histoire de ses «héros». Il n'aime pas nos historiens et il les ridiculise avec une délicieuse mauvaise foi. Ces «historiettes», peu connues, sont à lire et à savourer, sans faute. »
Réginald Martel, La Presse