Engagée à contre-sens, la poésie de Bernard Noël ne cesse à sa manière de traquer le mystère de l'incarnation, et le titre Extraits du corps est à prendre dans son acception la plus concrète, la plus littérale. Car la poésie est ici vibration d'une voix blanche arrachée à la mécanique humaine qui pense, qui aime, qui souffre, qui rêve et s'acharne à faire souffle avec de la peau et des os. Elle est aussi ce lancinant défi au grand silence de Dieu : comment la chair peut-elle donc retourner au verbe ? Et comment, mot à mot, ôter une lettre à la mort ? Les mots de Bernard Noël sont en effet pareils à des lambeaux à vif, lambeaux de muscles et de nerfs, de sexe ou de coeur, puisque l'esprit s'en tient à cette texture vivante de la matière. Une telle écoute, une telle exploration de l'univers physique, loin d'asservir le poète à son "je", libèrent et guident vers une parole anonyme faite d'évidence, de dépouillement, de transparence. Ce qui s'écrit, ce qui se dit cherche à créer ou à révéler l'espace mental entre la vue et la visée : c'est un pari qui trouve son chant dans le champ visuel, comme si l'oeil, en plus du prisme des couleurs, possédait un prisme des sonorités, des signes et des sentiments. Alors les syllabes se découvrent neutres, lavées, rendues à la plus fragile origine.
Bernard Noël was a French writer and poet. He received the Grand Prix national de la poésie (National Grand Prize of Poetry) in 1992 and the Prix Robert Ganzo (Robert Ganzo Prize) in 2010.
« Et la peau floconne à travers la chair avec douce lenteur » (36).
« Il y a des perceptions à nerfs, à squelette et à chair. J’avance de l’une à l’autre, comme à travers les bandes d’un spectre. Il arrive aussi qu’une perception s’immobilise tout au long du corps, à partir des yeux. Elle est alors ce chemin de corpuscules que traversent mes os, ma chair, que rayent mes nerfs. Plus souvent, elle est comme une fibre tendue dans la fibre d’un nerf. Cela se produit surtout dans la moelle épinière, où débute d’ailleurs tout ce qui a trait au ventre. La part la plus inaccessible de moi demeure la poitrine. La texture des poumons. Il y a même, entre l’aisselle droite et le foie, un espace qui ressemble à un désert. C’est une sorte de trou convexe par rapport au reste du corps. Quelque chose comme le siège du froid installé à proximité de la chaleur vive des organes » (42).
« Tout mon corps est au bord de se perdre dans un lent tourbillon qui met ma chair en poudre. Ma peau n’est plus que l’ombre d’un ciel de peau » (76).
Telo ako súčasť reči, reč ako súčasť tela: reč zbytostnená do tela, reč, ktorá naberá fyzickú, ktorá naberá hmatateľnú formu: "Všechno, co se ve mně podobalo očekávaní, se / zřítilo do výdutě břicha." Poézia ako najautentickejší možný záznam života naprieč desaťročiami, básne, ktoré sa rozkladajú, starnú, zlyhávajú (nie však esteticky!) spolu so starnúcim organizmom, spolu so stúpajúcou hrôzou zo sveta. Životné básnické dielo ako najväčšia možná metafora všetkého. A napokon: Noël ako súčasť toho najlepšieho, čo v dnešnej svetovej poézii máme.
'Výřezy z těla' (1958) a 'Sonety smrti' mají jistou temnou sílu, kdy jsem si říkal, že kdyby Bernard Noël nepsal, byl by dobrým režisérem body hororu ve stylu Davida Cronenberga. Ale on je Noël v jádru romantik... o kterém jsem se ale víc dozvěděl z dlouhého roztěkaného dopisu, než z většiny jeho zde prezentované poezie, která mnou ale prakticky kompletně protekla, bez toho, aby cokoliv zanechala. Šel jsem skrze text. Básně typu:
Co je to zelenina krajím horské pastviny řezání je filantropie cibule
Je to taková ta rádoby autenticita v předstírání. Ne, i kdyby mi tisíc expertů řeklo, že tohle je "génius našeho věku", řekl bych jim, já to tak určitě necítím, Strajpsové. Ale jeden drobek, co mě zaujal:
"každá rána musí sežrat svou bolest k čemu jinému by sloužil její tvar"