Ce roman est le journal intime d'un personnage de fiction. Plus d'un demi-siècle après la publication des carnets de son ravisseur par Vladimir Nabokov, Lolita se livre enfin. L'adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l'Amérique des années 50, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille.
Ce livre, qui débute à la fois comme une obsession liée à l'histoire personnelle de l'auteur mais aussi un défi qu'il se lance à lui-même, est une œuvre de fiction sous la forme d'un journal retrouvé, après des années de recherche, de la jeune fille probablement la plus connue de l'histoire de la littérature, Lolita.
Journal de L. en constitue ainsi les passages retenus par l'auteur, et qui couvrent la période du roadtrip entrepris par Humbert Humbert, ravisseur de Lolita, à travers les États-Unis, puis sa fuite vers Clare Q., mais aussi des histoires nouvelles qu'il ne faudra pas essayer de rapprocher du roman de Nabokov tant elles ont été inventées par Christophe Tison. En effet, et puisque ne va pas là un roman-miroir mais une réécriture passionnée, la voix unique et singulière qui narrait autrefois les pensées et désirs de HH disparaît aujourd'hui pour laisser la place à celle de Lolita qui, privée de son enfance, projetée dans une adolescence hâtive, nous livrera ses réflexions les plus banales comme les plus rares, les plus belles comme les si simples, et où vont ainsi se mêler rage, résignation, révolte ou colère, mais aussi amour ; puisque, comme l'auteur le dit lui-même dans une interview pour Le Quotidien, « les enfants ont une capacité à rebondir et à croire quand même en la vie, à croire quand même en un avenir meilleur, qui est incroyable je pense. »
Cela peut être déroutant au départ de lui entendre une voix. Une voix mature, posée et poétique, qui contraste avec celle entendue par HH lorsqu'elle ne fait que demander des glaces ou de nouveaux vêtements. Aussi, cette première partie vient déranger tout ce que l'on connaît du chef d’œuvre si célèbre, tant par réflexe, ou via une impulsion première, l'on vient chercher à s'accrocher à ce que l'on a retenu de cette histoire déjà et que, à en croire les critiques et le nombre de lecteurs, l'on a tant apprécié ou qui nous a tant questionnés. Mais tel est le but, après tout. La finalité n'est plus de regarder HH, elle n'est pas de subir de nouveau son éclectisme averti et sa toute puissance en manipulation, mais bien d'en embarrasser le destin pour le livrer aux mains de cette enfant dont a déjà assisté à la torture ; ainsi, malgré qu'il soit encore ici question d'une enfance volée par le viol perpétuellement renouvelé, Lolita se voit offrir une première force d'agir, la parole, et elle en use pour épater. Puis s'ensuit une autre, qui couvre la deuxième partie du roman, puisque, selon l'auteur, « quand on est manipulé, on apprend très vite à manipuler », où Lolita prend les rênes afin de parvenir à ses fins de fuite, mais aussi vivre des histoires d'amour et rêver d'une vie autre. C'est-à-dire que ces éléments sont présents dans le roman de Nabokov, mais à peine perçus, une ombre demeure sur le caractère de la jeune fille qui paraît aisément se laisser faire, presque avec lassitude. On ne se rend pas bien compte tant l'on est manipulés nous-mêmes par le style de HH à quel point Lolita est un être humain, trop jeune pour être là, dans cette voiture, ces motels et hôtels. L'auteur a retravaillé cette part d'ombre et va jusqu'à défendre la mère de Lolita, que l'on pensait si banale, mais qui se révèle ici être une personne simple, certes, mais délicieusement aimée en tout cas par sa fille. Une toute autre histoire se démêle, lorsque l'on change de point-de-vue. C'est un artifice trop ignoré, dans notre lecture des médias par exemple.
Après avoir travaillé deux ans – d'un côté le manuscrit et de l'autre le livre dont il n'est plus besoin de faire la publicité – l'auteur fera face à un refus de publication par deux maison d'édition majeures, Gallimard et Grasset qui, soit par peur de répercussions de la part de la Fondation Nabokov, ou encore d'avoir jugé le roman de Christophe Tison trop obscène, n'ont su prendre le risque de sa publication. Mais le livre original ne l'était-il pas, obscène déjà ? Ne comportait-il pas autant de scènes de sexe, dissimulées par les logorrhées de HH certes, mais perpétuellement renouvelées tout de même ? Certes, Le Journal de L est plus direct, plus franc et brutal, puisqu'il prend la forme d'un journal intime et n'omet rien, étant donnée à la fois sa qualité d'exutoire mais également son caractère sincère, et averti, de la situation. Nous ne sommes ainsi plus dans l'histoire que Humbert Humbert se raconte à lui-même, où il ne se rend compte que trop tard d'avoir volé à quelqu'une son enfance, mais dans la réalité de cette enfant qui ne s'en est rendue compte que trop vite, d'avoir été arrachée à sa vie, pendant tant d'années.
Alors, si le livre n'est pas une directe critique du chef d'oeuvre de Nabokov, il est avant tout né d'un sentiment de nécessité, celui d'offrir une voix à un personnage de fiction dont le silence reflète des doléances réelles et la doter d'une puissance qui lui permettrait de dépasser le stade de victime, afin de s'emparer de nouveau de son destin, et vivre une vie, une vie humaine.
Sous la plume de Vladimir Nabokov, Humbert Humbert nous avait livré ses troublantes confessions, effaçant l'image du bourreau pédophile, du monstre incestueux, pour s'afficher comme la victime de ses incontrôlables pulsions, le jouet d'une petite madone perverse et manipulatrice, Lolita.
Il y a toujours deux versions à ce genre d'histoire, et maintenant c'est à Lolita de parler.
Christophe Tison rétablit une injustice. Après toutes ses années passés dans l'ombre, c'est à Lolita de raconter sa version de l'histoire. Christophe Tison donne littéralement vie à l'héroïne en publiant ses journaux intimes qu'il a réussi à dénicher. C'est la voix d'une toute jeune fille qui se fait entendre, celle d'une victime dont l'enfance a été volé par un beau-père égoïste. Certains éléments sont semblables au roman de Nabokov, d'autres diffèrent légérement, et l'on vient à remettre en doute l'objectivité des confessions d'Humbert. Où se trouve la vérité ? Surement quelque part entre ces deux histoires.
A l'exact opposé de la poérotique de Nabokov où le sexe devient une métaphore filée incroyablement poétique, les mots de Lolita sont crus. Je m'attendais à un style bien plus maladroits et pourtant ses textes sont aussi pleins de poésie.
Mon seul regret tient sans doute à la brièveté des épisodes qu'elle raconte, surtout la période avec Humbert, j'aurai tellement aimé revivre chaque scènes en détails, mais le format choisi est sans doute plus cohérent avec le jeune âge du personnage.
L'auteur a puisé dans son expérience et ses propres traumatismes pour donner à Lolita, une vraie richesse psychologique et une personnalité qui reste cohérente avec le portrait qu'en dresse Humbert dans le roman. Beaucoup auraient été tentés de faire de Lolita une douce et tendre enfant. Mais Christophe Tison ne tombe pas dans le piège et nous dépeint un personnage tout en nuances. Une jeune orpheline brisée, sous la coupe d'un "gentil et généreux" beau-père, qui ne tarde pas à percer à jour les faiblesses de ce dernier. La grande faiblesse d'Humbert, c'est elle. Lolita le sait, elle prend conscience du pouvoir qu'elle a sur lui et sur les hommes, pour passer maitresse dans l'art de la manipulation. Le journal s'organise en 5 chapitres, 5 hommes qui ont marqués sa vie. Les hommes plus âgés comme Humbert et Quilty qui ont abusés de son innocence et de sa naïveté, mais aussi des amours sincères qui lui ont fait connaitre quelques revers, jusqu'à la fin qu'on connait déjà. Ce n'est pas une victime brisée, mais une jeune femme incroyablement résiliente qui a su se construire en tant que femme malgré les drames qu'elle a vécu et tirer force de son expérience passée pour avancer.
L’histoire phare de Nabokov revisitée du point de vue de la victime : un récit de voyage au bout de l’enfer pour Lolita, porté par une belle plume, mais trop mature pour le projet de journal intime annoncé. Un point de vue difficile, mais nécessaire.
Il était périlleux de s'attaquer au roman de Nabokov pour faire parler Lolita. Tison invente le journal de cette jeune fille où les détails du roman sont ici mis à nu. Encore plus dérangeant que l'original, ce roman ne convainc pas.
Le journal intime de Lolita — personnage du roman de Mabokov.
Dès le départ, on sait dans quoi l’on s’embarque : pédophilie, viol, proxénétisme… À la clé, un langage cru et des passages introspectifs touchants qui mettent plutôt bien dans la peau de Lolita (l’auteur a lui-même été abusé dans son enfance) et lui rendent son statut de victime (VS. nymphette provocatrice dans le roman original). Le tout en abordant les notions de syndrome de Stockholm et dédoublement de personnalité.
Pour autant, je suis un peu restée sur ma faim. L’auteur n’a pas fait dans le pathos, alors je n’ai pas réussi à entrer en communion avec le personnage malgré l’ampleur du sujet et l’atrocité des expériences vécues par Dolorès Haze.
Lecture tout de même intéressante qui donne matière à réfléchir et a le mérite de se lire vite.
Občas až moc naturalistické, plus jsem zjistila, že si vůbec, ale vůbec nepamatuju už Lolitu (velmi jsem byla totiž šokovaná z děje), takže asi brzo bude reread. Jinak mi to kromě toho asi nic nového nepřineslo... Zpracování z Lolitina pohledu ovšem bylo dobré. Ale spíš jsem na tu knihu neměla ani náladu, naštěstí to bylo celkem krátké.