Avaleuse d'eau mortelle, aux abois, tombée de la branche, elle cuve au vent son poison, son philtre, sa drogue, son remède, et retrouve au sol son frère guéri par la foudre. Le pacte est scellé et l'odyssée commence, contre la mort toute-puissante criée à l'oreille. Corps lancés, gueule ouverte, dans les forêts, les coulées, les ravins, franchissant les barrages la tête au ciel. Corps excités par une langue addictive et haletante, par une langue qui donne à la vie une soif égale à la sienne. Qui boira la ciguë, qui mourra de la soif, qui vivra verra.
Si je veux être franc, je n’ai pas compris, ni ressenti grand chose. Or, je vois ce recueil être comblé d’éloges dans mon milieu. Je crois que le monde de poésie d’Annie Lafleur et le mien sont seulement très loin l’un de l’autre. Je vois le travail, la qualité de la langue, mais je n’embarque pas.
Tant mieux. Il faut de tout pour faire un univers.
"on triche c'est pas l'hiver en closerie un doigt sur la guêpe personne ne sait crier son nom de champ"
"n'importe quel os a eu tort on retire l'avion du feuillage on le casse mieux on attend (...) on sait qu'il n'y a aucune couleur que les coins sont ferrés qu'il fait nuit tout à fait"
"le phare éclaire nos bouches ouvertes une glande chante le ruisseau ne va nulle part je chavire un garçon la main sur sa cheville je le secoue vide ses poches et la bile de l'hiver suit le courant des filins de la grosse monnaie le cri de l'oiseau et son cri inversé"
"mon canif crève ses milliyeux et ce qu'elle voit est grandiose sous l'eau une roche toute molle je chante moins fort ou elle s'envole"
"sous carapace j'essaie de parler le mort guéri à coups de cymbales et de triangle mon île est l'île d'un seul objet je pose la coquille sur la crête et j'attends ma naissance tache de sable au visage à un poil des grandes lèvres qui m'échouent je proteste au pétard"
Je vais rejoindre ceux et celles qui disent n'avoir rien compris ou ressenti. J'aime beaucoup Annie Lafleur, mais pour moi sa poésie s'apprécie mieux à l'orale. Je ne sais pas comment la lire.