Coup de coeur.
Le défi avec un livre comme Les Trois Mousquetaires, c'est de se demander si on va autant l'aimer que toutes les adaptations qu'on a pu voir avant. J'ai regardé plusieurs films et séries sur les mousquetaires et je les ai tous beaucoup appréciés, mêmes ceux qui étaient vraisemblablement de véritable catastrophe. Maintenant que j'ai lu l'oeuvre originelle, je me rends compte que toutes ces adaptations ne sont que de pâles copies et sont loin de respecter le livre de départ.
J'avais mis la barre très haut pour ce roman. C'est un géant de la littérature française donc j'en attendais beaucoup, les gens ne tarissent pas d'éloge dessus donc j'espère vraiment que ce serait aussi mon cas.
Et pourtant, ce fut relativement mal parti car il m'a fallu plus de cent cinquante pages pour réellement être plongée dans l'histoire et ne plus remarquer les éléments qui me dérangeaient au départ. J'ai vraiment eu du mal à me faire au style d'écriture de l'auteur qui apostrophe le lecteur beaucoup trop souvent à mon goût ; je n'avais plus l'impression d'être une observatrice invisible et anonyme mais bien une personne à part entière du récit à qui on demande sans arrêt de confirmer les dires de tel personnage ou de corroborer un ��vénement. Certains passages me semblaient excessivement longs de par leurs interminables dialogues où les protagonistes répétaient bien souvent la même chose que ce qui avait été dit la ligne d'avant (sachant que le roman a d'abord été oublié dans un périodique et que l'auteur était payé à la ligne on comprend aisément pourquoi mais il n'empêche que cela alourdit et ralentit grandement l'histoire qui semble s'enliser dans des explications et de la parlotte inutiles).
Mais ces caractéristiques se retrouvent vite jetées aux oubliettes au profit des péripéties qui ne manquent pas d'emporter le lecteur dans une cavalcade infernale. Le rythme de l'histoire est intense et extraordinaire. Tout s'enchaîne tellement vite, tellement rapidement qu'on a peine à imaginer que leurs (més)aventures s'étalent sur quasiment deux ans. On est emporté dans un tourbillon de complots, enlèvements, combats et histoires de vengeance qu'on ne pense pas à respirer, qu'on se laisse happer par le suspense de l'intrigue. Il y a toujours un nouveau rebondissement pour relancer l'histoire et retrouver un rythme effréné, un ennemi qui apparaît et réapparaît comme pour narguer les personnages. On ne s'ennuie jamais, on prend goût à les voir se dépêtrer des ennuis dans lesquels ils se fourrent, on aimerait que cela ne se finisse jamais.
Ce qui m'a indéniablement le plus plu dans ce roman, c'est l'amitié qui lie les trois mousquetaires et d'Artagnan. J'ai été émerveillée par leur façon de toujours se soutenir même dans les pires moments, de partager l'argent que l'un gagne pour que cela profite à tout le monde, que chacun ait ses qualités et personnalité bien distinctives, qu'on s'attache à chacun des personnages. J'ai adoré la fougue et la passion qui habitent d'Artagnan, le calme et la justesse d'Athos, le côté « un peu à côté de la plaque » de Porthos et l'intelligence et l'élocution d'Aramis. Ils sont très différents les uns des autres mais ils se complètent parfaitement. L'amitié qu'ils se portent est belle, entière et sans restriction. Ils font toujours tout ce qui est en leur pouvoir pour aider un ami dans le besoin. J'ai aimé de manière inconditionnelle ces quatre hommes et le groupe qu'ils forment.
J'ai adoré détester Milady, femme on ne peut plus manipulatrice et calculatrice. Son intelligence est tellement remarquable et redoutable qu'on ne peut qu'admirer ses talents d'actrice et la persévérance dont elle fait preuve. C'est un personnage qu'on ne peut arriver à aimer mais je l'ai quand même trouvée fascinante et incroyable pour réussir à se semer le trouble partout où elle passe et à toujours réussir à s'en sortir indemne.
Le personnage du Cardinal est présenté comme un des grands méchants de l'histoire mais je ne l'ai pas trouvé si terrible que ça. Certaines de ses actions sont en effet abominables mais comme il a montré de l'affection envers les quatre compères, on ne peut réussir à le détester.
La fin m'a laissée quelque peu étonnée et frustrée parce que j'aurais aimé que cela ne s'arrête jamais, que leurs aventures de jeunesse n'aient jamais de fin et qu'on continue de les voir traverser la France de part en part au service du roi ; mais j'ai aussi été surprise par ce qu'il advint de nos quatre mousquetaires, je ne m'attendais pas du tout à ce genre d'épilogue donc je suis restée comme bloquée sur la dernière page du roman, incapable de refermer le livre. Je sais très bien qu'il y a encore deux romans pour compléter la trilogie mais il n'empêche que ce n'était décidément pas ce à quoi je m'attendais. Cela m'a tellement surprise que je suis certaine de ne pas l'oublier et je n'ai que plus envie de découvrir Vingt Ans Après.
En conclusion, même si j'eus besoin de quelque temps pour m'adapter au style de narration, ce roman est clairement à la hauteur de sa réputation. J'ai passé un excellent moment en compagnie des quatre mousquetaires, qui vivent leur vie comme ils l'entendent et comme personne d'autre, avec la liberté et l'insouciance de la jeunesse. Le roman nous embarque dans une folle épopée et c'est un véritable plaisir que de foncer tête la première dans les ennuis avec eux.