« cette confusion sera superbe »
Ce vers est dans le tout premier poème du livre ; et il résume bien mon expérience de lecture !
J'ai découvert Huguette Gaulin dans un spectacle du collectif projets hybris, une compagnie de création interdisciplinaire, queer et féministe. Iels avaient déroulé une grande banderole sur scène où l'on pouvait lire « nous rêvions de colères magnifiques », une citation d'Huguette Gaulin. J'ai trouvé ça si beau. Ensuite, j'ai découvert son histoire, et il m'a semblé que la rage et la sensibilité de la citation avaient encore plus de sens. C'est fait, j'avais envie de la lire.
Bon, ça aura pris quelques années avant que je m'y mette, mais je l'ai enfin fait ! Le livre est séparé en trois parties : j'ai particulièrement apprécié Nid d'oxygène et Lecture en vélocipède, et j'ai un peu moins aimé Recensement. J'ai trouvé plusieurs belles images comme celles que j'avais vue dans le spectacle de projets hybris. Il y en a qui ont vraiment résonné en moi, et qui m'ont touchée (petit coup de coeur notamment pour « l'intime hauteur / surpeuplée de méninges »). J'ai aimé la place que prend le corps dans la poésie. Dans certains poèmes, j'ai retrouvé un engagement politique, environnemental, féministe. C'étaient mes poèmes préférés du recueil ! Je pense par exemple à :
« femme violemment / tend-elle la voix / les fontaines brouillent les statues de bois / / elle rampe les toiles / vérifie les pertes / et s'articule aux reflets / / enfanter aussi autre chose que de la chair »
« à l'aube / les lavages / vivement mères / les foetus d'épouvantes qu'ils charrissent / / écorchez / plutôt simplement dire / on nous mise à la production / / elle se fâche doucement / et enfonce l'aiguille pâle comme l'humanité »
« projeté on est plus nombreux / fragments de vertèbres dans les cages suspendues / le temps propice aspire / les systèmes / les gouvernements caméléons / les hommes chaises / les chairs cireuses se fondent / rien d'autre »
« cet entassement en nous-mêmes / le désir empiétera l'aisance / comme tordre le sujet vers les miroirs »
Mais je dois admettre que certains poèmes m'ont juste perdue. J'avais l'impression de ne pas réussir à entrer en eux. Je crois quand même que la démarche de l'autrice n'était pas nécessairement de faire quelque chose « qui se comprend facilement »... Elle nous en donne d'ailleurs des indices à travers certains de ses poèmes :
« mots en ionosphère planent / / mots dans les guêperies / qui se tordent / se distendent // jetant en plein front / des escaliers vertiges »
« si le mot me perd touristes / je déplace l'inspiration / et ces possibilités élastiques »
Mais reste que c'était une lecture « difficile », que je faisais quand j'avais de l'énergie, en ayant toujours un papier et un crayon avec moi pour prendre des notes, et que malgré tout, je la termine en ayant l'impression d'en avoir manqué un bout. J'ai l'impression que ça m'aurait pris un espace collectif où partager nos impressions des poèmes, un cours d'université peut-être - ou bien j'aurais aimé analyser le livre avec NVivo ou un de ces logiciels qui permet de coder les différents thèmes, de les lire individuellement, de les croiser, etc.