Il y a deux histories liées dans Courrier Sud celle d’un pilote, Jacques Bernis qui fait des allers-retours de la France vers l’Afrique, et celle de ce même pilote et son rapport avec une amie d’enfance Geneviève. Une partie de l’histoire est dédiée à la description des vols que Bernis entreprend en Afrique, les paysages qu’il voit, ce qu’il ressent quand il vole. L’autre partie est de son « temps à terre », où il essaie de mener une vie ‘normale’. Mais il est très clair que Bernis ne sent pas aussi vivant à terre que quand il est parmi les nuages avec le grand étend de la terre et la mer loin au-dessous de lui. Mais il y aussi un troisième point de vue dans cette histoire, celui de l’ami de Bernis, qui n’est jamais nommé que je me souviens, et qui était avec Bernis un ami d’enfance de Geneviève.
Je pense que j’ai lu ce livre sans être dans le bon état d’esprit pour le faire, car j’ai eu plus du mal que d’habitude de garder mon attention sur ce que je lisais mais aussi sur le fil de l’histoire. Pour ce dernier, je ne suis pas complètement en faute : Saint-Exupéry bascule d’un point de vue à un autre, souvent, très vite, et même si chaque pdv est assez différent, parfois on ne se rend pas compte qu’on vient de changer de pdv que plusieurs lignes plus tard. Surtout quand on a l’esprit et les pensées qui vaguent comme les miennes pendant cette lecture. N’empêche que j’ai quand même lu tout le livre en deux grandes parties, essentiellement dans une matinée.
Je trouvais l’histoire du pilote en avion aussi beau avec ses descriptions que ce que Saint-Exupéry nous a offert avec Vol de nuit, avec comme grand différence le changement de scène autour, du paysage. On avait échangé les montagnes et les nuages pour un ciel bleu et un dessert ensoleillée dessous. Saint-Exupéry était vraiment fort en capturant les émotions, les images, les sensations d’un pilote en vol. Par contre, l’histoire, disons amoureux, de Bernis et Geneviève, avec leur évasion suite à la tragédie dans la vie familiale de Geneviève, était biens moins accrochant pour moi. Mais peut-être c’était en partie le but de Saint-Exupéry : Bernis est un pilote en premier et avant tout, sa vie fleurit parmi les nuages, en plein ciel, il se sent le plus vivant quand il vole loin au-dessus de tout. À terre, il ne comprend plus rien (ou presque), il est incapable de mener une vie complètement terrestre même pour une femme qu’il adorait, même pour la sauver de sa détresse.
Je devrais relire cette histoire un jour, quand mon esprit est plus dans l’histoire et mes pensées moins distraites, car je pense qu’il y a quelque chose de tirer de cette histoire entière, en plus de ce que je viens de noter ci-dessus. (Comme quelque chose lié aux représentations de la femme dans cette histoire, liée à la première citation que j’ai notée dessous.)
Citations préférées:
Les homes, maintenant, penchant vers Geneviève leurs plastrons blancs et font leur métier de séducteurs, comme si l’on gagnait la femme avec des idées, avec des images, comme si la femme était le prix d’un tel concours. Son mari aussi se fait charmant et la désirera ce soir. Il la découvre quand les autres l’on désirée. Quand, dans sa robe du soir, son éclat, son désir de plaire, sous la femme a brillé un peu la courtisane. Elle pense : il aime ce qui est médiocre. Pourquoi ne l’aime-t-on jamais tout entière ? On aime une part d’elle-même, mais on laisse l’autre dans l’ombre. On l’aime comme on aime la musique, le luxe. Elle est spirituelle ou sentimentale et on la désire. Mais ce qu’elle croit, ce qu’elle sent, ce qu’elle port en elle…on s’en moque. Sa tendresse pour son enfant, ses soucis les plus raisonnables, toute cette part d’ombre : on la néglige. – page 46-47
Nous étions perdus aux confins du monde car nous savions déjà que voyager c’est avant tout changer de chair. – page 122