Le livre se lit comme un long poème utopiste en trois parties.
Poème utopiste? C'est comme ça que moi, du moins, je le classerais, même s'il ne fait aucunement preuve de volonté d'idéaliser quoi que ce soit. Là où le poème est superbe est justement, pour moi, dans l'acceptation de la désillusion, ou mieux, dans la volonté de désillusionnement. L'auteur présente la beauté dans tous ses défauts et ses imperfection - sans le faire de façon aussi directe ou banale. Le poème est également très subjectif (sans que l'on n'attribue à l'auteur ou quiconque d'autre cette subjectivité) - la subjectivité des "personnages" du poème a quelque chose pour tout le monde, je crois; le poème présente du beau pour tous et du moins beau pour tous.
Ce qui me frappe est à quel degré ce texte répond parfaitement à la crise post-post-moderne post-nihiliste qui obsède une partie du monde, surtout je crois dans la littérature anglo-nord-américaine. Beaucoup de gens ressentent un "vide" face à leur devenir, le but de leur existence, la vie, ressente l' "existential dread" qu'ils attribuent au fait de ne pas avoir de but, de point, de sens. J'ai retrouvé cette thématique - car elle ne m'obsède aucunement - dans de nombreux essais critiques, autant au niveau universitaire qu'au niveau informel, dans des blogs, entre autre. Ici, nous avons le poème qui y répond parfaitement - c'est pour ça que c'est un poème utopiste. Ça répond à ce vide. Le Dandy aime et aime pas ce qu'il aime et n'aime pas, et trouve sa vie, son plaisir, son existence, dans un vide où il retrouve ce qu'il n'aime et n'aime pas. C'est un poème utopiste qui justifie, anime, représente, notre modernité avec un optimisme désillusionné magnifique. J'aimerais que beaucoup, beaucoup de gens lisent ce livre. Je ne dis pas ça parce que Jean-Paul Daoust est un poète que j'aime beaucoup, depuis longtemps, je dis cela car ce livre est superbe.