1791 : Chateaubriand a vingt-trois ans. Désœuvré et préoccupé par la situation politique révolutionnaire, il quitte la France à destination de l’Amérique : son voyage durera huit mois. Là, au-delà de villes encore en devenir, il découvre, fasciné, la nature sauvage américaine : les chutes du Niagara, les grands lacs, le Mississipi et les Indiens qui peuplent ces contrées… La nature démesurée du Nouveau Monde comble son désir de liberté et lui fournit l’inspiration grandiose qui nourrira toute son œuvre. Plus de trente ans après, se présentant comme «le dernier historien des peuples de la terre de Colomb», il rédige son Voyage en Amérique par le prisme de ses souvenirs et de ses lectures. Tout ce qu’il n’a pas vu, il le réinvente. La nostalgie d’une grandeur passée – celle de la Nouvelle-France, l’empire colonial français désormais perdu – se mue sous sa plume en un éloge du Nouveau Monde, ce continent où «le genre humain recommence». Chateaubriand nous le rappelle : la littérature demeure le conservatoire des mondes évanouis.
François-René, vicomte de Chateaubriand was a French writer, politician and diplomat. He is considered the founder of Romanticism in French literature.
He has also been mistakenly given the forename François-Auguste in an 1811 edition, but signed all his worked as just Chateaubriand or M. le vicomte de Chateaubriand.
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« Les Européens n'avaient point encore de tombeaux en Amérique, qu'ils y avaient déjà des cachots. C'étaient les seuls monuments du passé pour cette société sans aïeux et sans souvenirs. » Il n'y a de vieux en Amérique que les bois, enfants de la terre, et la liberté, mère de toute société humaine : cela vaut bien des monuments et des aïeux. »
Peut être l'un des meilleurs et des plus beaux textes de Chateaubriand.
Véritable ode à la nature et à un paysage et une société américaine disparue depuis déjà longtemps dont Chateaubriand n'a connu que le déclin, et qui pourtant, n'a eu de cesse de nourrir son imaginaire littéraire et créatif et qui semble l'avoir marquer à vie. Parce que l'on se souvient otujours des premières fois, c'est le premier voyage du jeune Breton qui va guider le reste de sa vie. Ainsi, il rencontre Washington et établi son fameux parallèle avec Napoléon, déjà expliqué dans les Mémoires, puis s'attardent sur la naissance presque ex-nihilo de cette société américaine contemporaine marquée par la liberté et la démocratie. Mais c'est avant tout la société des "sauvages" qui l'interesse. Il se fait véritable anthropologue de celles-ci et dépeint leurs traditions, organisations politique, et leur caractère. Ainsi il met en opposition l'état de nature décrié par de nombreux penseurs et l'oppose à l'état de sauvage, qui sans avoir atteint un niveau de civilisation analogue à celui des européens est très loin d'être dépourvu d'organisation à la manière de cet "état de nature".
C'est essentiellement les observations politiques de Chateaubriand qui sont pertinente puisqu'il a su prédire jusqu'à nos jours les grandes dynamiques de la société américaine. Il prévoit la guerre d'indépendance entre le nord et le sud sur la question de l'esclavage, l'avènement du capitalisme industriel de l'individualisme et surtout "l'esprit mercantile" comme "défaut national dominant", la question civilisationnel du manque d'ancrage historique de cette nation nouvelle et surtout les tensions liées aux questions raciales qui sont directement le corollaire d'un jeune Etat (ça ne manquera pas puisque la question afro américaine aux Etats Unis continuent encore aujourd'hui de rythmer la vie politique à bien des égards bien qu'elles soient plus prononcées au XIXe et surtout XXe). Enfin une réflexion sur les républiques espagnoles d'amérique du sud nouvellement indépendante. Il pense que ce continent de liberté n'est pas un gage de libéralisme pour ces pays qui ne constitue au final qu'une arrière cour pour les Etats Unis, ce qui au lendemain de l'enlevement de Maduro n'a jamais été aussi vrai.
Bref, c'est brillant, c'est magnifique, c'est touchant, c'est vivant et c'est plus actuel que jamais au regard de certaines analyses politiques malgré le fait que la description de l'amérique dans son paysage est poussiéreuse mais la préface n'oublie pas de dire très justement : "Pourquoi dès lors lire Chateaubriand et son Voyage en Amérique, maintenant que cette Amérique-là, celle de la fin du XVIIIe siècle, est désormais bel et bien morte? Pour ce que cette œuvre nous apprend de ce monde oublié, des racines de l'Amérique qui s'y révèlent, de l'écrivain mémorialiste qui s'y ébauche, des chimères qu'il y a entretenues et qui sont, au fond, celles de tout homme voyageant vers un monde nouveau."
"Ainsi ce qui me sembla un devoir renversa les premiers desseins que j'avais conçus, et amena la première de ces péripéties qui ont marqué ma carrière. Les Bourbons n'avaient pas besoin sans doute qu' un cadet de Bretagne revint d'outre-mer pour leur offrir son obscur dévouement, pas plus qu'ils n'ont eu besoin de ses services lorsqu'il est sorti de son obscurité : si, continuant mon voyage, j'eusse allumé la lampe de mon hôtesse avec le journal qui a changé ma vie, personne ne se fût aperçu de mon absence, car personne ne savait que j'existais. Un simple démêlé entre moi et ma conscience me ramena sur le théâtre du monde : j'aurais pu faire ce que j'aurais voulu puisque j'étais le seul témoin du débat; mais, de tous les témoins, c'est celui aux yeux duquel je craindrais le plus de rougir. Pourquoi les solitudes de l'Érié et de l'Ontario se présentent-elles aujourd'hui avec plus de charme à ma pensée, que le brillant spectacle du Bosphore ? C'est qu'à l'époque de mon voyage aux États-Unis, j'étais plein d'illusion : les troubles de la France commençaient en même temps que commençait ma vie ? rien n'était achevé en moi ni dans mon pays. Ces jours me sont doux à rappeler, parce qu'ils ne reproduisent dans ma mémoire que l'innocence des sentiments inspirés par la famille, et par les plaisirs de la jeunesse. Quinze ou seize ans plus tard, après mon second voyage, la révolution s'était déjà écoulée : je ne me berçais plus de chimères; mes souvenirs, qui prenaient alors leur source dans la société, avaient perdu leur candeur. Trompé dans mes deux pèlerinages, je n'avais point découvert le passage du Nord-Ouest; je n'avais point enlevé la gloire du milieu des bois où j'étais allé la chercher, et je l'avais laissée assise sur les ruines d'Athènes. Parti pour être voyageur en Amérique, revenu pour être soldat en Europe, je ne fournis jusqu'au bout, ni l'une ni l'autre de ces carrières : un mauvais génie m'arracha le bâton et l'épée, et me mit la plume à la main' À Sparte, en contemplant le ciel pendant la nuit, je me souvenais des pays qui avaient déjà vu mon sommeil paisible ou trouble : j'avais salué, sur les chemins de l'Allemagne, dans les bruyères de l'Angleterre, dans les champs de l'Italie, au milieu des mers, dans les forêts canadiennes, les mêmes étoiles que je voyais briller sur la patrie d'Hélène et de Ménélas. Mais que me servait de me plaindre aux astres, immobiles témoins de mes destinées vagabondes ? Un jour leur regard ne se fatiguera plus à me poursuivre; il se fixera sur mon tombeau. Maintenant, indifférent moi-même à mon sort, je ne demanderai pas à ces astres malins de l'incliner par une plus douce influence, ni de me rendre ce que le voyageur laisse de sa vie dans les lieux où il passe. "