2029. Des catastrophes naturelles inédites ont détérioré l’état de la planète et provoqué des mouvements migratoires chaotiques. En remède à ces bouleversements, la Fondation Géosophique propose à ses initiés d’atteindre un équilibre spirituel et écologique grâce au pranium, une mystérieuse plante violette porteuse de révélations oniriques. Anatole, lui, y voit l’opportunité de retrouver sa sœur, enlevée huit ans plus tôt. Très vite, ses recherches vont l’entraîner dans une quête qui le dépasse, celle de la Source du Pranium et des secrets que cet organisme végétal renferme…
Si la sagesse ne parvient pas à sauver l’humanité, peut-être nos rêves le pourront-ils ?
Honnêtement, je ne pensais pas avoir terminé le roman à temps pour écrire cette chronique. Non pas parce que je ne l’ai pas aimé, ou que j’ai eu du mal à accrocher, mais juste à cause de mon emploi du temps chargé, qui alterne entre Université, stage et perso’ et qui me laisse très, très peu de temps pour la lecture. Et comme le roman fait tout de même pratiquement 600 pages, c’est plutôt conséquent à lire et analyser pour en faire une critique. Mais j’ai réussi ! Donc les enfants, rien n’est impossible. Maintenant, parlons du roman lui-même. C’est moi qui ai demandé ce service presse et je ne regrette pas ma demande, loin de là. J’ai été ravie de ma lecture, j’ai apprécié les personnages, les intrigues et en soi, j’ai plutôt passé un très bon moment dans cet univers riche et complexe.
« Elena se laissa tomber en arrière sur l’herbe, observant un instant le plafond, là où la paroi de verre cédait sa place à une structure bien plus solide pour soutenir la tour à son sommet. »
Le roman nous plonge à deux époques différentes : la première étant 1929 et la seconde 2029, nous laissant à penser qu’il y a un lien entre les deux héros présentés. Cependant, si lien il y a, je ne l’ai pas encore trouvé. Dans tous les cas, ce petit bond prélude en 1929 permet de nous présenter la raison de l’intrigue et surtout le titre du roman: le Pranium. Une drôle de petite plante violette (et tout le monde ici sait à quel point j’aime le violet) qui a des effets…assez indésiré sur le corps humain, je dirais. Mais dans la société dans laquelle vit notre jeune héros Anatole, c’est visiblement utilisé par une sorte de groupe de « rebelle » afin de s’offrir une nouvelle naissance. Et Anatole va donc participer à une de ces nouvelles naissances dans l’espoir de retrouver sa petite soeur, disparue depuis huit ans. Et c’est exactement ce que va nous conter ce premier tome, à travers le journal d’Anatole, qui raconte à sa soeur (si elle trouve un jour le journal) ce qu’il s’est passé depuis sa disparition. Il nous parle donc de ses rencontres, de ses souvenirs, des étranges rêves qu’il fait ainsi que de sa détermination à la retrouver (ce qui m’a fait chaud au coeur, étant moi-même séparée de ma petite soeur en ce moment).
Je dirais que le seul petit bémol, c’est que l’idée du journal contant les aventures d’Anatole à sa soeur est une super idée, mais du coup, on perd un peu en attachement avec le héros et on ne craint pas pour sa vie à aucun moment (s’il écrit le journal, c’est qu’il est forcément en vie plus tard). Du coup, lors, par exemple, de sa renaissance à Notre-Dame, alors que cela devrait être un moment tendu, on sait d’avance que rien ne lui arrive puisqu’il narre un événement passé. Et avec l’idée en tête que tout ce qu’il écrit est destiné à sa soeur, ça distance forcément le récit et donc le personnage, du lecteur. Pourtant, j’ai apprécié Anatole. Le grand-frère rongé par le remord et les questions, qui cherche des réponses à travers le pays afin de retrouver sa soeur, c’est un peu l’idéal du grand-frère. Etant moi-même grande soeur, j’y ai trouvé une sorte de résonance, un combat que je serais prête à mener pour ma propre famille également (bon, peut-être pas si cela impliquait de retrouver le meneur d’une secte mais sait-on jamais). C’est donc mon propre vécu qui me permet de nouer un lien profond avec le personnage et qui m’a permis de m’ancrer dans le récit.
Le besoin de réponse est omniprésent. Anatole le répète régulièrement, mais même moi en tant que lectrice, je veux savoir. Pourquoi sa soeur a-t-elle été enlevée ? Qui sont ses vrais parents ? Comment connaissait-elle son kidnappeur ? L’a-t-il réellement kidnappé ou est-elle venue de son plein grès ? Les questions s’enchaînent aux fils du récit et je me sentais parfois obligée de les noter dans un calepin à côté de moi pour y revenir plus tard, voir si j’avais ou non les réponses à la fin de ce premier tome et celles que j’attendrais donc dans les suites. Parce que oui, je compte lire les suites. Ce premier tome a été extrêmement convaincant à mes yeux, malgré le petit bémol cité plus haut. L’intrigue est très complexe, il faut donc quelques pages pour s’y habituer et commencer à comprendre les rouages du récit, mais la plume fluide de l’auteur aide énormément. Sans parler du fait que la fin te mette un petit coup dans la nuque et t’agrippe fermement par la main mais que tu ne peux pas suivre parce que tu n’as pas le tome II dans les mains.
« C’était sans doute une question de minutes avant qu’elle ne s’évanouisse enfin sous le coup des événements. »
Si vous aimez les univers riches, complexe, travaillés, mais qui vous emportent en une seconde pour vous laisser apprécier une histoire dont vous ne découvrirez les rouages qu’aux fils des pages et qu’en plus, vous aimez les histoires se déroulant un peu partout dans le monde, je ne peux que vous recommandez cette saga. C’est un grand OUI pour moi et j’espère un tome II tout aussi complexe et intriguant, qui me fasse oublier l’histoire d’un instant que je suis encore confinée dans ma petite chambre…
Est-ce que vous êtes prêt à voyager dans un train russe, à affronter des rêves intrigants et à remonter les traces d’une conspiration mondiale ? Alors, c’est que vous pouvez lire La Source du Pranium de Karis Desmos. Dans ce livre, vous serez face à un univers très dense, qui n’est pas sans rappeler Les Furtifs de Alain Damasio. Car le monde est futuriste, mais pas trop. Juste suffisamment pour nous dépayser un peu, avec des technologies qui sonnent comme des prolongations du monde actuel, et un monde politique et sociétal qui pourrait bien être à nos portes. Vous aurez ainsi droit à des réfugiés climatiques, des réseaux sociaux plus que développés, des jeux en VR, et des méga-cités en construction. Dans tout ça, il y a des groupes, parfois considérés comme sectaires, qui veulent réfléchir à la nature, avec un peu de méditation ou de la réflexion sur d’autres modes de vie. J’aurais bien imaginé un Pierre Rhabi sous les traits de l’un des leaders de ces mouvements. Et il y a surtout Anatole. Anatole qui recherche sa sœur, disparu plusieurs années plus tôt. La construction du livre est un peu particulière, puisque Anatole, en fuite dans un train russe, raconte dans un carnet les événements qui l’ont mené là. Il y a donc une certaine distance par rapport à tout ce qui se déroule, ce qui n’empêche pas le mystère d’être bien présent. Car on comprend très vite qu’il y a des secrets, des non-dits, des manipulations. Et c’est en essayant de démêler l’écheveau de tout cela que l’on se retrouve à avancer dans le livre au fil des pérégrinations du personnage principal. Vous serez peut-être parfois un peu perdu, comme moi, face à la densité de tout le contenu du livre. Il y a un monde onirique, des personnages qui jouent un double-jeu (voire triple), des notions presque politique. Ce n’est pas un roman à lire dans un environnement bruyant, ou en ayant l’esprit ailleurs. Mais c’est aussi ce qui fait sa richesse, et incite à y revenir, parce qu’il y aura toujours des pistes de réflexion supplémentaires à creuser. Car oui, cet ouvrage, au-delà de l’aspect fiction, vous amènera forcément à vous poser aussi des questions sur notre monde actuel. On sent que l’auteur a travaillé son sujet. Pas pour donner une leçon, non, du moins pas seulement, mais pour faire vivre une aventure qui se joue à tellement de niveaux différents que je ne parviens pas à les dénombrer. J’ai d’ailleurs particulièrement aimé les intervalles entre les chapitres, qui donnaient la voix à des brèves issues de pseudo-informations ou réseaux sociaux de son univers. Des petites parenthèses bienvenues qui apportaient encore un autre éclairage sur ce monde très riche qu’il avait développé. Par contre, je vous préviens : c’est un premier tome. Et vous aurez sûrement envie de savoir ce qui, ensuite, va arriver à Anatole et aux autres personnages que vous aurez rencontrés au fil des pages…