Soulever la question de la religion en prison, c’est immédiatement évoquer la surreprésentation supposée des musulmans et leur non moins supposée dangerosité potentielle. La cause semble entendue : les prisons françaises sont le creuset de la radicalisation, des « universités du djihad ». L’incarcération de plus de 500 personnes pour faits de terrorisme islamiste depuis 2014, les agressions de surveillants par des détenus radicalisés n’ont fait qu’amplifier l’anxiété générale.
Mais la peur est mauvaise conseillère. Car c’est le spectre du terrorisme qui a fait naître ces idées fausses sur l’islam et les musulmans incarcérés. C’est encore lui qui a été le moteur de l’organisation d’une offre institutionnalisée d’islam dans les prisons.
Cet ouvrage ne se contente pas de combattre les idées reçues. Il interroge la manière dont la prison conditionne la pratique religieuse. Si elle favorise une intensification du rapport au religieux, c’est peut-être que celui-ci s’offre comme une ressource pour affronter l’épreuve carcérale. Et, à travers cette intensification, qui peut se faire pour le pire comme pour le meilleur, se lit aussi la faillite de notre prison, qui n’a de républicaine que le nom.
J'ai emprunté cet essai sociologique sur la question de l'islam en prison - et plus particulièrement visant à démonter un poncif médiatique selon lequel la prison serait le creuset de l'islamisme radical et du terrorisme - un peu sur un coup de tête !
Introduction et Chapitre 1 : Comment l'islam est devenue la première religion de France dans les prisons : Selon moi, les deux parties les plus faibles de l'ouvrage à raison de deux procédés rhétoriques qui ont le don de m'insupporter : 1 - La dénonciation des biais et de procédés rhétoriques des idéologues du camp adverse considérés comme discriminants, généralistes et véhiculant des amalgames - à tort ou à raison - pour finalement utiliser les mêmes généralités au service de sa propre idée. 2 - La revendication d'une sociologie scientifique, donc neutre, qui interpréterait correctement les chiffres et études, et la sociologie idéologique, généralement celle utilisée par ceux avec lesquels l'auteure est en désaccord, qui elle évidemment interprète selon des préjugés. Parfois, je me dis que pire que ceux qui ont des préjugés et qui les assument, sont ceux qui targuent de s'en être défait et livrent juste des réflexions basées sur des préjugés opposés.
Je pose là une réflexion atypique de Burke sur les préjugés dans Réflexions sur la révolution de France (1790) : "En cas d'urgence, le préjugé est toujours prêt à servir ; il a déjà déterminé l'esprit à ne s'écarter jamais de la voie de la sagesse et de la vertu, si bien qu'au moment de la décision, l'homme n'est pas abandonné à l'hésitation, travaillé par le doute et la perplexité. Le préjugé fait de la vertu une habitude et non une suite d'actions isolées."
Chapitre 2 : Reconnaître pour contrôler et Chapitre 3 : Les aumôniers, instruments de la police des âmes ? : Les deux chapitres qui m'ont le plus passionné ; en effet l'auteure retrace la gestion de l'islam dans les prisons depuis la fin des années 90 aussi bien par l'administration pénitentiaire, les politiques publiques, et les institutions cultuelles, et s'intéresse plus particulièrement à la figure de l'aumônier, tiraillé entre les injonctions de l'administration pénitentiaire (et donc par là même de l’État) et la liberté de culte qui crée un lien de confiance entre le religieux et le croyant, indépendamment de toute institution. Une mention spéciale sur l'évolution du renseignement pénitentiaire qui s'attache d'abord à traquer la figure du prosélyte avant de se concentrer plus particulièrement, après les attentats, sur la figure du radicalisé - et sur les similitudes et différences entre celles-ci.
Chapitre 4 : Une inéluctable radicalisation carcérale ? et Conclusion : Un chapitre et une conclusion qui tourne légèrement court selon moi : l'auteure, chercheuse émérite au CNRS, spécialiste des politiques publiques du religieux, nous apprend que la radicalisation ne dépend pas que de la case prison et qu'elle s'inscrit dans un processus sociologique à plusieurs facteurs aussi bien personnels que socio-économiques. J'en suis tombée des nues ! Quoi, la situation serait complexe et ne pourrait pas se résumer à une incarcération x et à des co-détenus radicalisés ?! Quelle découverte... Surtout que l'auteure se congratule d'avoir en une centaine de pages si bien remis en cause les idées reçues sur le lien prison-radicalisation-terrorisme. Finalement on apprend surtout que la radicalisation en prison oui ça existe, mais ça dépend du parcours de vie et des influences de la personne susceptible d'être perméable aux discours radicalisés.