Jump to ratings and reviews
Rate this book

Buée

Rate this book
Buée fait allusion au vieux mot employé pour la lessive et, tout à la fois, à ces buées des jours de printemps froid liées au trouble de l’adolescence. Il s’agit bien du livre de l’adolescence, placé sous le signe de la transparence grise de ces jours qui s’étirent comme autrefois en Bretagne ces journées de lessive au lavoir, brutales et pleines d’une force trop vive, et la moindre parole s’inscrit dans la mémoire avec la violence du soleil dans la glace.

141 pages, Paperback

Published April 1, 2019

1 person want to read

About the author

Françoise Morvan

91 books3 followers

Ratings & Reviews

What do you think?
Rate this book

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
0 (0%)
4 stars
1 (100%)
3 stars
0 (0%)
2 stars
0 (0%)
1 star
0 (0%)
Displaying 1 of 1 review
Profile Image for Etienne Mahieux.
541 reviews
April 25, 2020
Ce mois-ci j'avais prévu de rendre visite à des personnes que j'aime, et qui se trouvent habiter de ces maisons où il n'y a pas de solution de continuité entre notre mode de vie contemporain et celui des générations passées, où le geste le plus moderne de la vie quotidienne est accompagné d'un autre geste, immémorial. Bon, je ne peux pas, je suis confiné à Paname, mais par aventure, la lecture de "Buée" m'apporte quelques effluves de ce genre de lieux.
"Buée" s'inscrit dans un cycle d'ouvrages publiés à fort peu d'exemplaires, dont le titre général est "Sur champ de sable" ; j'ai réussi à mettre la main sur deux de ces volumes, et "Buée" est le second. Il suffit d'ouvrir le livre pour constater que c'est un recueil de poèmes, généralement en vers libres, souvent des quatrains, munis de titres ; et le papier épais, la couverture à rabats, le numéro de l'exemplaire porté au crayon disent l'appartenance à ce champ délaissé du commerce. Pourtant Françoise Morvan revendique le genre du récit pour tout le cycle.
Comment "Buée" est-il un récit ? Peut-être à la façon des plus belles scènes des meilleurs films de Terrence Malick, où l'histoire est racontée presque en arrière-plan, mais où se succèdent au premier plan des épiphanies, la splendeur de détails apparemment accessoires, dans le mouvement d'un montage musical. Pour prendre des références plus littéraires, outre des parentés avec les auteurs qu'elle a fameusement traduit (Synge, Tchekhov…), Françoise Morvan se présente comme la jeune parente de Philippe Jaccottet et de Francis Ponge.
Ses poèmes, puisque ce sont des poèmes même s'ils font récit, frappent d'abord en effet par leur capacité à évoquer le plus concret de l'existence, les gestes, les sensations et les objets ; le vocabulaire est d'une richesse et d'une précision redoutables, sans pédantisme : les mots accompagnent les choses qu'ils ressuscitent, vocabulaire de fermiers ou d'artisans ; le retour de ces motifs concrets, parfois d'une phrase, articule les poèmes entre eux. Ne sacrifiant que très peu au vers traditionnel, Françoise Morvan trouve un rythme et une voix propre ; rarement, plus rarement encore que dans le volume précédent, "Assomption", une allitération paraît sophistiquée. L'auteure soumet sa propre écriture à une terrible épreuve en insérant de loin en loin quelques strophes de poètes du XVIe siècle, dont l'admirable Chassignet ; elle ne pâlit pas sur ces pierres de touche. On devine sans peine dans son inspiration la jeunesse bretonne de Françoise Morvan, sans jamais l'amorce d'une pose folklorique : seules quelques notations, quelques mots ou quelques emplois de mots ancrent géographiquement "Buée", et témoignent — déjà — d'une époque où il neigeait régulièrement dans l'Argoat.
Mais il ne s'agit pas que de photographies dans un album de souvenirs ; ces poèmes tissent aussi, sans lyrisme théâtral, l'évocation d'une vie intérieure. "Buée" apparaît comme un recueil de fin d'hiver, précédant immédiatement l'éveil du printemps, comme disait Wedekind : c'est aussi dans ses pages que se concentrent les souvenirs des émotions d'une enfant qui se découvre, dans les derniers poèmes, adolescente. L'évocation du concret fait signe vers une vie intérieure, fort laïque malgré le retour récurrent de scènes liées au catholicisme.
Le terme même de "buée" désigne la lessive, mais aussi tout simplement le phénomène physique de condensation de la vapeur d'eau ; c'est aussi le sens concret de l'hébreu "hevel", qui fameusement rythme le livre de l'Ecclésiaste avec le sens abstrait de "vanité". Dès le titre, le concret et le spirituel sont liés : il ne pouvait mieux convenir.
Displaying 1 of 1 review

Can't find what you're looking for?

Get help and learn more about the design.