Les femmes font aujourd'hui du bruit ? C'est en regard du silence dans lequel les a tenues la société depuis des siècles. Silence des exploits guerriers ou techniques, silence des livres et des images, silence surtout du récit historique qu'interroge justement l'historienne. Car derrière les murs des couvents ou des maisons bourgeoises, dans l'intimité de leurs journaux ou dans les confidences distraites du passé, dans les murmures de l'atelier ou du marché, dans les interstices d'un espace public peu à peu investi, les femmes ont agi, vécu, souffert et travaillé à changer leurs destinées. Qui mieux que Michelle Perrot pouvait nous le montrer ? Historienne des grèves ouvrières et du monde du travail, explorant les prisons dès les années 1970, Michelle Perrot s'est attachée très tôt à l'histoire des femmes. Elle les a suivies au long du XIXe et du XXe siècles, traquant les silences de l'histoire et les moments où ils se dissipaient. Ce sont quelques-unes de ces étapes que nous restitue ce livre.
Michelle Perrot is professor emeritus at Paris VII and one of France’s most distinguished cultural historians. She has received numerous awards and honors in France and abroad for her published histories of work, prisons, private life, and women.
Silencieuses, les femmes? Mais on entend qu’elles, diront certains de nos contemporains qui éprouvent jusqu’à l’angoisse l’impression de leur irrésistible ascension et de leur parole envahissante. «Elles, elles, elles, toujours elles, voraces, pépiantes…» mais plus seulement dans les salons de thé, débordant désormais du privé au public, de l’enseignement au prétoire, des couvents aux médias et même au Parlement! Certes. L’irruption d’une présence et d’une parole féminines en des lieux qui leur étaient jusque-là interdits, ou peu familiers, est une innovation du dernier demi-siècle (le 20ème) qui change l’horizon sonore. Il subsiste pourtant bien des zones muettes et, en ce qui concerne le passé, un océan de silence, lié au partage inégal des traces, de la mémoire et, plus encore, de l’Histoire, ce récit qui, si longtemps, a «oublié» les femmes, comme si, vouées à l’obscurité de la reproduction, inénarrable, elles étaient hors du temps, du moins hors évènement. Au commencement était le Verbe, mais le Verbe était Dieu et Homme. Le silence est l’ordinaire des femmes. Il convient à leur position seconde et subordonnée. (…) Le silence est un commandement réitéré à travers les siècles par les religions, les systèmes politiques et les manuels de savoir-vivre. (…) Parce qu’elles apparaissent moins dans l’espace public, objet majeur de l’observation et du récit, on parle peu d’elles, et ce, d’autant moins que le récitant est un homme qui s’accommode d’une coutumière absence, use d’un masculin universel, de stéréotypes globalisants ou de l’unicité supposée d’un genre : LA FEMME. (…) Les femmes sont imaginées beaucoup plus que décrites ou racontées, et faire leur histoire, c’est d’abord, inévitablement, se heurter à ce bloc de représentations qui les recouvrent et qu’il faut nécessairement analyser, sans savoir comment elles-mêmes les voyaient et les vivaient… C’est le regard qui fait l’Histoire. Au cœur de tout récit historique, il y a la volonté de savoir. En ce qui concerne les femmes, elle a longtemps manqué. Écrire l’histoire des femmes suppose qu’on les prenne au sérieux, qu’on accorde au rapport des sexes un poids, même relatif, dans les évènements ou dans l’évolution des sociétés. (…) Ce livre est une réunion d’articles sur l’histoire des femmes. » Page 138, au 19ème siècle, la situation des femmes ouvrières, payées deux fois moins que les hommes est grave : « Mourir de faim ou perdre son honneur. » Page 227 ; «Une femme ne doit pas sortir du cercle étroit tracé autour d’elle», dit Marie-Reine Guindorf, ouvrière, saint-simonienne, acharnée à briser cet enfermement et qui se suicidera de cet échec. Les hommes du 19ème siècle, ont en effet, tenter d’endiguer cette puissance montante des femmes, si fortement ressentie à l’ère des Lumières et dans les Révolutions, dont on leur attribuerait volontiers les malheurs, non seulement en les enfermant à la maison, et en les excluant de certains domaines d’activité — la création littéraire et artistique, la production industrielle et les échanges, la politique et l’histoire — mais plus encore en canalisant leur énergie vers le domestique revalorisé, voire vers le social domestiqué. Des espaces qui leur étaient laissés ou confiés, des femmes ont pu s’emparer pour développer leur influence jusqu’aux portes du pouvoir. Elles y ont trouvé les linéaments d’une culture, matrice d’une «conscience de genre». Elles ont aussi tenté d’en sortir pour avoir enfin place partout. Sortir physiquement: déambuler hors de chez soi, dans la rue, pénétrer les lieux interdits — un café, un meeting — voyager. Sortir moralement des rôles assignés, se faire une opinion, passer de l’assujettissement à l’indépendance: ce qui peut se faire dans le public comme dans le privé.»
Ce livre est une réunions d’articles de Michelle Perrot sur l’Histoire des femmes qu’elle cherche dans leurs écrits privés (journaux intimes, correspondances), dans les archives des mairies, Église, police, syndicats d’ouvriers… Patiemment, inlassablement, elle nous livre l’Histoire des femmes et c’est passionnant comme lire plusieurs romans les uns à la suite des autres.
Esta obra reúne vários textos fundamentais de Michelle Perrot. Destaco a frase: «Les femmes ont toujours travaillé. Elles n’ont pas toujours exercé de “métiers”» (Perrot, 2020, p. 297). Isto é, o facto de não lhes ser reconhecida a capacidade de exercer uma profissão em pé de igualdade com os homens. Ao fazer a história das mulheres desfaz-se o «grande silêncio nocturno» (Perrot, 2020, p.14) a que foram votadas ao longo dos séculos.