« l'Algérie, ce n'est pas la même chose qu'une guerre ». C’est une phrase que dit le médecin au début du récit, lorsqu’Antoine et Lila viennent demander un avortement. C’est aussi un fait que j’ai relevé dans mes deux citations : la France qui dissimule la vérité aux appelés, et surtout la France qui ment quant à sa responsabilité face à un combat injuste et cupide. Encore aujourd’hui, on sous-estime la violence que ç’a pu être là-bas. Brigitte Giraud souligne aussi la manipulation maintenue sur les appelés, notamment lorsque la mère d’Antoine envoie un courrier dans lequel on comprend que les gens en France ont plus d’informations sur les évènement en Algérie et les soulèvement en France, que les combattants eux-mêmes.
L’histoire est racontée à la troisième personne et ne comporte que des dialogues rapportés, ce qui peut donner une longueur au récit. Même si après quelques recherches on remarque que c’est tout simplement la manière et le style d’écriture de l’autrice, ces dialogues se révèlent pertinents dans l’approche du personnage d’Oscar. En effet, c’est comme si le livre entier était plongé dans un mutisme, à l’instar d’Oscar.
Brigitte Giraud évoque joliment l'amitié, les confidences, l'amour, les lâchetés, les remords, le désespoir et l'autodestruction.
Le meilleur moment, selon moi, est le chapitre (de la page 210 à la page 229) où l’on apprend enfin ce qui est arrivé à Oscar, la raison de son amputation. Le récit est prenant, réellement terrorisant et très immersif. (!)SPOILER ALERT(!) Il amène à une “chute” inévitable du personnage. On s’attend donc à la mort d’Oscar. Pourtant, Brigitte Giraud réussit à la rendre poétique et “destinale”, si on peut dire. Elle suit un schéma logique : depuis son retour en France, Oscar passe ses jours à regardé par la fenêtre, habitude qu’il avait pris à l’hôpital à Sidi Bel Abbès et qui, lorsqu’elle lui est ôtée (par la repousse des feuilles d’un arbre devant la fenêtre), le pousse dans une folie menant à la mort. Il attendait Antoine comme un sauveur à cette vie qui lui était devenu un fléau. Et sans la possibilité de voir quand il arriverait, il s’est enfuit. On peut penser que la fuite lui a rappeler celle qui l’avait “sauver” des rebelles, mais cette fois, il en est mort. Une fin qui boucle la boucle.