J'avais des attentes envers cet ouvrage et je serai honnête, j'ai été déçue. Pas par le projet qu'il représente, évidemment ! Il est absolument vital, dans la situation actuelle, d'offrir l'opportunité aux femmes qui n'ont pas enfanté de faire entendre leur voix, de faire part des difficultés traversées. Cependant, je n'ai pas été impressionnée par les textes de ce recueil (sauf un), et ce pour trois raisons :
1) Trop de témoignages similaires. Toutes des femmes hétérosexuelles, une majorité d'universitaires et d'enseignantes... Oui, chacun a son propre parcours, mais on reste dans des schémas très semblables. Contraception, relations amoureuses, etc. - le même carcan hétéronormatif.
2) Comme l'ont noté d'autres lectrices avant moi, le fait que l'on mêle des textes où l'autrice souhaitait avoir des enfants mais en a été incapable, et d'autres où l'autrice fait le choix de ne pas en avoir. Ce n'est pas le même combat, et la société ne pose pas le même regard sur ces deux situations. Certes, les récits où il est question d'adoption peuvent être touchants (bof), mais ils n'ébranlent pas, ne remettent pas en question l'idéologie dominante selon laquelle la femme doit être une mère pour s'accomplir socialement (voire psychologiquement).
3) L'impression générale qu'une insécurité et un manque d'assurance se dégage des textes. Les autrices déplorent l'usage du mot 'nullipare', sont offensées par le rapprochement avec le mot 'nulle', se sentent rabaissées en se définissant par le négatif ou par l'absence. À plusieurs reprises, on retrouve chez les autrices le besoin de faire valoir qu'elles sont utiles quand même à la société puisqu'elles sont enseignantes, qu'elles ont des neveux ou des nièces, qu'elles 'donnent' d'elles-mêmes via leur écriture. Et évidemment, elles rassurent leur lectorat : elles ne détestent pas les enfants, bien sûr que non, c'est juste qu'elles n'en veulent pas/ne peuvent pas en avoir ! God forbid qu'une femme n'aime pas les enfants. Comme mentionné par un autre commentaire, on ne sort pas du rôle social imposé à la femme. Les autrices apprennent à déjouer certaines attentes, mais sont encore aux prises avec leurs complexes, leur besoin de se justifier, de se rassurer sur leur identité de femme.
Le texte qui pour moi sortait du lot est celui de Monique Proulx, car il est celui où la narratrice me semble la plus émancipée, la plus décomplexée. C'est aussi celui dans lequel je me suis davantage reconnue (quoique), qui explore le mieux selon moi ce profond décalage, voire ce sentiment d'étrangeté que l'on ressent avec les autres femmes quand, dès l'enfance, on n'a aucun intérêt pour la maternité. La détermination farouche et l'absence totale de regret dont elle fait preuve est inspirante, passionnante - choquante peut-être pour certains. J'aurais voulu lire d'autres textes comme celui-ci, où les autrices s'assument entièrement, sans tenter de se justifier; et d'autres textes où les autrices iraient encore plus loin : non elles n'aiment pas les enfants, non elles ne veulent pas faire leur vie avec des hommes, non elles ne se sentent pas obligées de 'donner' à la société pour compenser pour leur non-maternité.