Malgré la visibilité croissante de la "question animale", la confusion règne parmi ses divers commentateurs. Les termes dans lesquels le débat est posé, y compris dans les milieux progressistes, empêchent d'en comprendre les enjeux véritables. C'est en particulier le cas pour la notion de "spécisme", qui désigne une discrimination fondée sur le critère de l'espèce, et postule la supériorité des humains sur les autres animaux. Cette hiérarchisation des individus selon leur espèce a pourtant des effets très concrets : aujourd'hui, ce sont plus de 1 000 milliards d'animaux qui sont exploités et tués chaque année pour leur chair, parmi lesquels une vaste majorité d'animaux aquatiques. Comment est-il possible de continuer à justifier toutes ces souffrances et morts d'êtres pourvus de sensibilité ? Cet ouvrage, en dévoilant l'impasse théorique, éthique et politique dans laquelle nous enferme la société spéciste, clarifie les réflexions développées par le mouvement antispéciste en France. Proposant une synthèse claire et accessible, Axelle Playoust-Braure et Yves Bonnardel montrent en quoi le spécisme est une question sociale fondamentale et plaident en faveur d'un changement de civilisation proprement révolutionnaire.
Cet essai fondamentalement antispéciste propose une analyse sociologique des rapports entre les animaux humains et non-humains. Après avoir présenté le concept de spécisme et ses conséquences, les autrices présentent la viande comme symbole du suprémacisme humain, et l'élevage comme l'appropriation du corps d'individus dominés, en utilisant notamment les outils d'analyse du féminisme matérialiste. L'intérêt central de ce livre, à mes yeux, réside dans la critique sans concession de l'idéologie humaniste. Les autrices expliquent avec brio que l'humanisme n'a pas seulement pour conséquence l'exploitation des animaux non humains, mais que cette idéologie est aussi à la racine de toutes les discriminations arbitraires et injustes entre les humain·e·s eux-mêmes (racisme, sexisme, validisme...) et appellent l'ensemble des militant·e·s progressistes à cesser de lutter pour les droits des humain·e·s en mettant en avant l'humanisme ou ce concept fumeux qu'est la "dignité humaine", et de placer plutôt la sentience au cœur de toutes les luttes progressistes. Enfin, un chapitre est consacré aux différentes stratégies actuellement mises en oeuvre par les militant·e·s antispécistes, de la méthode d'Henry Spira à l'altruisme efficace. Un must have pour tout animaliste, militant.e ou non.
Voici un ouvrage de vulgarisation de la cause animale pour le grand public qui réussit à aborder des questions souvent négligées dans les ouvrages comparables, notamment en y intégrant davantage les sciences sociales. On y parle de construction sociale des animaux (la première partie du chapitre 3, par exemple), de procédés de déshumanisation, et aussi de stratégies politiques. Le livre réussit à traiter de nombreuses questions en peu de pages tout en restant très digeste. Je suis sans doute biaisé, et pourtant, je recommande vivement !
Ouvrage de philosophie accessible critiquant le dogme humaniste pour ce qu'il est : une idéologie servant à légitimer l'ordre du monde, fondé sur une mystique de l'espèce (l'espèce humaine), établissant une norme, une référence implicite, et finalement établissant une hiérarchie et un ordre social spéciste, validiste, rejetant les animaux dans l'ordre de la nature, du destin, d'objets a-historiques sans possibilité d'agir sur le monde. Inspiré des épistémologies féministes matérialistes de Guillaumin, Delphy, Mathieu (anthropologue) et les écrits philosophiques d'auteurs tels, Bentham, Singer, Derrida, Pelluchon..., de nombreuses articles des Cahiers Antispécistes, cet ouvrage propose en conclusion un vademecum pour construire une solidarité avec les autres animaux, un monde plus inclusif, ainsi qu'une méthode pour y parvenir, en agissant sur la société pour aboutir au vote de lois. Le cycle maudit de l'humanisme : "Jamais mieux qu'au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l'homme occidental ne pût-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes. Claude Lévi-Strauss - Anthropologie structurale 2 Plon 1973
Ce livre aborde le spécisme d'un point de vue sociologique d'une manière très développée. Une référence sur le sujet selon moi. On y parle de publispécisme, des liens entre le spécisme et les autres oppressions humaines (sexisme racisme etc), de la symbolique de la consommation du corps du dominé etc
Très bon ouvrage pour découvrir l'antispécisme et tout ces enjeux !! Les auteurs.rices font un tour très complet du sujet avec une bibliographie pertinente ! Je reproche peut-être la répétition sur la fin de l'ouvrage...