Je ne compte plus les différentes adaptations cinématographiques et littéraires inspirés de Cendrillon que j’ai vue dans ma vie. Ça me laissait donc avec cette impression que tout avait été dit et qu’on a fait le tour du sujet. Qu’il n’y avait plus moyen d’exploiter de façon originale l’histoire de ce conte que l’on connaît par cœur. C’était avant de lire Cendrillon de Sylvain Johnson - Auteur et de connaître sa «Cendrine».
Maltraitée, humiliée, déshumanisée… Cendrine est un personnage qui devient l’ombre d’elle-même à l’arrivée de sa belle-mère et de ses demi-sœurs, ici recluse dans le sous-sol de l’entreprise familiale auquel elle est forcée de vivre seule dans la noirceur. Dans cette version interdite, cette jeune femme à la peau cendrée a franchi son seuil de tolérance face à sa condition misérable et celle-ci est habitée par un sentiment de vengeance meurtrier. Abandonnée à elle-même, le fait que le personnage principal veuille se faire justice est une très bonne idée en soi. Les odieuses femmes de la maison auront tôt fait dans le roman de recevoir la visite du karma. La cruauté des bourreaux se retourne contre elles. Un filon bien exploité. On m’avait prévenu que les premiers chapitres étaient perturbants, je le confirme. La première chose que j’ai dite à une amie lorsque nous avons reparlé de cette lecture est : «c’est la première fois de ma vie que je suis aussi heureuse de ne pas avoir de fer à friser chez moi!»
Un récit n’a pas besoin d’être raconté en ordre pour qu’il soit intriguant et efficace. Le choix d’une narration en deux temps est très intéressant ici. L’auteur alterne entre le passé et le présent au changement de chapitres. Un récit livré dans le désordre, mais qui reste très fluide et facile à suivre. Ça permet aux lecteurs de comprendre ce qui se passe dans la tête du personnage principal et la réputation qui la précède. On est témoins des événements qui ont changé le court de l’existence de Cendrine, les actes innommables perpétrée par sa nouvelle belle-famille et bien sûr, la riposte du personnage principal. Même si plusieurs années s’écoulent entre le passé et le présent, le passé hante toujours autant la protagoniste et elle n’en a pas fini avec lui...
Outre la détestable belle-famille, je suis bien contente d’avoir retrouvé d’autres éléments classiques du conte comme la mort du paternel, les tâches ménagères ingrates, la fée marraine, le coup de minuit… Il en va de même pour les souris. Elles sont exploitées de façon audacieuse et sont une belle trouvaille complètement déjantée. Mention spéciale aussi à la couverture du roman qui est fabuleuse, très bien imagée.
Autre choix intéressant, les lieux où se déroule l’action. L’ambiance du crématorium est glauque à souhait (et justifie de judicieuse façon la couleur cendrée du personnage) et celle de la prison, oppressante. Avec de telles bases, le malaise et le climat de tension se dégageant de ces deux lieux de captivité donnent du cachet à l’histoire. Il faut dire qu’un sous-sol ou un trou plongé dans la noirceur est toujours efficace pour donner quelques bons frissons. Contrairement à Cendrine qui s’est accoutumée à y vivre à travers les années, le lecteur ne sait pas vraiment ce qui se cache dans les ténèbres… Et l’apprendra à ses dépens.
Je suis satisfaite de cette relecture. Sans être le plus terrifiant ou le plus marquant, Cendrillon a ce petit je-ne-sais-quoi qui lui permet de sortir du lot dans la collection des contes interdits. J’étais contente de renouer avec l’univers de Sylvain Johnson, il a cette façon unique de raconter des histoires qui sortent de l’ordinaire. Il n’est pas surprenant qu’il soit un auteur du genre aussi apprécié. Les habitants de la Caroline du Nord ne réalisent pas leur chance. Sylvain, dans mon palmarès d’auteurs québécois vivant à l’étranger, tu es définitivement mon top 1. 😉