L'antispécisme – la lutte contre toute discrimination fondée sur l'appartenance à une espèce animale – est plus explicitement politique que le végétarisme ou le véganisme, qui sont essentiellement des modes de vie. Dès la fin du XIXe siècle, des communautés végétariennes et des groupes de pression ont lutté contre l'exploitation des animaux, mais c'est en Grande-Bretagne, au milieu du XXe siècle, qu'une autre forme de militantisme radical est née, notamment avec la création du Front de libération animale (ALF). Le présent ouvrage remonte aux origines de la cause animale et analyse la diversité des mouvements qui s'en réclament en étudiant de plus près l'antispécisme en France, au Canada et en Israël. L'auteur y aborde les points les plus sensibles de ce discours, tels que la comparaison entre les abattoirs et les centres d'extermination ou encore les liens avec l'esclavage et le sexisme. Il traite aussi du veganwashing, qui consiste à utiliser le véganisme pour occulter des injustices. L'ouvrage évalue ainsi les progrès de la cause animale et, plus globalement, de l'ouverture de nos sociétés aux questions liées à notre rapport aux animaux. Il a été écrit par un militant antispéciste, mais il ne s'agit pas d'un manifeste. C'est un portrait honnête fondé sur une trentaine d'entretiens et qui ne craint pas d'aborder les côtés moins reluisants du mouvement.
Des balbutiements de la pensée aux différentes déclinaisons actuelles en Israël, France, Canada, etc. Un ouvrage de référence simple et précieux pour toute bibliothèque végétale.
L'antispécisme, écrit Segal, est une vision de justice prônant la prise en compte des intérêts des autres animaux dans l'organisation de la société. Son envers est la prise en compte exclusive des intérêts humains et l'asservissement des autres animaux à ceux-ci. L'ouvrage s'articule autant dans sa portion historique que sociologique sur une acception de base du terme radical, référant à sa racine latine radix, racine. L'antispécisme est dit radical puisqu'il vise un mode d'organisation de la vie humaine et de son rapport à celle des autres animaux à sa racine. Une variété de radicalités découle de cette acception de base et se rattache aux différentes figures que revêtent les groupes motivés par l'antispecisme au fil du temps et selon les lieux: radicalité des objectifs, des discours, et/ou des actions.
Les lieux vont de l'Angleterre, de la France, de la Suisse (le groupe anarchiste végétalien de Monte Verita où Kafka, Max Weber et Hermann Heiss notamment ont séjourné) et des États-Unis, à Israël (dont l'attachement au véganisme est mis en perspective sous l'angle d'une opportunité de gains non offerts sur le terrain politique), et au désert de Neguèv où une première communauté végane (remplaçant tout produit d'origine animale par un équivalent végétal) est née sous l'initiative d'un groupe d'Afrikan Hebrew Israelites originaires des États-Unis.
La portion historique de l'ouvrage retrace l'émergence de l'antispécisme du sein de différents groupes en butte contre la domination pour des motifs raciaux, économiques ou de sexe. L'antispécisme est diversement prôné et pratiqué, par les choix alimentaires, vestimentaires ainsi que par les discours et les actions, dans des groupes anarchistes, féministes, socialistes ou même chrétiens adhérents à la mouvance socialiste. Segal cite revues et journaux créés par ces groupes et organisations, livres et mémoires de ses figures de proue, dont Marie Huot, Élisée Reclus, Louise Michel, et cite certains gestes d'éclat ayant porté l'antispécisme à l'attention du public large : saboter des parties de chasses, empêcher la tenue de vivisection dans des laboratoires et autres. Une part de l'histoire retracée, en plus de celle consacrée à reconstituer l'hybridation de l'antispecisme à l'anarchisme et au féminisme surtout, consiste à retracer une dynamique de migration graduelle de la protection des animaux, dans des organisations comme la RSPCA (Angleterre 1884 -) ou SPA (France) à la défense et éventuellement à la libération des animaux.
Admirablement écrit, renseigné, appuyé sur une enquête de terrain sur les groupes antispecistes actuels en France et à Montréal, il s'agit d'un livre instructif et stimulant à lire qui porte au grand jour l'étendue surprenante de ce mouvement, de ses variations et constantes à travers temps et espace (dont cette variation que l'adhésion au véganisme rattaché à l'antispécisme serait positivement corrélée au statut socio-économique en Amérique du Nord, mais négativement corrélée à lui en France). Bien que Segal reconnaît d'emblée adhérer à l'antispécisme, il conserve une lucidité sur les enjeux tant politiques que sociaux et psychologiques de la cause, notamment en ce qui concerne les mérites et démérites des différentes formes de mobilisation (exclusive à la libération animale ou intersectionelle, abolitionniste ou réformiste).
Animal Radical est un livre écrit sur les droits d’animaux, véganisme, les progrès réalisés au niveau mondial dans ces domaines au fil des ans. C’est écrit par le chercheur et journaliste, Jérôme Segal. Le livre parle de l’histoire et sociologie de l’antispécisme.
Le livre est bien structuré, définissant des termes rarement utilisés dans nos conversations quotidiennes et alors, il est important de donner la définition de chacun de ces mots. Il a commencé par expliquer la différence entre végétarisme, végétalisme et véganisme – les deux premiers sont plutôt liés avec l’alimentation mais le champ d’application de véganisme et plus large – c’est un mode de vie, qui rejette toutes les formes d’exploitation, par exemple, soutenir un zoo.
Le deuxième mot qui est important à définir est l’antispécisme qu’il a encore une fois bien fait, un mot qui est utilisé depuis les années 70s qui refuse de mettre les être humain.e.s au-dessus de toutes les autres espèces.
Il y avait plusieurs citations intéressant, et en expliquant le mot « radical », qui est souvent mal utilisé pour classifier quelques végan.e.s, il explique comment même le mot est mal compris :
« La radicalité peut s’accompagner d’un retour au principe fondateur. Pitseys note que, dans ce sense, le Parti chrétien(démocrate allemand est paradoxalement plus radical que le Parti communiste chinois (c’est-à-dire plus en phase avec ses valeurs fondatrices). »
Le livre est divisé en deux parties, le premier qui parle aux origines d’antispécisme radical – aux différents pays et ses origines dans les mouvements anarchistes – où il cite l’activisme de Marie Huot et Louise Michel. La deuxième partie, il parle des mouvements nationaux et internationaux afin de bouger vers une société plus conviviale aux animaux.
J’ai appris beaucoup en lisant ce livre et ça m’a aidé beaucoup à expliquer aux autres gens curi.eux.euse du sujet – vu que les définitions qu’il donne dans le livre sont très clairs. J’ai lu le livre pendant le début de ma phase après être devenu végan (même si j’étais végétarien depuis longtemps) et ça m’a aidé également a être convaincu sur mes propres choix.
La seule partie qui m’a dérangé, est comme il a essayé de traiter le « veganwashing » qui est un problème mais il est un peu coupable lui-même j’ai trouvé, en écrivant un chapitre avec le titre « Israël, l’eldorado des véganes et des antispécistes ? ». C’est important avec toutes les informations qu’on a, l’occupation de Cisjordanie depuis des décennies, les politiques discriminatoires vers la population palestinienne dans les territoire de Cisjordanie et la Bande de Gaza depuis des années – Israël a utilisé ce propagande depuis des années, en disant que le Tsahal est l’armée plus moral du monde parce qu’il y a une brigade végane ou comment Tel-Aviv est la ville plus « végan-friendly » et « LGBTQ+ friendly » dans cette région.
En fait, je n’ai pas un problème en expliquant les choses qui se passent bien en Israël pour promouvoir le véganisme. Je comprends même s'il s'agissait d'un.e citoyen.e lambda tombant dans le panneau de cette propagande. Mais vu qu’il est journaliste, il est raisonnable que je m'attende à ce que le chapitre soit équilibré - et sur ses quelque vingt-cinq pages, la critique n'a pas porté sur plus de deux pages (où il a fait allusion au « veganwashing »). De plus, dans tout le chapitre, la Cisjordanie n'a été mentionnée qu'une seule fois et les palestinien.ne.s ont été mentionnés dans le contexte des objections à l'appropriation par Israël du houmous dans leur gastronomie. Bien que cela puisse être important en temps de paix et d'égalité, je suis raisonnablement certain que dans la liste des préoccupations, cela serait le cadet des soucis des paléstinien.ne.s.
Ma plus grande objection au manque d'équilibre de ce chapitre est que, si l'antispécisme s'oppose à l'exploitation de tous les animaux, il inclut également les êtres humains et qu'un pays connu pour ses violations constantes des droits de l'homme ne pourra jamais être l'« eldorado » pour les végan.e.s.
Pour conclure, c’est un livre très bien écrit et j’ai appris beaucoup de choses – particulièrement avec les définitions claires sur les mots qu’on utilise souvent dans la communauté végane mais on est mal à l’expliquer clairement aux autres. J’ai été prêt à attribuer une note de cinq sur cinq pour le livre mais à cause d’une manque d’équilibre dans un de ses chapitres (cité dans les paragraphes précédentes), je donne une note de quatre sur cinq.
Le spécisme est un préjugé favorable à l'espèce humaine et donc un préjugé défavorable aux autres animaux. L'antispécisme est un mouvement social de libération des animaux non humains de ces préjugés de "maitres et possesseurs" (Descartes). Vous vous sentez bien seul-e quand votre mère sert à table son célèbre haricot de mouton dominical sans penser à votre engagement antispéciste végane ? Vous souffrez du 'traumatisme végane' en voyant les chaussures de cuir de vos amis, en faisant la queue à la caisse de votre supermarché tandis que la précédente cliente décharge de son caddie des morceaux de cadavres alors que vous voyez la bête ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas seul-e. D'illustres militants, savants, littérateurs se sont penchés sur les sort des bêtes, et pas des moindres : Louise Michel qui doit son engagement militant à son enfance à la campagne, voyant comme on y traitait les bêtes, Marie Huot, "la dame à l'ombrelle" anarchiste et féministe, les suffragistes britanniques antivivisectionnistes, subodorant que les prochaines à passer à l'expérimentation et ses tortures ce seraient elles, Elysée Reclus géographe anarchiste et socialiste, les philosophes et auteurs juifs aux familles décimées dans les camps de la mort : Isaac Bashevis Singer, Peter Singer, Theodor Adorno, Elias Canetti, Jacques Derrida, Elizabeth de Fontenay, Claude Levi-Strauss... se sont penchés longuement sur le sort des bêtes sous le joug humain. Aujourd'hui des militant-es (80 % de femmes !) s'engagent sur la planète entière, bien que l'ouvrage de Jérôme Segal se contente de décrire le mouvement en Occident et au Moyen-Orient avec Israël et les Palestiniens, le Québec, la Grande-Bretagne, les USA, leurs associations d'activistes (hacktivistes) comme PETA, ALF, L214, DxE, 269 Libération animale né en Israël, tant d'autres, obtenant des résultats, faisant avancer la prise de conscience et les lois. Après avoir fait l'historique du mouvement, l'auteur, lui-même antispéciste qui le revendique ce qui le situe, fait l'état des lieux du mouvement tant dans sa version réformiste (welfariste) que radicale. Un court ouvrage sérieux, percutant, et qui fait du bien à lire si vous êtes antispéciste et végane. Et certainement aussi pour les autres.