On s'imaginait Jésus entouré d'une garde rapprochée de douze hommes, les femmes demeurant à distance, comme au fond du décor. Christine Pedotti nous le fait découvrir en conversation avec de nombreuses femmes, qu'elles marchent en fidèles disciples à ses côtés ou qu'elles croisent son chemin. Jésus les côtoie, les touche et se laisse toucher, au sens propre comme au figuré. Elles questionnent et il ne les rabroue jamais. Elles argumentent et il les écoute. Parfois, il se laisse convaincre... peut-être même convertir. Cette lecture précise et rigoureuse des quatre Evangiles canoniques est renversante. Non seulement Jésus était "en avance sur son temps", comme on l'a beaucoup dit, mais il devance aussi le nôtre en n'assignant jamais aux femmes un rôle lié à leur sexe.
Dans ma recherche d’identité en tant que femme, catholique, scientifique et féministe, j’ai voulu m’informer sur la place qu’ont occupée les femmes dans la religion et la science. Cela a été le thème de mes cadeaux de Noël 2023 : j’aime donner un fil conducteur à mes lectures. Apparemment, trouver des livres sérieux qui parlent de la place des femmes dans la religion est difficile... sauf pour les catholiques (sans rire).
"Jésus, l’homme qui préférait les femmes" propose une relecture des textes du Nouveau Testament sous un regard — je n’oserais pas dire féministe — mais plutôt profondément féminin. L’autrice nomme et compte les femmes présentes dans les quatre Évangiles, et raconte leur relation avec Jésus.
J’ai été étonnée de découvrir la place importante donnée aux femmes, et comme l’autrice le souligne, pas une place quelconque, mais LA place. Elle en vient même à considérer que Jésus préférait les femmes aux hommes, au point de leur confier le message le plus fondamental : « Le Christ est vivant. »
L’autrice montre que ni Jésus, ni les évangélistes, n’ont eu une approche masculiniste ou misogyne. C’est plutôt la lecture qu’en ont faite les savants (hommes) et l’Église (dirigée uniquement par des hommes) qui a trahi cet esprit. Pas étonnant : une grande partie des passages où il est question des femmes n'est ni lue, ni enseignée sérieusement dans l'institution ecclésiale.
Le plus bel exemple ? La mise en avant de la Vierge Marie, présentée comme modèle absolu de pureté — alors qu’elle n’est que peu mentionnée dans les Évangiles —, tandis que Marie Madeleine, pourtant la première à porter la Bonne Nouvelle de la Résurrection, a été salie : réduite au statut de prostituée ou de pécheresse. Une Marie Madeleine qui, selon les textes, n'était ni prostituée, ni pécheresse, mais simplement atteinte de maladies psychiques… Merci encore, messieurs les papes.
Cette lecture a été un vrai réconfort. Cependant, je suis malheureusement convaincue que ce type de lecture n’intéresse pas grand monde. Dans un monde où Trump a été élu président, porté par son drapeau "anti-woke", imaginer une lecture féministe ou "wokiste" des Évangiles — avec une tradition de deux mille ans — serait vu comme mettre le feu à la poudrière. Et puis, soyons honnêtes : beaucoup de femmes catholiques affirmées, tout comme les hommes, ne se posent même pas la question de ce regard différent.
C’est triste. Mais au moins, je sais que moi, je pourrai proposer une autre lecture de la parole de Jésus. Et, peut-être, la partager avec celles et ceux qui voudront bien l’entendre.
Un livre qui émet beaucoup de vérités, sur les Évangiles, sur Jésus, et l’amour particulier qu’il portait aux femmes. En revanche je ne suis pas d’accord avec le fait que les femmes devraient pouvoir être prêtres.