(4/5, I really liked it)
« … car ainsi voguons-nous disloqués dans la tempête des années, otages de la mer sombre où l’exil des uns n’efface jamais celui des autres, coupables et victimes du passé. »
Ce récit/roman de Sarah Chiche amène le lecteur dans l’histoire d’une prospère famille pied-noir qui dû fuir les atrocités de son pays pour se refaire dans une terre d’accueil. Là, le père, médecin-entrepreneur, la mère, fidèle et dévouée ainsi que leurs deux fils, l’aîné, pupille de la mère et son cadet, couvé par le père, instaureront des cliniques médicales qui feront la fortune de la famille. La narratrice, fille du cadet, orpheline de père à l’âge de 15 mois, sera marginalisée du reste de la famille par l’insignifiance de ses origines maternelles ainsi que par la désinvolture de sa maman.
La première partie de SATURNE, trace le portrait de cette famille; c’est d’ailleurs la section du livre que j’ai préférée. Puis, en 2002, à l’âge de 26 ans, la narratrice (l’auteure) perd sa grand-mère paternelle, de qui elle s’était graduellement éloignée. Le départ de cette aïeule la renverse. La dépression la foudroie.
« Je me glissais dans la peau du silence, avec un bonheur que je n’avais jamais connu jusque-là ― le bruit d’une goutte d’eau sur le bord du lavabo, le ronflement de l’ascenseur ou les pas de ceux qui allaient et venaient au-dessus devinrent, peu à peu, des événements à part entière. Je voulais rester cachée. »
Puis, cette fabuleuse chute littéraire, celle dont rêve tout écrivain, celle souhaitée par tout dépressif. La lumière.
« Les photos prises à l’occasion de ma naissance nous montrent tous très joyeux. Dans les contes de fées, c’est là que l’histoire s’achève. Dans l’espace de la tragédie ordinaire, c’est ici que tout commence. »
Une superbe plume. Une maîtrise totale. Une très belle lecture.