Parmi les Anciens, Démocrite, Épicure et Lucrèce ont eu le génie de professer que l'univers entier est une sorte d'immense Lego ! Ils enseignèrent que l'être est un et, tout à la fois, sporadique ; que la naissance est composition et la mort désagrégation ; que de minuscules éléments de construction, lesquels, pris un à un, sont éternels et immodifiables, se combinent puis se dissocient au gré de leur agitation incessante dans le vide immense. Épicure et Lucrèce, son plus grand disciple romain, furent en outre deux maîtres de volupté : beaucoup plus que chez Démocrite, la philosophie des atomes a chez eux partie liée avec la poursuite du plaisir qu'ils identifient au bien souverain. À ce titre, ils sont résolument modernes. Comme ils le sont aussi quand ils annoncent que, dans un univers dont la Providence est exclue, dans ce Lego fait de corpuscules insensibles, chacun pourra mesurer le néant des fables qui agitent les mortels, l'absurdité des mythes relatifs aux châtiments infernaux et, ainsi, parvenir à l'idée qu'il est possible d'atteindre un bonheur intense, durable et parfait, dans les limites de la vie terrestre.
Jean Salem est un philosophe français, né le 16 novembre 1952, professeur de philosophie à l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne et directeur du Centre d'histoire des systèmes de pensée moderne[1] depuis 1998.
Agrégé, docteur et habilité à diriger des recherches en philosophie, Jean Salem a également suivi des études en littérature française, en sciences politiques, en anglais, en histoire, ainsi qu’en art et archéologie. Jean Salem anime un séminaire d’histoire du matérialisme à l'université Paris-I et, avec Isabelle Garo et Stathis Kouvelakis, le « Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre »[2]. Ses principaux travaux de recherche portent sur la philosophie des atomes et sur la pensée du plaisir. Concernant la philosophie de Démocrite d’Abdère, Jean Salem s’est efforcé de réunir et d’organiser les membra disjecta de cette pensée qu’il tient pour fondatrice du matérialisme philosophique. Concernant Épicure et Lucrèce, il a étudié les fondements de la doctrine que l’on enseignait au Jardin, en s’attachant par-dessus tout à restituer le sens d’une éthique qui a osé proclamer que le souverain bien réside dans la volupté. Aussi ne manque-t-il pas de s’intéresser par surcroît à l’hédonisme bien moins serein qui fut celui des faux épicuriens, celui des voluptueux inquiets, celui d’un Maupassant notamment. Des ouvrages plus personnels (parus chez Bordas, Michalon, etc.) entremêlent philosophie générale, promenades érudites et interventions politiques. Jean Salem a publié par ailleurs une Introduction à la logique formelle et symbolique (Nathan). Il a aussi consacré diverses études à Giorgio Vasari, à Ludwig Feuerbach, à V. I. Lénine, etc. Il a édité des textes d’auteurs anciens (Plutarque, Hippocrate), et rédigé plusieurs manuels destinés aux lycéens et aux étudiants en philosophie (Nathan, Albin Michel, Bordas). Il assure des khôlles de culture générale en classe préparatoire HEC au lycée Saint Michel de Picpus à Paris.