'Οταν φεύγεις από την παιδική ηλικία, είναι σαν να πηδάς έναν τοίχο. Τα βγάζεις πέρα περισσότερο ή λιγότερο αδέξια. Περνάς το κεφάλι. Ανακαλύπτεις ένα διαφορετικό τοπίο και πηδάς από την άλλη πλευρά, γιατί δεν σον μένει παρά να πηδήσεις. Τα καταφέρνεις περισσότερο ή λιγότερο καλά. Μερικοί πληγώνονται και πονούν. Μερικοί μπορεί ακόμα και να σκοτωθούν, κυριολεκτικά ή μεταφορικά. Η δική μας ιστορία ήταν πώς μπήκαμε στην εφηβεία πηδώντας καταμεσής σ' έναν πραγματικό πόλεμο. Θα ξανασυναντιόμασταν όπως παλιά, αλλά τώρα παίζοντας στ' αλήθεια. Στο Γαλάζιο Νησί. Εμείς: ο Μπερτράν, πολύ υπερήφανος, η Μαϊτέ, πολύ όμορφη, οι μονάρχες μας. Ο Πάρά, ο Ζιγκομάρ, η Ζαζάν και ο αφηγητής, πος θα μπορούσε επίσης να είναι ο συγγραφέας αυτού τον βιβλίού, γιατί δεν είναι μυθιστόρημα αλλά πραγματικότητα. Το Γαλάζιο Νησί: το μαγικό μας βασίλειο. ενα νησάκι ανάμεσα σε δύο βραχίονες κάποιου ποταμού χαμένου στα βάθη της Τουραίνης. Το βασίλειο μπήκε στη δίνη του Ιουνίου 1940: η ήττα των γαλλικών στρατευμάτων, η εισβολή, η αποσύνθεση της χώρας, μέχρι την ημέρα που εμφανίζεται στο νησί ένας εικοσάχρονος Γερμανός αξιωματικός. Τα φαντάσματα πλανώνται στον αέρα. Η αγάπη, η τιμή, η υπερηφάνεια... Η φυλή, η γενιά, το βασίλειο... Το μυστήριο της ζωής, του Θανάτου... Η αποκοτιά της μάχης και της καρδιάς, το Θέατρο των μεγάλων συναισθημάτων... Η σαρκική προσήλωση, η ομορφιά... Τα κομματιασμένα όνειρα, η πραγματικότητα... Έτσι ήμασταν εμείς οι έφηβοι εκείνης της εποχής, όλων των εποχών. 'Ετσι θέλαμε να ήμαστε ή τουλάχιστον είχαμε πιστέψει ότι έτσι ήμαστε. Δόξα τω Θεώ, ως τη συντέλεια τον κόσμού, η ηλικία ετούτη θα είναι ηλικία των ψευδαισθήσεων.
Jean Raspail was a French author, traveler and explorer. He was best known for his controversial 1973 novel, The Camp of the Saints, which is about mass third world immigration to Europe.
Livre étrange que celui-ci. Les tournures de phrases, le rythme, l’extension des chapitres, c’est l’œuvre d’un écrivain qui s’y connaît. Ça se lit vite, ça coule comme la Mulsanne et on se prend au jeu (de Bertrand et du narrateur), on redevient ces enfants qui jouent à la guerre avant que La Guerre, la vraie, ne vienne les secouer.
Pourtant, il y a quelque chose qui sonne faux. Le portrait de la France sous l’occupation, lapidaire, a des nuances d’édito satyrique qui desservent le réalisme du roman. Les personnages deviennent des caricatures, pathétiques ou superbes, mais tous insupportables. On s’en détache avant même de s’en être vraiment attaché.
Le plus sympathique à priori est celui qui tient le rôle antagonique, un officier allemand plus français que le peuple français, plus brave que le ‘héros’, mais qui n’en résulte pas moins désagréable, voire abject vers la fin. Narquois, hautain et luxurieux, il perd son humanité à mesure qu’il gagne en influence et conquêtes.
Quant au protagoniste, l’histoire est à peine différente. Issé au rang presque mythologique, il est loin de ce portrait magnifique que nous dresse le narrateur au long de l’histoire – du moins jusqu’aux toutes dernières pages. Tout aussi dédaigneux et insolent que son rival, c’est sans sympathie qu’on suit ses fantaisies, toujours plusieurs pas derrière lui.
Il y a néanmoins quelque chose qui fascine dans ce roman, Une clé de mystère qui demeure, aussi énigmatique que peut sembler l'entrée à l'âge adulte à un troupeau de gamins, ou une guerre perdue sans combat au peuple français. Ces sentiments de confusion et d’égarement son réussis. L’époque et son esprit arrivent à nous toucher.
Alors, même s’il est difficile de plonger émotionnellement dans ce récit quand le sort de ses personnages nous laisse indifférent, un changement de perspective donne une autre valeur à l’œuvre, surtout si on la traite plutôt comme une dissertation de caractère possiblement autobiographique.
La dédicace, le tout début et certaines clés vers la fin effacent d’ailleurs les frontières entre fiction et réalité. Bertrand, Maïté et Frantz auraient-ils existé ? Leur fatidique rencontre s’est-elle vraiment produite dans une île bleue qui traumatisa, à vie, un jeune Jean Raspail ? Ce roman serait-il, en réalité, une confession ?
C’est la lâcheté du le peuple français qui est mise à nu, avant de passer à l’examen, puis de décaler au divan du psy pour arriver, par le biais de la thérapie de l'écriture, peut-être à comprendre, se pardonner, passer la page. Les Allemands, fiers et arrogants vainqueurs, finirent par mordre la poussière. La France a été épargnée. Mais à quel prix ?
Si l’épilogue laisse un arrière-goût amer, ce doute sur sa plausibilité ne fera que l’amplifier. Reste une certaine curiosité pour explorer davantage et en savoir plus, mais on préfère se hâter à quitter ces « jeunes monstres » – eussent-ils ou non existé – dont les destins, loin d’émouvoir, provoquent une incontestable aversion.
Français, allemands ou franco-allemands, peu importe : rien ni personne n’est épargné, pas même le narrateur, dont le dégoût de soi-même est à peine tolérable. La lecture est enrichissante, mais pas forcément agréable. Bien qu’on ne regrette pas le voyage à l’Île Bleue, on n’a pas envie d’y séjourner d’avantage - ni de la revisiter.
P.S. Il existe un téléfilm (2001) de Nadine Trintignant. Cette adaptation sans grandes ambitions s’éloigne singulièrement du roman mais représente un complément intéressant à celui-ci, poursuivant certains aspects (principalement de caractère romanesque et érotique, il faut le dire) qui n’étaient que suggérés dans l’histoire de Raspail.