Sophisme, généralisation, conclusions hâtives et sans fondement, impertinence et manque de cohérence, voici quelques adjectifs pour décrire ce livre. Il va sans dire que j'ai été extrêmement déçu de ce livre qui pourtant adressait une sujet crucial et important dans notre société: la grossophobie.
Or, l'auteur rate carrément la cible de nous livrer une oeuvre étoffée et qui sensibiliserait les masses sur cet enjeu. En effet, le livre présente d'innombrable faussetés médicales qui ne sont pas justifiés par des recherches. Sous le couvert de l'acceptabilité social il ne faut pas faire abstraction de simple faits médicaux. Par exemple : " Cependant, parce que la santé doit être de plus en plus efficace et rentable, le taux de médecins prenant le temps de relativiser l'indice de masse corporelle n'est pas très élevé. Vraiment pas"
Mais d'où sort cette affirmation? d'une étude? de la perception personnelle de l'auteur? comment l'auteur peut-il attribuer une telle conclusion à l'utilisation de l'IMC par un médecin? Si les conclusions de l'auteur s'avèrent vraies, l'examen du médecin serait réduit au calcul de l'IMC sans aucune autre intervention... ce n'est bien évidement pas le cas.
L'auteur ajoute: " Non seulement l'IMC ne dit pas grand chose, mais en plus il vient appuyer l'idée que le poids est un indice de santé. Que la graisse c'est mauvais. Que la minceur, c'est bien. Les médecins devraient être les premières personnes à savoir que c'est faux, mais ça ne change rien" Cette affirmation est simplement fausse. Le poids est certainement un indice de la santé de quelqu'un, cela ne fait aucun doute. Une variation de cette donnée donne plusieurs indices sur le portait de santé d'une personne. Je comprends qu'il y ait effectivement une zone grise qui varient d'un individu à un autre. Pour certaine personne un poids de 280 lbs l'a mettra a risque mais pour une autre cela sera totalement normal. Mais affirmer que cette donnée n'est pas un indice est une erreur.
J'invoque également le manque de cohérence puisqu'il est récurrent: " Je suis sûrement pas en mesure de juger et je ne connais pas les détails des dossiers, mais je m'attendais, puisqu'il s'agit d'une intervention radicale, à ne croiser que des situations où le poids handicape vraiment la vie des gens, où la chirurgie est la seule option. Le système digestif est quand même modifié [...] J'ai l'impression que la chirurgie est maintenant facilement prescrite, comme s'il fallait absolument éradiquer toute forme de surpoids"
Le paradoxe est frappant et l'auteur, encore une fois( et il y en a plusieurs) laisse sous-entendre un zèle de la part des médecins dans leur volonté de procéder à des chirurgies bariatriques pour des raisons non justifiées. Cette supposition non pas sans conséquence est faite sans aucune donnée probante à l'appui, simplement basé sur une visite lors d'une rencontre d'information.
L'auteur nous urge (et avec raison) de ne pas utiliser seulement le poids comme indicateur mais va encore user d'un paradoxe pour nous l'illustrer: "Il faut arrêter de prétendre que, s'il y a devant nous deux personnes, l'une mince et l'autre grosse, la personne mince est automatiquement en santé (tout-à-fait vrai) Je connais des gens minces qui boivent des boissons gazeuses tous les jours. Je connais des personnes grosses qui n'en boivent jamais. Qui est en meilleure santé? " Est-ce dire que la consommation de boissons gazeuses est maintenant un indice clair pour évaluer la santé de quelqu'un? L'auteur avance pour appuyer cet exemple son cas particulier qui bien qu'intéressant ne peut venir combler une propos général, le manque de donnée est encore criant ici.
Un exposé plus long serait inutile, toutefois il faut reconnaître le courage de l'auteur de s'exposer comme il le fait. Malheureusement, ici aussi il y a une manque. Plusieurs des chapitres ne sont que long partage de son expérience personnelle sans qu'il n'y ait un développement ou une piste de réflexion sur la problématique profonde qui l'affectent. Alors que parfois on pense rentrer dans le sujet pour le décortiqué et en comprendre les fondements l'auteur ne reste que sur la surface. Bien que l'auteur réussit à susciter notre empathie, certains passages sont lourds et manque d'appui philosophique pour venir chercher la réflexion du lecteur.
À certains moments nous avons vraiment l'impression d'être dans la chaise d'un psychologue ayant une envie imprenable de venir en aide à notre patient mais sans pourvoir le faire. Également, une édition adéquate aurait permis de supprimer certains passages qui relèvent beaucoup plus de la simple pensée que d'un vrai propos et qui ne font qu'exacerber une impertinence profonde: " Mais Superman, lui comment les a-t-il développés? [ses pouvoirs] On le voit forcer quand il doit freiner un avion en plein vol. Quel entraînement peux-tu bien faire dans la vie pour développer tes muscles quand, pour forcer, tu dois soulever des plaques tectoniques?" L'idée d'adresser le physique idéaliste des superhéros est excellente pour soutenir l'idée que la société a un problème de perfection et de perception de la beauté mais ce genre de passage, trop récurrent, nous fait décrocher en tant que lecteur. Le chapitre sur NOFX, est un autre bon exemple de manque de fluidité de ce livre.