Souviens toi, l’été dernier.
Non, pas le film d’horreur.
L’été 2019. Ce mois de juillet qui fait partie des plus beaux moments de ta vie. Ce mois de juillet où tu crèves de chaleur mais où tu prends le temps de te concentrer sur le vrai.
Souviens toi de cette nuit sans sommeil que tu passes au téléphone avec ton meilleur pote, vous vous posez des questions débiles pour passer le temps, vous rigolez à la lune, tu te sens bien. Et là il te parle d’un mec qui s’appelle Gringe. Tu connais pas du tout. Tu fais partie des rares, il paraît. 𝑬𝒄𝒐𝒖𝒕𝒆 𝒔𝒐𝒏 𝒂𝒍𝒃𝒖𝒎, ç𝒂 𝒗𝒂 𝒕𝒆 𝒑𝒍𝒂𝒊𝒓𝒆. Toi, t’es pas un mec contrariant, en général tu suis les conseils qu’on te donne, surtout quand ça vient de ton meilleur pote, qui connaît ton cœur sur le bout des doigts. Alors tu écoutes Enfant Lune. Au début, t’es pas sûr. Puis tu te laisses avoir par deux ou trois morceaux, y’a un truc dans l’écriture, dans la voix grave, ça sent le vécu. T’es allongé dans ton canap et l’air chaud est malléable autour de toi, tu pourrais presque le manipuler comme de la pâte à modeler. Et là, y’a « Scanner » qui commence. 𝑱’𝒄𝒐𝒎𝒑𝒓𝒆𝒏𝒅𝒔 𝒑𝒐𝒖𝒓𝒒𝒖𝒐𝒊 𝒄𝒆𝒕𝒕𝒆 𝒆𝒏𝒗𝒊𝒆 𝒅’𝒕𝒐𝒖𝒕 𝒃𝒓û𝒍𝒆𝒓. Ça te parle direct. Toi ta colère tu la portes à même la peau depuis l’enfance, ça fait des années que tu essaies d’écrire là-dessus, de poser les bases de ta rage, mais t’y arrives pas. Puis il y a cette phrase d’un mec que tu connais pas. La chanson, tu continues à l’écouter. Petit à petit, tu comprends le délire. Et petit à petit, t’as peur parce que tu trembles et tu pleures. La maladie mentale, ça te connaît. T’as vécu dans un foyer malade, tu te balades avec un cerveau pas comme celui des autres, les médecins disent que c’est juste une question de sécrétions d’hormones. Pour ta mère, c’est pareil. Sauf que ça porte pas le même nom. La grande B.
La grande B, c’est pas comme la grande S. La schizophrénie. Schizo c’est l’insulte typique par chez toi. Au quartier, on l’utilise comme on dirait merde. C’est d’elle dont Gringe parle dans ce livre. De cette maladie à la con. Qu’on a encore du mal à comprendre, à anticiper, à vivre. Mais c’est pas juste ça. Derrière la grande S, y’a Thibault, son frère. Un mec brillant, bourré de talent. Un Chevalier Lumière, qui vaut tous les Capitaine Flam de l’univers. Y’a des chemins parcourus ensemble, y’a l’enfance, la colère, la violence, la candeur apparente des cours de récré. Puis très vite y’a pas le choix, faut grandir. Tous les deux, ils grandissent pas pareil. Y’a des trucs qui clochent, ici et là. Jusqu’au jour où Thibault tombe malade. Où l’on pose un Nom et des Mots sur ce qui se passe.
Ensemble, Guillaume et Thibault aboient en silence. C’est ce que le titre peut te faire croire. L’intimité, le secret, les trucs qu’on a peur de dire. Pourtant c’est tout le contraire, ce bouquin. C’est un texte incandescent, bruyant, sincère. Quand tu penses que la plume est simple, efficace, juste les mots qu’il faut, quand tu baisses la garde, bam, elle te ravage. Gringe bouleverse par ses erreurs, par sa manière d’aimer, par son flow. Thibault bouleverse par son bordel artistique, par son honnêteté terrible, par sa sensibilité. À deux, enfants de lune, ils t’apprennent la résilience et les conneries, pas sans humour. Il n’y a rien de calculé dans ce roman. Rien de plastique. Et c’est ce qui fait que ça castagne sévère.
Souviens toi de t’armer de patience et d’amour.
Voilà ce que Gringe et Thibault m’ont appris.
Chevaliers de Lumière, à l’attaque de ta rentrée littéraire. Ouvre grand les yeux, les bras et le reste. Et aboie très fort.
(Parution le 9 septembre chez HarperCollins France, conjointement avec Wagram Stories.)