Il semble que Rihanna et Modigliani aient un don d’ubiquité, car ils sont partout, à la fois dans tant de pages du livre que dans le quotidien du jeune homme. La première hante ses oreilles. Il en a même des visions : Rihanna faisant la vaisselle dans une maison d’un quartier cossu. Rihanna chirurgienne. Les toiles du second, souvenir de son enfance, symbolisent l’œil veillant de sa mère.
Antoine Charbonneau-Demers ne joue pas dans la dentelle. Un chapitre débute même par la phrase «J’ai chié sur le visage d’un homme.». Les scènes «amoureuses» sont généralement décrites de façon chirurgicale, un check list sans émotion et ce, même s'il avoue pleurer assez fréquemment durant l’acte.
Pourquoi concentrer ses efforts à vouloir plaire à des vieux.
« —Aurais-tu voulu de moi si j’avais dit que j’avais cinquante-cinq?
—Ben, j’ai dix-neuf. Rendu là, je pense que oui. »
Ensuite, pourquoi tout faire pour rejeter le gars de son âge qui s’attache à lui?
« Depuis que je donne mes journées à Jérôme, le temps s’égrène. Je me vois vieillir en attendant le jour où je reprendrai vie. D’ici là, je me gaspille. »
Et ce photographe?
« —I'll definitely spank the hell outta you.
Si ça veut dire ce que je pense, cette phrase est la plus belle déclaration qu'on m'ait jamais faite. »
Une bonne partie du récit passe par les dialogues. Ceux-ci sont très réalistes, ne sonnent jamais faux, ni bonbon. Je préfère largement le ton pragmatique et « in your face » de la proposition de Charbonneau-Demers que celui emprunté par certains de ses contemporains dont j’ai récemment lu des écrits (Samuel Larochelle, Simon Boulerice).
GOOD BOY est une lecture correcte, mais lente à démarrer… et lente à terminer. Un meilleur travail d’édition aurait augmenté la qualité finale du bouquin. L’auteur écrit très bien. À travers des descriptions trashs et des dialogues organiques, se vautre une prose, parfois poétique, toujours soignée.
« Dans la douche, je me demande à quel point je suis propre. Ma peau, mes cheveux, je les lave chaque jour, mes dents, je passe le fil dentaire, je nettoie l’intérieur de mes oreilles, entre les orteils, je taille mes ongles, je mets de la crème, je me rase partout pour que ce soit doux, je vais chez la coiffeuse tous les mois. Je suis une personne propre. Mais, depuis hier, je ne sais pas. Je ne sais pas si c’est la cousine de Rosabel qui m’a fait peur avec sa chlamydia, mais je me sens sale. Ma bouche. Ma bouche va devenir sale si j’y introduis n’importe quoi. Ce qui s’infiltre dans les microplaies de l’intérieur de mes joues, entre mes dents et mes gencives, sur ma langue et dans mon cul, ce qui se dépose dans mon ventre. Je n’ai le contrôle sur rien. »