Lauren, je m'adresse à toi directement comme tu l'as fait avec Virginia récemment. Je viens de refermer ton livre, le cœur lourd et la nuque qui fait mal. La nuque qui fait mal d'avoir hoché la tête en approbation à chaque ligne, et le cœur lourd de ne pas savoir par où commencer. Toutes les choses que tu évoques dans Présentes, je les savais déjà. Plus ou moins. Mais de lire ton travail de recherches minutieux, toutes les références, les chiffres accablants, me laisse sans voix. Alors que tu sais comme moi que ma voix est importante, comme la tienne et toutes les autres femmes et celles qui s'identifient comme telles. D'ailleurs, ta voix, je l'écoute maintenant depuis quelques années et elle a été l'hymne de mon éducation féministe. Moi aussi, j'ai toujours voulu être journaliste car lire et écrire sont les deux choses qui comptent le plus dans ma vie.
J'espère juste que ton livre va atterrir entre les mains d'hommes cis aussi. Car c'est bien beau de se battre tous les jours, mais la fatigue militante, je commence à la ressentir. Je suis fatiguée de retrousser mes manches. Lauren, j'ai peur qu'on ne voit pas les résultats de notre merveilleux combat. J'ai peur qu'on ne la verra pas de notre vivant, notre putain d'utopie féministe queer et matriarchale. J'ai peur que dans quelques années, quelqu'un réedite ton livre et que la préface fasse écho à celle que tu as écrit pour Virginia. Que rien n'ait vraiment changé. Mais j'ai aussi ce feu au fond du ventre qui me pousse et me dit que tant pis si on ne voit pas les fruits de notre travail. Peut être que d'autres le verront. Peut être qu'on sera à notre tour les grand mères sorcières qu'ils n'ont pas réussi à brûler. Car le feu vient de l'intérieur. On est là et c'est nous qui allons tout brûler. Merci merci merci 🙏🏻