Venue d’Europe sur les traces d’une écrivaine disparue dont elle doit écrire la biographie, la narratrice de Bermudes a tout quitté pour recommencer une vie nouvelle. De Montréal jusqu’à la Côte-Nord, elle poursuit le fantôme d’une femme qui lui ressemble comme une sœur. Dans ce voyage sensuel et mélancolique, ceux qu’elle rencontre sont des révélateurs ou des compagnons de résilience : un homme politique insaisissable, un musicien à la célébrité encombrante, les habitants d’une île où une autre vie semble possible… Mais son enquête la renvoie sans cesse à sa propre errance et à son passé. N’est-ce pas toujours soi-même qu’on cherche dans les livres des autres ?
Claire Legendre est née à Nice en 1979. Son premier roman, Making-of, est publié en 1998, tandis qu'elle n'a que 18 ans. En l'an 2000 elle est pensionnaire à la Villa Médicis à Rome et vit à Prague de 2008 à 2011, où elle anime un atelier d’écriture. Elle soutient une thèse de doctorat en littérature comparée et études théâtrales en 2009 et devient professeure de création littéraire à l'Université de Montréal en 2011. Son œuvre littéraire comprend notamment Viande (1999), La méthode Stanislavski (2006), L’écorchée vive (2009), Vérité et amour (2013), Le Nénuphar et l'araignée (2015), Bermudes (2020) et Ce désir me point (2024). Elle réalise en 2018 le film Bermudes (Nord) et dirige en 2020 le collectif Nullipares. En 2025 elle réalise avec Transistor Media le podcast Translations.
J'aurais voulu apprécier celui-ci un peu plus, mais on dirait que le livre que j'ai eu entre les mains et le livre décrit sur la quatrième de couverture était deux choses complètement différentes. Des fameuses recherches menées par la narratrice, qui sont à peine évoquées dans le récit, nous ne savons rien. La quête, qui forme soit disant le coeur de l'histoire, et qui est double puisqu'on nous assure qu'elle fait écho à l'errance de la narratrice, n'a aucune matérialité dans l'histoire. En lieu et place, nous avons le récit des histoires d'amour ratées de la narratrice, dont on n'arrive pas nécessairement à comprendre comment elle peut tomber sous le charme de pervers narcissiques dont les frasques occupent la plus grande part du récit. C'est bien écrit, évidemment, c'est agréable à lire, aussi, mais quand on m'appâte en me disant que la narratrice "poursuit un fantôme qui lui ressemble comme une soeur", qu'elle est "venue d'Europe sur les traces d'une écrivaine disparue", je m'attends à ce que le livre se fonde sur cette trame narrative, et je suis restée déçue de ne finalement pas avoir eu l'occasion de découvrir cette histoire qui n'en est pas une. Ceci dit, trois étoiles parce les 40 dernières pages du livre, sur le fameux voyage sur la Côte-Nord, ont vraiment capté mon intérêt et recèlent, à elles seules, toute la valeur du livre. J'aurais pris plus de Blanc Sablon et moins d'amourettes avec des hommes cis déjà en couple. C'est comme ça.
« La femme qui a réussi, si je me fie à leurs modèles, est mère, divorcée, chef d’entreprise, la cinquantaine, bouddhiste, ventrue mais musclée, éventuellement devenue lesbienne après quelques décennies d’hétérosexualité douloureuse. »
Un projet d’écriture l’a amenée à Prague. Un autre projet d’écriture l’a amenée à Montréal. Toujours ces hommes qu’elle désire, pour qui elle se fait parfois pute (le mots de l’auteure). Le personnage voyage, tout comme le lecteur. Non seulement sur le globe, mais dans le temps également. D’un chapitre à l’autre de BERMUDES, Claire Legendre fait louvoyer le lecteur vers l’arrivée de la narratrice à Montréal, en 2011, puis on retourne vers la rupture d’avec Jan à Prague, puis la rupture précédente, avec Romain, celui qu'elle a tant aimé. La douleur, les larmes, le pansement. « Depuis que j’ai quitté Romain je suis hors de ma vie, j’avance à l’aveugle dans un film que je n’ai pas écrit. Les images sont jolies mais je ne me reconnais plus dans la glace. »
On revient au Québec, où elle est sous le joug émotif de Jacques, un politicien jouant le jeu du désir stérile, qui la fait poiroter, qui la fait sentir conne plus souvent qu’à son tour. Puis, il y a ce chanteur, celui qui a un « sexe parfait. Grand, mais pas trop grand, long, droit, propre, sent bon, merveille, on dirait un faux, je veux le même. »
Enfin, il y a ce troisième acte, ce voyage sur la Côte-Nord. Ce périple littéraire mérite un 5 étoiles. Que de bonheur j’ai eu à lire ce dernier tiers du livre. « Je ne dis plus rien, je regarde l’eau monter. Le reflet bleu du déluge dans le réverbère. Il me regarde en souriant : C’est pas tout le monde qui cohabite aussi tranquillement avec la mélancolie. »
Le projet d’écriture qui l'a menée à Montréal consiste à l’écriture d’une biographie portant sur une écrivaine autrichienne, disparue au Québec en 2005. La narratrice suit les traces laissées derrière, s’abreuve des mots des journaux personnels, tente de comprendre, sillonne le même parcours dans le but de « la faire surgir de l’emboitement des pièces de son puzzle ». Elle veut savoir : A-t-elle plongé du bateau ou en est-elle tombée accidentellement dans le St-Laurent? Qu’est-ce qui l’a menée à l’eau?
BERMUDES est à la fois le journal d’une auteure en mal d’aimer et le récit d’une autre auteure, elle aussi embrumée et chagrinée; des parcours de femmes déçues. Dit comme cela, le livre apparait triste et lourd; ce qu’il n’est pas. L’écriture de Claire Legendre est lumineuse, subtile et pénétrante. je le dis encore: Le troisième acte est absolument parfait. Même lorsqu’elle décrit la noirceur de la narratrice, elle le fait avec une sorte d’apesanteur, de détachement, parfois même avec humour, plaçant le lecteur dans un rôle de témoin passif devant la résilience quotidienne de ces femmes, qui, d’épisode en épisode, se donnent, puis aboutissent désenchantées, seules.
Le chapitres sont courts. Tout coule. Les faits sont relatés avec précision, sans ambiguïté et de façon parfois crue, mais souvent chaleureuse. La ponctuation me choque parfois : pourquoi pas de virgule ici? Pourquoi cette phrase est si longue? Et celle-ci si courte? Peu importe, la ponctuation m’obsède, chacun sa lubie!
L’image du Triangle des Bermudes, non-lieu aux mystiques disparitions, est évoquée sporadiquement comme un terrain échappatoire où la narratrice y range ses angoisses et ses orages, où les « gens m’oublie et je disparais ».
Claire Legendre : Une belle plume. BERMUDES, une belle lecture.
La fin d’un couple : « Les plages de silence organisent le début d’un deuil. La distance se dépose doucement comme une vase au fond de l’eau stagnante. »
Je lui donnerais à mi-chemin entre le 3 et le 4 ⭐️ pour ces phrases que j’ai relues à voix haute tant elles m’ont touchée par leur justesse et leur poésie. Le dernier tiers du livre est comme un p’tit monde en soi, qui se détache un brin du reste du récit. Autant j’ai dévoré ces dernières pages, autant je sentais une certaine cassure. Mais peut-être que c’est ce dont la narratrice, éprouvée par ses relations sans réel lendemain, avait besoin. De prendre de la distance jusqu’à se détacher de ces hommes incapables de l’aimer en retour. À lire!
Je suis perplexe. Ce n'était pas ce que je m'attendais que ce serait, je m'attendais à plus de réflexions sur l'écriture, sur l'expérience d'écrire, sur la quête même de la narratrice, mais j'ai tout de même aimé. Je me suis retrouvée à penser au livre lorsque je ne le lisais pas, à penser à la narratrice comme à une amie de qui j'avais envie d'avoir des nouvelles, à qui j'avais envie de secouer les puces un peu, pour lui dire qu'elle méritait mieux. Je comprends le dédoublement, je me suis demandée, en observant les changements de temps de verbes, les passages au passé simple, si ce n'était pas Franza, tout à coup, qui parlait, qui prenait la parole au travers de la narratrice. Je ne sais pas.
Première partie plutôt lente et décousue. Le reste est vivant, graphique et terriblement vrai par moments. À quasiment chaque page, le lecteur ressent le désespoir d’un amour à sens unique et l’attirance perverse de la narratrice envers les hommes déjà pris.
Je recommande donc de lire rapidement sinon on s’attarde trop sur l’histoire un peu raté et cliché d’une étrangère qui fréquente les bars du plateau, vit autour du parc Lafontaine et part en croisière sur la Côte Nord.
Une phrase anodine qui m’a fait bien sourire, une perle : « On ne peut pas se perdre à Sept-Îles, c’est beaucoup trop civilisé »
Si ce livre vous intéresse, vous pouvez le retrouver dans notre catalogue des Bibliothèques publiques du Nouveau-Brunswick! (Canada) https://nbpl.ent.sirsidynix.net/clien...
Il y a d’abord le journal intime. Dans celui-ci, Claire Legendre s’adresse difficilement à nous, lecteurs ; nous ne sommes que les voyeurs collatéraux d’une vie qu’elle réécrit dans l’espoir semble-t-il de justifier à ses personnages pseudonymes (et à elle même dirait le poète) ses choix de vie. La « façon » est très plaisante, Claire Legendre a le sens de la formule (tous les atermoiements de la femme amoureuse y passent), et on en arrive à espérer qu’à la lecture de cette correspondance, lesdits personnages auront bien reçu le message. Nous…
L’impression que cette première partie pose la question de sa propre légitimité — et que Claire Legendre répond à cette interrogation par un constat comme une détresse : le texte jusqu’ici est « pertinent comme une femme amoureuse. » J’ai aimé certains chapitres, comme par exemple le magnifique « Pemberley », qui vaut à lui tout seul la lecture de cette première phase.
Car ensuite vient une seconde phase, étourdissante. Un voyage imagé et littéral, intérieur et social, qu’à ce point du livre nous n’espérions même plus ; l’impression qu’un autre lectorat est impliqué, qu’une autre auteure aussi ; et je n’en dirai pas davantage ; simplement, c’est là que le livre prend son sens, et si je suis conscient que Claire Legendre est également bien présente dans la première partie du livre, c’est durant cette seconde phase qu’on met les étoiles, et où nous décidons (que j’ai décidé, en tout cas) que Bermudes est un roman qui compte, et que Claire Legendre possède en elle la magie que je cherche dans la littérature.