« Les plantes ont dû être soulagées quand les pots ont explosé. Les pollens des jasmins ont été éparpillés aux quatre coins du pays, quelque chose de nous, quelque chose qui nous ressemble, est devenu sédentaire, a pris racine, a trouvé une terre. Quelque chose de nous a trouvé quelques parcelles de terreau propre pour s'y enfoncer. » -p. 174
J'aurais vraiment voulu aimer ce livre, mais tourner chaque page était beaucoup plus difficile que de simplement reposer le roman. Et j'avoue que je me sens mal de ne pas avoir aimé et d'avoir trouvé cette lecture pénible: c'est l'histoire de quelqu'un qui m'est racontée, ses émotions, ses déchirements, ses tourments. Mais lire est une telle passion pour moi que me forcer à le faire est tout simplement anormal et contre-nature, je ne peux malheureusement que me dire que ce roman n'était pas fait pour moi.
Pourtant, je n'étais pas partie sur une opinion aussi négative dès le départ. Je trouvais la protagoniste, enfant, si incroyablement et anormalement mature pour son âge, je la trouvais trop forte pour toutes les horreurs qu'elle vivait au quotidien... je trouvais que c'était une enfant tout simplement spéciale, j'avais envie d'en apprendre davantage. Mais cette force désarmante découlerait-elle juste d'une complète immaturité? Ou l'écriture n'est-elle simplement pas adaptée pour une enfant de cet âge? Je pense que l'objectif de l'autrice, c'était de montrer que les enfants de la guerre ont cette singularité, cette profondeur, en raison des dangers du quotidien qui les ont fait vieillir prématurément. Mais même si c'était le cas, j'ai l'impression que l'image de cette enfant incroyablement adulte était si intense et exagérée qu'elle perdait beaucoup de sa crédibilité.
J'ai vraiment été agréablement surprise quand j'ai tourné la page et que j'ai réalisé qu'on avait à la fois accès aux pensées de la protagoniste, et à celles de son père. Mais ma surprise s'est rapidement dissipée, puisque le résultat était loin d'être incroyable. Les deux, même à 30 ans d'écart, utilisaient exactement les mêmes mots, les mêmes expressions, avaient les mêmes idées et pensées. D'avoir des ressemblances entre les deux serait mignon, mais aussi réaliste, c'est normal que certaines choses reviennent étant donné qu'ils évoluent ensemble. Mais de proposer qu'un homme de 40 ans parle exactement comme sa fille de 5 ans, c'est invraisemblable et je n'y crois juste pas. Je trouvais ça un peu scolaire comme idée, pas tellement travaillée, sans vraiment d'imagination.
Si j'ai trouvé la lecture aussi périlleuse et souffrante (j'exagère, mais c'était un peu trop soporifique pour moi), c'est parce que c'est extrêmement répétitif. La répétition est un procédé d'écriture que j'aime beaucoup en général: il permet de conclure une idée en faisant vraiment le tour, en abordant plusieurs de ses aspects et des perspectives qui entourent toutes ses facettes. Mais quand la répétition est utilisée pratiquement à tous les chapitres, c'est que la répétition... est trop répétitive. Plusieurs pages n'étaient vraiment pas nécessaires.
J'ai effectué cette lecture dans le cadre des RDV des premiers romans. Mais contrairement à tous les autres que j'ai lus jusqu'à date, je trouve que c'est le premier qui me fait dire « ça paraît que c'est le premier roman de l'autrice ». C'était trop raw, et pas dans le bon sens du terme, pas assez travaillé, un peu garroché n'importe comment. J'ai quand même pu percevoir une amélioration dans l'écriture du début à la fin du roman. La lecture ne devenait pas plus facile ou plus intéressante, mais je voyais que l'écriture s'était améliorée, était plus fine, perdait un peu de ce caractère trop académique que j'ai tant en horreur, mais qui est tellement caractériel des premières publications d'un auteur.
Ce livre, c'est un peu une grosse métaphore sur le règne végétal, des fleurs aux arbres, en passant bien entendu par les mauvaises herbes et les plantes de balcon que l'on roule entre les doigts. J'aurais été franchement déçue qu'un aussi beau titre ne soit pas suffisamment exploité, mais on y revenait toujours, le phare semblant guider les personnages se retrouvant dans ces vivants à racines. Il propose une discussion sur la dualité entre le nomadisme et le sédentarisme, de ce désir d'atteindre l'un des pôles pour être comme tout le monde, mais aussi de cette force d'attraction qui nous attire à l'autre malgré nous. On discutait aussi de santé mentale, mais je dois avouer que ces passages étaient pratiquement du réalisme magique, ce que je ne lis pas tellement habituellement, ce qui m'a probablement empêchée d'en comprendre tout le sens.
Malgré tous ces commentaires plus négatifs, c'était un roman d'une terrible solitude, d'une fraîcheur inattendue, mais aussi d'une profonde intelligence. Et d'une lenteur qu'il faut savoir apprécier.