De nos jours, nous sommes en mode, souvent connectés, toujours sur Facebook à distribuer des likes et des émoticônes, appeler à la bienveillance ou exprimer sa colère, traquer la fake news, réagir au buzz, et ponctuer nos phrases de du coup, en même temps, voilà, et bonne continuation. Dans une société de l’hyper communication, notre langue change à toute vitesse. De nouveaux termes apparaissent, certains sont importés (impacter, racisé, selfie, burn-out), d’autres inventés (charge mentale, collapsologie) ou employés autrement (c’est juste génial, on est sur, je suis dans…). Or notre langue parle à travers nous. Elle nous dit et nous révèle si l’on sait analyser ses mots et retrouver leurs sens. Saviez-vous par exemple que selfie joue avec le même suffixe que Barbie et Daddy et veut dire "moi chéri"? Que le terme féminicide désigne le massacre (suffixe -cide) des femmes, et qu’il existe depuis deux siècles ? Ou que répéter en vrai traduit notre besoin de distinguer « la vraie vie » de la réalité virtuelle ? Dans cet essai passionnant, Julie Neveux examine plus de cent de nos expressions, rappelle leur origine et étudie leur emploi actuel pour faire notre portrait à partir de nos mots. D’une plume savante, drôle et franchement décomplexée, elle nous emmène dans un voyage linguistique et une enquête jubilatoires : dis-moi comment tu parles, je te dirai qui tu es.
intéressant— mais je suis pas sûre que j’aime les commentaires sur la race en France. Peut-être je suis folle, mais cela a l’air de “higher-than-thou”… “vous êtes le VRAI problème…” si tu le dis. je vais lire plus des livres en français à l’avenir. je vais trouver si je suis toujours une américaine incompétente. allez le woke😱🙌 (pardonnez mon français élémentaire, je suis fatiguée et étudiante.)
4/5 pour le caractère inédit de l'enquête, la pédagogie de l'autrice et mes fous rires à la lecture de certains exemples. Mais j'ai trouvé le chapitre 3 "malaisant" pour reprendre un mot analysé par l'autrice. Particulièrement les entrées liées au racisme.
Telle une éponge, Julie Neveux absorbe tout ce qu'on se dit au quotidien ; puis en examinant les termes et les expressions les plus utilisés à travers le prisme de sa discipline – la linguistique – elle propose un décryptage de l'esprit de notre temps – ce qu'ils disent de nous. Sa discipline peut paraître ardue et peu alléchante au grand public ; mais forte de ses expériences en enseignement et en théâtre, l'auteure parvient à la rendre passionnante. le livre est un mélange étonnant (ou détonnant, ou détonant !) d'humour et d'érudition – sa grille d'analyse n'est pas limitée à une approche strictement linguistique et étymologique, mais elle aborde aussi les sciences cognitives et les sciences humaines et sociales – de sorte qu'on referme le livre en se sentant moins niais, plus « woke » et sans lourdeur d'indigestion intellectuelle. Son esprit butinant donne un ton léger, poétique, optimiste. Son livre est dédié « À Pierre et Victor, en qui [elle a] pu voir, joie pure, l'éclosion du langage », à ses fils si j'ai bien compris ; cette dédicace me toucha particulièrement dans la mesure où, concomitamment à ma lecture, j'assistais moi-même à l'éclosion du langage chez mes enfants. Ainsi, j'ai été particulièrement attentive aux passages dans le livre où elle avoue à demi-mot sa perplexité en tant que mère à ne pas bien « capter » ses ados par moments ; ses expériences firent échos en moi et je saisis mieux l'impératif de devoir s'efforcer à rester connecté à son temps.
Une lecture qui m’a beaucoup plu et fait rire ! Je ne m’attendais pas à ce ton léger, aux nombreuses expressions inventées en plus du reste, qui me sont restées un temps en tête tandis que, comme nous y invite l’autrice, je jetais un autre regard sur les pratiques devenues courantes que je constatais chez des passants, sur le double sens et la provenance des mots qui les décrivaient. Je n’ai lu que deux mots max par jours, afin de me laisser un temps pour m’imprégner de leur sens et pour les observer par moi-même. J’avais emprunté ce livre à la bibliothèque, mais je crois que j’adorerai l’avoir chez moi également pour le reparcourir à volonté.