C'est le soir de Noël, il flotte dans Paris une atmosphère joyeuse. Personne ne se doute que dans la rue Saint-Nicaise, une charrette et un cheval tenu par une petite fille vont exploser, atteignant tous les passants alentour. Sauf Napoléon, le seul visé. Le futur empereur veut punir ses opposants et Fouché en déporte plus de cent. Mais les véritables coupables demeurent introuvables. Parmi eux, Joseph de Limoëlan subit les pires remords. Fouché n'aura de cesse de le traquer. Avec un brio remarquable, Gwenaële Robert saisit ce moment exceptionnel où un nouveau régime s'installe alors que le sang de la Révolution n'est pas encore sec. Au coeur de ces remous, elle se plaît à imaginer le quotidien d'anonymes qui ne mesurent pas toujours l'ampleur des événements politiques dont ils risquent d'être victimes. De la chambre de Joséphine aux fossés de Vincennes, de la Bretagne aux Seychelles, des souterrains de Paris aux rivages de l'Amérique, Never Mind est un roman au souffle puissant qui fouille l'Histoire et le coeur surprenant des hommes.
Comment peut on dire que cela ne fait rien, que ce n'est pas grave, never mind ! lorsque l'on nous raconte la tentative d'assassinat de Napoléon et ses funestes consequences ? Mais il faudra un peu de patience et attendre les dernières pages du livre pour avoir l'explication du choix bizarre de cette expression anglaise comme titre ! Avec ce récit, Gwenaële Robert nous propulse dans une période de notre histoire de France assez complexe. Elle plante le décor : on est à Paris, rue Saint-Nicaise, le soir du réveillon de Noël de l'an 1800. Le plus célèbre de nos corses n'est encore que 1er Consul. Cette nuit là, il se rend à l'opéra avec sa famille. Une énorme explosion a lieu à l'approche de son carrosse mais le veinard s'en sort indemne. Malheureusement, tout le monde n'a pas sa chance. Ce fut une vraie boucherie pour le petit peuple se trouvant au mauvais moment dans cette rue. Il y aura de nombreux blessés et des morts dont la petite Marianne qui tenait le cheval porteur de la machine infernale. Est-ce l'œuvre des jacobains ou des royalistes ? Le "sympathique" Foucher, ministre de la police, va se faire un devoir, voir un plaisir, de trouver et punir les coupables. Et il n'hésite pas à déporter et à guillotiner. Il ne fait pas bon être républicain ou chouan en cette année. L'un de ces vendéens : Joseph de Limoëlan, responsable et témoin de la tuerie, va essayer d'échapper à la traque des policiers. Mais après cette horrible soirée, il va être hanté par l'image de la petite victime innocente. Ce roman historique est très bien construit. Il est rythmé, intéressant, très bien documenté, il m'a juste fallu un petit temps d'adaptation pour me repèrer dans toute cette galerie de personnages.
Gwenaële Robert m'avait fascinée avec Le dernier Bain, j'ai le même ressenti avec ce livre. Il s'agit cette fois des jours qui précèdent l'attentat raté de la rue Nicaise, appelé aussi "conspiration de la machine infernale", le soir de Noël 1800, ainsi que des années qui vont suivre cet événement.
La galerie des personnages, connus (Napoléon bien sûr, Fouché) ou non, est extrêmement bien campée, leurs pensées et leurs réflexions résonnent de justesse.
Le récit est extrêmement rythmé, le livre difficile à lâcher. L'enchaînement des chapitres, reliés entre eux par la reprise d'un mot ou personnage, est savoureux et gracieux, comme le rebondissement d'un balle. Je crois que c'est ce que j'ai le plus apprécié, alors que le récit lui-même est vraiment plaisant. Un travail de virtuose !
C’est une plume modeste, qui s’adapte à tous à la fois par sa lisibilité ( la manière dont les chapitres s’enchaînaient got me on my knee fr ) mais aussi par l’utilisation d’un vocabulaire plutôt soutenu qui imprégnait vraiment de l’atmosphère de l’époque C’mon premier roman historique et j’le regrette pas, j’pense lire plus de livre de cette autrice Vigier, big up à toi
Après avoir lu (et beaucoup apprécié) Le Dernier bain de Gwenaëlle Robert, j’avais hâte de découvrir Never Mind. Ce nouveau roman nous plonge à nouveau au cœur du Paris de la Révolution française, mais cette fois quelques années plus tard, alors que Napoléon Bonaparte a été nommé Premier Consul.
Le fait divers au cœur du roman est l’attentat de la rue Saint-Nicaise le 24 décembre 1800. Fomenté par un groupe de royalistes dirigé par Joseph de Limoëlan, cette tentative d’assassinat de Napoléon échoue, non sans avoir fait plusieurs victimes dans la population.
Un peu comme dans Le Dernier bain où Robert imagine les motivations de Charlotte Corday avant son assassinat de Marat, l’autrice s’interroge ici sur les motivations de Joseph de Limoëlan, ainsi que sur son destin après l’échec de l’attentat. Qui était cet homme ? D’où venait cette haine qu’il vouait à Bonaparte ?
Au-delà du destin individuel du conspirateur raté, Never Mind s’intéresse aux victimes collatérales de l’attentat. Lutte entre jacobins et royalistes, politique répressive de Fouché… La période est riche en tensions politiques et sociales. Le roman évoque aussi des aspects moins connus mais fascinants de la vie parisienne des années 1800, des « bals des victimes » (dans lesquels les royalistes dansent en mimant leur mise à mort en hommage aux martyrs de la Révolution) aux établissements de bains flottants.
Le style de Gwenaëlle Robert est délicieux, à la fois fluide et précis. Elle inclue même une petite figure de style amusante en reprenant fréquemment le dernier mot du chapitre précédent en début d’un nouveau chapitre. Personnellement, j’aurais choisi un autre titre, mais je recommande sans réserve ce roman historique que j’ai pris énormément de plaisir à lire ! Vivement le prochain :)
Gwenaëlle Robert a une plume qui marque les esprits. Elle donne à ses personnages une grande profondeur en leur prêtant sa finesse d'esprit. Elle multiplie les perspectives et donne une magnifique épaisseur à des personnages au cœur torturé et dont les idéaux s'entrechoquent. Elle nous plonge dans le début du règne de Bonaparte avec ses bruits, ses odeurs, ses fresques humaines et sa rugosité..
"Le siècle qui vient ne sera pas le sien. Il ne reconnaît pas l'autorité de Bonaparte, ce général corse arriviste, sans foi ni idéal, formé pour servir le Roi avant de se rallier à une cause républicaine plus à metme de servir ses ambitions personnelles. Il ne lui pardonne pas d'avoir sur les mains le sang des royalistes mitraillés pendant trois quart d'heures sur le parvis de l'église Saint Roch, sinistre fait d'armes qui lui a valu le surnom de General Vendémiaire. Par dessus tout, il devine derrière cet ambitieux le long cortège des traîtres et des opportunistes - on dit que Fouché et Talleyrand lui mangent dans la main - mais aussi des affairistes, des banquiers, des épiciers qui comptent bâtir sur les ruines de l'ancien monde une société d'argent et de commerce où le matérialisme le plus sordide triomphera. Il en résultera des formes de servitudes pires que celles d'avant, des inégalités plus cruelles parce que plus insidieuse.. Il ne se reconnaît pas dans cette France nouvelle, et c'est un signe, cette France nouvelle ne le reconnaît pas non plus." (page 26)
Never Mind est un roman passionnant, qui trace avec habileté le destin de personnages aux profils très divers. C’est une fresque historique qui restitue avec beaucoup de vivacité cette période, à travers de nombreuses anecdotes fascinantes et détails du quotidien. On découvre par exemple une pâtisserie bleu blanc rouge qui a connu un immense succès avant l’arrivée du nouveau régime. Les fameux bains flottants. L’immense bordel parisien. Les dédales des souterrains parisiens, qui peuvent abriter ceux que la police de Fouché cherche activement. Mille détails qui ajoutent un attrait supplémentaire à une intrigue habilement menée, rebondissant de chapitre en chapitre à travers les voix différentes. On s’attache à Joseph de Limoëlan, pourtant responsable d’un carnage. Enfin, et ce n’est pas la moindre de ses qualités, le style est extrêmement agréable. Un coup de cœur !
Un « beau » sujet (l’attentat royaliste contre le consul Bonaparte) qui parle de cette période intérimaire entre la Révolution et l’Empire, mais dont le traitement, par esquives, donne le sentiment de survoler son matériau.