«Je suis face à mon père et je raconte l’histoire de celle qui ne voulait pas. Celle qui n’a pas dit non une seule fois. Celle qui ne s’est pas débattue. Ils me diront : pourquoi tu n’as pas dit non ? Pourquoi tu n’es pas partie ? Pourquoi tu l’as revu après ? Pourquoi tu as menti ? Pourquoi tu en fais un drame ? Pourquoi tu fais toujours des drames ? Certains penseront que je fais des histoires pour rien. Pour moi, ce ne sera jamais rien. Il faut faire des histoires. Ce livre n’est pas un roman. Ce livre est un combat.»
À dix-huit ans, Loulou, alors jeune mannequin, « a une histoire » avec D, un photographe de mode. C’est ce qu’elle se raconte, parce que la réalité est trop insupportable : elle a été victime d’un prédateur, et si elle n’a pas consenti, elle n’a pas non plus résisté. Dix ans plus tard, toujours habitée par la culpabilité et la honte, elle tente de comprendre cette jeune fille qui n’a pas su, n’a pas pu dire non. Et s’attache, dans un style percutant et rageur, à effacer le gris de cette zone où rien n’est ni noir ni blanc. Au-delà de son histoire personnelle, il y a celle des filles et des garçons, de leur éducation. Parce que tout part de là.
Un témoignage touchant, vrai, nécessaire et bien écrit, je ne m’attendais pas à un aussi beau style. Seul petit bémol, je l’ai trouvé un peu répétitif pour un livre aussi court. Par contre, il est extrêmement pertinent sur la non-existence de cette zone grise. Trop souvent, on, j’utilise on comme terme social général et ne m’inclut pas dans cette manière de pensée, considère que dans le doute, dans la «zone grise» c’est oui, mais non, dans le doute ça doit être non. Et je crois que cela doit passer par l’éducation. En partie éduquer les filles à s’assumer, leur droit à refuser tout ou certaines choses et surtout par l’éducation des garçons, des hommes, à ne pas prendre pour acquis que toutes les femmes les désirent ardemment et à savoir s’assurer, à valider le désir de l’autre. C’es quelque chose qui pour moi parait simple et naturel, mais il faut croire que même en 2020, certains, et j’insiste sur le certains, car il est faux et irrespectueux de croire et de dire que nous sommes tous des prédateurs en dormance. Donc que certains hommes n’ont pas évolué aussi des animaux qu’ils le prétendent…
Dans le corps de ce texte, Loulou Robert dit qu'elle (son témoignage) est une bombe qui a pour but d'en déclencher d'autres, l'image me plait et je la reprends pour parler de ce livre.
Il fait boum, il fait mal, vous vous le prenez dans la figure... je n'aime pas le style fait la plupart du temps de phrases très courtes qui s'enchaînent et d'innombrables anaphores mais pour autant, il rend bien l'urgence du propos de Loulou Robert qui, des années après les faits, comprend soudain (un déclic façon détonateur) qu'elle a été violée. Et de là, elle doit en parler, c'est une question de survie. On ressent tout cela de la manière dont le livre est écrit.
La seconde partie est un peu plus apaisée et contient une réflexion très intéressante sur la culture du viol, l'éducation des filles et des garçons, etc. Pas de faux espoirs, pas d'injonction à porter plainte (tellement merci pour ça) mais un texte fort que je conseille.
« Je veux déculpabiliser les victimes « défaillantes », les comme moi, celles qui ne portent pas plainte, celles qui n’ont pas dit non, celles qui ne savent pas encore, qui sentent que quelque chose ne va pas mais ne savent pas quoi, celles qui ne se souviennent pas. Je veux donner les mots à celles qui n’ont pas le choix ».
« Effacer. Séparer. Je suis figée. Je suis papier glacée. Je ne ressens rien. Oui reviennent les sensations. En vrac. Toujours dans le noir. Elles me traversent. Elles restent. Le corps a une mémoire. Je suis un corps sans lumière. Sans début, sans fin. »
Une vraie claque, qui met en colère de bout en bout. Tout le monde devrait le lire, aussi bien les hommes que les femmes, et notamment les jeunes générations, pour espérer un jour anéantir la culture du viol (ce chantier étant malheureusement sans fin). TW viols
Ce livre est extrêmement puissant. J'ai eu du mal avec l'écriture très hachée des premières pages, juste le temps de m'habituer à l'écriture du livre. Les phrases courtes et la mise en page rendent le récit encore plus percutant et le style de Loulou Robert fait raisonner encore plus fortement son histoire en moi. La lecture peut être éprouvante de par ce qui est raconté mais c'est un livre nécessaire. La remise en cause de la zone grise est essentielle, tous les propos me semblent justes... je suis bouleversée.
Ce n’est pas un roman, c’est un cri de douleur et de libération. C’est un ouvrage aux mots qui dérangent et pourtant si nécessaires. C’est une lecture lourde et crispante. Le récit d’un traumatisme, d’une femme-fantasme brisée par la toxicité des hommes, qui bombarde le cœur.