Le colon, figure mitoyenne qui ne se trouve ni dans la position invivable du colonisé ni dans celle, indéfendable, du colonisateur, est généralement relégué au statut de figurant du récit colonial. Complétant le diptyque de Memmi, Alain Deneault révèle ici l’idiot utile, voire indispensable, de l’accaparement du territoire, une figure qui n’existe qu’en solidarité absolue avec la classe qui le domine, mais dont l’impuissance politique et économique l’autorise à s’identifier, lorsque opportun, au colonisé. Le décor où Alain Deneault campe son personnage : le Canada. Coincé entre un passé colonial qu’il veut oublier et un essor républicain sans cesse ajourné, ce territoire qu’on appelle « pays » n’excelle que dans la médiocrité de ses politiques d’extrême centre, mais il livre à la pensée politique un objet d’importance : la condition du colon qui fut celle de la majorité de sa population et qui le reste de mille façons inavouées.
Alain Deneault est titulaire d'un doctorat de philosophie de l'Université de Paris-VIII et enseigne aujourd'hui la sociologie à l'UQAM. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages qui ont fait débat.
Très intéressant pour la critique de la colonisation et l’ajout du colon au diptyque colonisateur-colonisé tel que théorisé par Memmi. Cependant, on sent qu’il tente de faire une belle part aux Français en étant beaucoup plus critique envers les Anglais que les Français. Aussi, son dernier chapitre sur le démantèlement du Canada, en plus d’être court, n’aborde pas la question de rendre la gestion du territoire aux Peuples Premiers. Il choisit plutôt de parler d’un pays reconstruit par et pour ceux qui « s’adonnent à y être, ni plus ni moins ». Ce dernier chapitre me déçoit un peu, parce qu’il laisse de côté celui qui est encore plus touché par la colonisation : le colonisé. Somme toute, il s’agit d’une lecture intéressante dans laquelle j’ai pu revoir ma perception de ce pays-entreprise qu’est le Canada et le rôle joué par les colons dans cette histoire.
I challenged myself to read this book in french - my french is not as fluent as I would like it to be. So the caveat is that I didn't understand everything. The main thing that kept occurring to me was that I wished the author had used Glenn Coulthard's reformulation of Marxist concepts of theft to explain his main thesis. In other words, settlers are exploited through theft of labour time, but Indigenous people are exploited through theft of land and life (and less thoroughly in the history of colonialism in Canada through labour time). I think this could have helped with his main focus, on how settlers have a false consciousness that doesn't recognize their own exploitation. The book seems very Quebecois to me, with a very strong focus on the Crown and British colonization as a particular form of colonization. The colonizer, then, remains Brittain, even when I thought the focus could have been more on the Canadian state as the colonizer. An entertaining and polemical read.
Certains éléments semblent un peu faibles ou pourraient être développés plus en détail, mais réflexions intéressantes et pertinentes de manière générale. 3,5.
Regarde lucide et novateur sur le Canada comme territoire voué à l’exploitation capitaliste. Analyse originale présentée de manière simple sans être simpliste.
Colonisateur ou colonisé: comment peut-on qualifier les Québécois? Alain Deneault réfléchit sur la question dans ce texte avec beaucoup d’esprit. Un livre qui ouvre la discussion et garantit de bons débats.
Je donnerais 3.5 étoiles, alors j'arrondis à 4. Je n'ai pas lu d'autres livres en français (et peu en anglais) sur les relations entre colonisateurs, colons et colonisés sur le territoire de ce qu'on appelle aujourd'hui Québec, ce qui limite l'utilité de mon commentaire ici, mais j'ai trouvé le point de vue d'Alain Denault utile... jusqu'à un certain point. La première moitié du livre combine des analyses historiques éclairantes sur l'impact de la colonisation pour les peuples qui habitaient déjà le nord de l'Amérique. La distinction entre colonisateur et colon est un concept utile qui replace l'arrivée des peuples européens dans un contexte matériel. Malheureusement, les quatre ou cinq derniers chapitres du livre donnent davantage l'impression d'avoir été écrits pour d'autres publications et copiés-collés sans que l'auteur ne sente le besoin de continuer d'utiliser les concepts qu'il a mis en place dans les premiers chapitres. Une analyse qui manque par ailleurs (mais Denault n'est pas le seul coupable ici) est comment les colons sont encore davantage identifiés et acquis aux forces colonisatrices lorsqu'elles en deviennent actionnaires (via leurs fonds de retraite). J'apprécie que Denault initie une réflexion chez son lectorat en posant des questions et en soulignant que la situation n'est qu'une configuration historique qui n'a pas à être éternelle, et qu'un changement est possible... mais, comme l'ont souligné d'autres critiques, côté conclusion, "c'est un peu court".
Livre décapant, qui défait nos idées reçues sur le statut inférieur du Québécois (ou Canadien français). En fait, il se trouve dans une position mitoyenne, dans l'entre-deux, c'est l'homme moyen, qui cherche son rôle. Tantôt le maître, tantôt le serviteur. Deneault renouvelle notre compréhension de l'histoire du Québec et du Canada, en dévoilant comment la logique extractiviste est au coeur de notre identité.
Un bel essai d'Alain Deneault qui tente d'approfondir l'opposition classique entre Colonisateur et Colonisé et approfondissant un peu plus le rôle du colon en tant que tel, élément souvent manquant des analyses sur la colonisation. N'étant pas asujetti comme le colonisé, ni ne profitant de la colonisation comme le colonisateur, le colon se trouve dans une position d'exploité tout en continuant de vouloir s'identifier au groupe dominant. Faisant un survol historique de l'établissement des colonies Française et Britannique au Canada, tout en établissant le rôle majeur que les entreprises privées y ont joué dès le début, on arrive à une conception de l'histoire bien différente que celle de la propagande étatique. Après avoir fini la lecture de l'essai, on comprend plus que jamais que le Canada n'est pas tant un pays que quelques compagnies d'exploitation des ressources dans un trenchcoat qui se déguisent comme tel. J'aurais aimé une fin un peu plus étoffée et une exploration plus approfondie de certains sujets, mais cela reste une lecture éclairante.
Importante réflexion sur l’impasse de l’identité canadienne et sur le peu de liens qui unissent, au fond, les habitants d’un même territoire. L’ajout du groupe « colon » pour définir les relations de ces habitants est essentiel et très pertinent ; il faut, oui, élargir la pensée binaire colonisateur-colonisé. Par contre, j’ai trouvé qu’on explorait assez peu les conséquences actuelles de la « mauvaise conscience de classe » des colons sur les peuples autochtones. Le chapitre qui les présente n’évoque pas suffisamment leur réalité contemporaine et le fait qu’ils souffrent toujours des impacts, passés et présents, de la colonisation. Comme l’ont remarqué plusieurs, le dernier chapitre (« Démanteler le Canada ») aurait pu être plus exhaustif, aurait pu creuser ou affirmer davantage la responsabilité des colons dans toute cette entreprise.
Un livre qui porte à réflections sur l'expérience coloniale et les moeurs dont le Canada en a hérité. "C'est alors le délicat enjeu de la responsabilité des colons qui se pose. Jamais tout à fait coupables, jamais tout à fait victimes, reproducteurs mimétiques de l'outrecuidance coloniale et dupes de sa propagande, savourant les miettes qu'ils comptent comme les retombées de leur compromission historique, et vivant comme un privilège le confort formaté dont ils jouissent à crédit, les colons jouent un rôle toujours ambigu, et c'est dans l'équivoque de ce rôle qu'ils trouvent encore à déjouer leur esprit pour déroger à un douloureux travail de conscience."
Mise au point intéressante du concept de Memmi (la colonisation = le colonisateur réduit à néant le colonisé) à travers une histoire du Canada peuplée d'exploitations et d'injustices amorcées par les colonisateurs où les colons - classe intermédiaire dont nous faisons pour la plupart partie -, jouent un rôle essentiel et structurant, sans trop le savoir, pour le bénéfice des colonisateurs.
"le colon [...] amorce son travail d'émancipation lorsqu'il se demande : qu'est-ce que je fais là ?!"
Une lecture difficile, mais nécessaire. Deneault cadre bien l'État canadien: un État-entreprise qui n'existe qu'avec pour but unique l'exploitation des ressources. La distinction entre colon et colonisé est pertinente. Lecture suscitant des réflexions importantes sur le rôle que l'on joue sur ce territoire.
Une formidable analyse du Québec actuel - le monde parcouru de schizophrénie des colons, celui des colonisés et celui des colonisateurs. Ce livre amène une toute nouvelle vision à la fois historique, économique et culturelle à ce territoire canadien. C'est un must absolu.
Les livres de cette collection sont toujours juste un p'tit peu trop denses pour moi, mais le concept du colon manquant dans l'habituelle discussion colonisé-colonisateur m'a beaucoup éclairée sur ma compréhension des enjeux autour de la question. Les exemples étaient parlants.
Vaut la peine d'être lu juste pour le chapitre sur le Nouveau-Brunswick et la famille Irving; pour comprendre l'ampleur de la domination des entreprises sur le Dominion du Canada. Plus écrit comme des bullets points, mais quand même agréable.
L'auteur apporte une idée nouvelle concernant la colonisation: ajouter le colon dans le portrait, traditionnellement perçu comme étant une histoire de colonisateur/colonisé.