Un discours qu'on a du mal à ne pas mettre au niveau de l'interprétation des prénoms ou des thèmes astrologiques. Dans ce livre tout est affirmé comme des vérités absolues. Le “blessé” qui arrive avec ses doutes, et son désespoir, en fin de parcours, trouvera là la parole assurée et rassurante d’un auteur qui hérite d'une vérité divine. Évidemment tout affirmation se passe du besoin de démontrer, de prouver ou d’étayer...
Le ton est docte pour nous emporter. La posture positive d’acceptation proposée est un séduisant programme, pourquoi pas. Alors quelle efficacité a ce livre pour nous convertir, nous les blessés, les souffrants, les désespérés de la science officielle au bout du bout du rayon développement personnel ? Quel niveau de croyance arrive-t-on à produire à la lecture de l’ouvrage pour générer un effet, soit-il placebo, en tout cas efficace ?
Le livre stipule que la guérison passe par la reconnaissance et la distinction de sa ou de ses blessures parmi 5 grands types. Cinq blessures sont donc identifiées par des caractéristiques physiques objectives et une description du type de lien soit avec le père soit la mère du sujet. Le jeu est donc d’identifier sa blessure, de se reconnaître dans les (très laides) illustrations proposées pour chacune des personnalités. Ce qui est déjà un programme quand on essaie de reconstruire son ego. L'objectif : reconnaitre si l’on est plutôt victime de rejet, d’abandon, d’humiliation, d’injustice, ou enfin de trahison. C'est assez drôle au début d'ailleurs. Quel type de blessé suis-je plutôt ? Ces cinq fiches typologiques doivent nous permettre d'en savoir plus sur nous-même. C'est la proposition du livre vous n'y aurais pas échappé.
Mais rapidement la frontière entre les blessures semble poreuse, on ne sait plus, on saute d’une section à l’autre pour faire le jeu des septs erreurs : si je m’habille en noir je suis plus cela, si je suis mince je suis plus cela, si ma voiture est fonctionnelle je suis plus cela etc. Puisque l’on parle de la relation avec ses parents comment se sentir abandonné sans se sentir rejeté ? Ou l’inverse. lorsqu’on se sent rejeté ou abandonné comment ne pas se sentir victime d’une injustice, humilié ou trahi. Réponse de l'auteur ? Pas de problème, vous pouvez avoir plusieurs blessures. D'ailleurs, si vous ne vous identifiez qu’à une blessure, l’auteur vous conseille de reconsidérer la chose (histoire de ne pas lire que votre partie) : votre égo vous trompe toujours et essaye de brouiller les pistes pour ne pas guérir donc surtout ne croyez pas à ce que vous croyez savoir sur vous...
L’effet Barnum est maximal : Je me reconnais dans ces blessures, même dans celle dans lesquelles je ne me reconnais pas, je pioche ici et là des traits qui semblent me décrire parfaitement et je tire celles que je ne reconnais pas pour qu'elles recouvre un peu de ce que je suis. J’ai (parfois) l’impression d'une révélation sur moi (tout à fait comme avec la signification des prénoms et l’horoscope)... Mais c'est tellement moi ! Ah c'est donc pour ça ! Votre croyance dans la crédibilité de l’auteur et de ses théories passe par la réussite de ce tour de passe passe. L'impression que vous aurez de sa clairvoyance.
Factuellement, que nous apporte ce découpage en 5 catégories de blessures ? Une liste détaillées de comportements problématiques pour répondre à nos psychoses en fonction de notre comportement ? Un miroir d'analyse ? Oui, mais les propositions tiennent sur un quart de page, formulées en bullets points. Si le livre ne vous tombe pas des mains à ce stade vous pouvez pousser jusqu'à la conclusion.
Peut-on adresser les problèmes identifiés avec des attitudes spécifiques ? Peut-on choisir de cesser de subir ? Doit-on trouver des qualités dans notre typologie pour apprendre à s'accepter ? C’est ce que proposent brièvement les dernières pages du livre. Avec le même aplomb, Bourbeau explique reconnaissez-vous, acceptez-vous. C'est tout. Pshit ! Tout ça pour ça. Passez votre chemin, il n'y a rien à voir.
Aux esprits rationnels, il faudra une bonne dose de détachement pour traverser les nombreuses affirmations sur les réincarnations et notre statut de Dieu. Pour “réincarnation” vous pourrez toujours remplacer par “héritage génétique” et pour “être Dieu” par “donner à notre vie la plus haute valeur”. Ça passe. Par contre pour les affirmations concernant les liens mécaniques entre maladies et blessures (ex: l’abandonné développe des cancers) évidement pas d’études randomisées en double aveugle donc débrouillez-vous avec votre rationalité. (Au fait Bourbeau n'a aucune bio en ligne aucun diplômes affichés rien...màj j'ai appris par un documentaire sur Arte que c'était une championne de la vente Tupperware reconvertie dans le dev personnel !)
Désigner ses blessures et les accepter suffit a s’en libérer. Merci madame. Si vous avez passé dix ans sur le divan j’ai peur que là aussi ce soit un peu juste pour vous émoustiller. Mais la vraie proposition originale c'est d’abandonner les reproches à ses parents et pour y réussir, elle suggère de s’autoriser à être soi-même à son tour bourreau avec les autres et sans culpabilité bien sûr puisque tout est là pour une raison et les bourreaux et les victimes... C'est très limite et ce n'est pas une bonne nouvelle pour nos enfants... On espère que ce livre ne tombera pas dans les mains des alcooliques, violeurs, etc.
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On entre dans ce type de littérature en voulant croire en sa capacité à nous apporter des révélations pour nous transformer et "changer nos vies". On y entre avec nos souffrances, pour sauver notre peau, rien à perdre. Alors on se laisse porter, on se laisse prendre, on cherche même l'emprise du sachant, avec une bonne dose d'ouverture aux délires mystiques new age et avec un espoir un peu fou (tkt Mivilude ce ne sont que des livres). C'est de l'auto-hypnose. En échange, on espère une efficacité, osons le dire, magique... Mais l'illusion s'effondre si la voix déraille, le truc apparaît... Et ici le truc c'est l'effet Barnum. On se retrouve bien bête au lieu d'être sauvé.
Courage, il y a de vrais choses à faire pour soi. On peut éventuellement lire ce livre pour rire des illustrations naïves. Ou pour jouer au jeu des septs erreurs entre les typologies de blessures. Sinon aller faire un footing ou boire un verre d'eau aura plus d'effet pour transformer votre vie.