Vous montez un col, traversez une forêt, longez une rivière. Au fond de la vallée, les restes d’un village, des blocs de pierre brisés, presque rien : ci-gît Chaudun, village maudit qui fut vendu en 1895 par ses habitants à l’administration des Eaux et Forêts. Trop d’hommes et de femmes, trop de bêtes à nourrir. Au fil des ans, la plupart des bois ont disparu, ravagés par des coupes excessives. La vallée est exsangue, les pâturages inexploitables. Comme un torrent en crue, le récit de Luc Bronner charrie et recompose toutes les traces du passage des hommes et des femmes dans leur intimité et jusqu’à leur fuite inéluctable.Évocation poétique, érudite et charnelle des paysages alpins, de leur beauté et de leur cruauté, ce livre est le récit minutieux d’un désastre écologique et humain et, in fine, d’une résurrection : aujourd’hui, Chaudun est le coeur d’un espace ensauvagé, l’une des plus somptueuses vallées d’Europe où l’animal a remplacé l’homme. La quête s’achève sur un éblouissement : « Il faudrait raconter la jouissance des botanistes dans ces lieux abandonnés par l’homme depuis plus d’un siècle. Cette étrange sensation de vertige face à la beauté infinie. Je me berce de cette opulence, de cette orgie du végétal qui déborde de toutes parts, à toutes les heures du jour et de la nuit. »
L'histoire d'un village haut-alpin, près de Gap, vendu à l'ONF (Office national des forêts) à la fin du XIXe en raison de la désolation des alentours, provoquée par le surpâturage dû à l'afflux des moutons de tout le sud... bref, entre capitalisme, crise environnementale et poésie sur un espace désormais bien sauvage, un beau récit donnant à penser...
En ouvrant ce livre, je ne m’attendais vraiment pas à cette approche unique de l’histoire, l’histoire avec un petit h pour raconter celle des habitants de ce village disparu Chaudun. L’auteur, grâce à de nombreuses recherches sur des registres d’époque, dans les statistiques, retrace méticuleusement la vie de ces habitants, avec l’accent sur quelques destins en particulier pour nous aider à mieux comprendre comment Chaudun a été vendu… et pourquoi! Chaque petit fil d’ariane est passionnant, richement documenté. C’est un traitement d’enqueteur, de journaliste mais à la fois très poétique qui nous permet de comprendre que, dès le XIXe siècle, l’Homme (avec un grand H cette fois) abusait déjà de la nature et les catastrophes se multipliaient déjà par sa faute. La vie à la montagne est rude, rien n’est romancé, tout est passionnant. Alors, il ne faut pas s’attendre justement à une histoire de A à Z, Luc Bronner a fait… ce que je crois nous rêvons tous de faire lorsque nous tombons sur de drôles de ruines lors d’une randonnée, il nous révèle tous ses secrets. On pourrait être triste de connaître le dénouement dès le début, on pourrait être en colère contre cet abandon… mais au final, c’est la magnifique conclusion de l’auteur, le renoncement des habitants de Chaudun est le plus beau cadeau qu’ils ont pu faire aux générations suivantes : la préservation de cette montagne, le retour à son état naturel pour que nous puissions en profiter…. Un vrai coup de coeur… que je comprends pourquoi d’autres lecteurs.rices ne partagent pas à cause de l’approche mi-journalistique mi-sociologique.