Non multa sed multum : non pas la quantité mais la qualité. Cela pourrait être la devise de ce livre. C'est en tout cas l'argument que l'auteur utilise quand il critique le transhumanisme (dont le symbole est H+). Le plus n'est pas forcément mieux. Ce qui est incontestable c'est l'évolution darwinienne. Animal Laborans tout d'abord, car les animaux travaillent. Homo faber ensuite, stade auquel beaucoup de petites mains et de petites gens sont attachés. Traditionnellement il s'agissait de la base électorale de la gauche alors Benoît Hamon essaie de leur parler avec ce qui n'est rien d'autre que de la redistribution réactualisée avec toujours le travail comme valeur fondatrice. La seule différence étant que le travail ne se résume plus à l'emploi. Et la technique dans tout ça ? Lors de la campagne présidentielle de 2017, c'était pourtant l'argument majeur du candidat. L'automatisation allait détruire des jobs, il fallait donc instaurer un revenu de base pour redistribuer autrement que par les salaires. Cette prévision est reprise dans ce livre mais n'est malheureusement pas assez développée. Benoît Hamon dézingue à juste titre la poussiéreuse théorie de la destruction créatrice de Schumpeter. Mais il ajoute : "Vive les robots, s'ils permettent aux travailleurs qui ont le plus « trimé » de jouir quelques années de plus de leur retraite bien méritée". Cela manque singulièrement d'ambition ! Mais peut-être l'auteur a-t-il raison, il ne faut pas confondre puissance et grandeur.
Toujours est-il qu'il faut avoir les moyens de lutter contre les grands fléaux qui nous affectent. Maladie, vieillesse et mort pour le transhumanisme. Inégalités, chômage et pauvreté pour le socialisme. Or ces maux sont liés. La puissance de la technique nous émancipe car elle "repousse l'animalité du monde". Mais l'ancien ministre semble sceptique, alors il cite Jacques Ellul et craint que le "changement civilisationnel" qu'il appelle de ses vœux n'aboutisse à une civilisation du poisson rouge (1). Et si cette "cage de fer" consumériste, productiviste et capitaliste était une cage dorée ? Qu'elle nous permettait de sortir d'une "civilisation du charbon" où la valeur travail est une valeur refuge, où il faut aller au charbon parce que c'est comme ça depuis toujours ? Sortir de cette prison dorée où la paix sociale aura remplacé la lutte des classes, oui, mais par la pensée, celle d'un homo véritablement sapiens, et pourquoi pas super sapiens.
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1 : «La civilisation du poisson rouge: Petit traité sur le marché de l'attention» de Bruno Patino (2019), livre cité par Benoît Hamon.