Titaÿna a 23 ans lorsqu’elle part seule, dans les années 1920, tenter l’aventure en Océanie. Elle y passe de longs mois et, engagée comme mousse sur une goélette, voyage d’île en île. La jeune journaliste part alors à la rencontre des populations locales, rapporte leurs histoires et leurs coutumes. Elle se baigne le soir dans la rivière avec les Tahitiennes qui lui parlent des tupapau (les revenants), échange avec une femme maorie, assiste aux danses couchées sur les plages de diamants noirs. Elle croise sur sa route de nombreux Européens qui, comme elle, ont voulu vivre l’aventure et ont échoué sur ces îles en apparence paradisiaques sans connaître la fortune espérée. Après l’aventure, c’est le temps de la désillusion.
À rebours du récit de voyage, dans une langue acérée et poétique, Titaÿna décrit dix années plus tard l’envers de sa vie d’aventurière et livre un témoignage moderne et brut sur les colons partis dans les années 1920 dans des contrées fantasmées.
Ce livre, c’est le « travel writing » colonial dans ce qu’il a de mieux et de pire. Un bijou littéraire, bien entendu ; mais qui en dit plus sans doute sur le pays de départ que sur les pays visités. Une France bourgeoise en grande mutation mais qui ne le sait pas vraiment ; qui croit sans doute possible à sa supériorité sur les peuples colonisés mais sans être convaincu d’un projet colonial, rarement explicité de toute façon.
L’ouvrage est un peu décousu, naturellement : c’est essentiellement une compilation d’articles écrits durant le périple. En dehors des descriptions de paysages, de moments de vie, et des descriptions des mœurs indigènes (qu’on ne prendra bien sûr pas pour argent comptant), son fil directeur est une galerie de personnages (tous des hommes français ou européens), qui donnent leurs noms aux différents chapitres. Ils prolongent chacun l’expérience propre de la narratrice pour incarner collectivement l’impossibilité de l’aventure; c’est à dire, si l’on veut, la conscience qui s’installe de la finitude du monde.
Une pièce importante de cette de la littérature française de ce qui ne se savait pas encore « l’Entre-deux-guerres. » Titaÿna usât-elle de la même « prose hypnotique et onirique » (pour citer la jaquette) dans les papiers qu’elle commit, quelques années plus, pour la presse collaborationniste ? Ce serait à l’évidence tout à fait cohérent. Et ne retire rien à l’intérêt de l’ouvrage.