Ces articles se trouvent réunis sous le titre "Essais quasi politiques" dans la partie "Variété" du tome I de la Pléiade (Gallimard, 1957).
Les trois titres de cette édition de 2018 sont, sans doute, les plus souvent cités. Cependant, d'autres articles sur les mêmes sujets sont aussi utiles. Citons particulièrement le plus ancien, "Une conquête méthodique" (1898), dans lequel le jeune poète donne une analyse prémonitoire de la culture allemande.
De façon générale, la hauteur de vue que manifeste l'auteur lui permet de dégager des "vérités" qui non seulement s'appliquent à son temps, mais aussi résonnent fortement dans notre situation actuelle. Bien qu'antérieure à la deuxième guerre mondiale, son analyse critique du "modernisme" conserve sa pertinence presque sur tous les sujets, jusqu'aux plus pratiques (ses vues sur l'enseignement, par exemple, pourrait bien inspirer nos gouvernements !).
Néanmoins, certaines réflexions semblent, dans notre perception actuelle, très européocentriques ; on soupçonne parfois quelques préjugés souterrains, niaiseries nationalistes, relents nauséabonds (que l'on trouve aussi chez nombre d'historiens de l'époque) — à la limite du supportable : le discours de remerciement à Pétain, lourd panégyrique, certes, antérieur au gouvernement de Vichy.
L'écriture n'est pas à l'abri de grandes formules générales et ronflantes, ni de la grandiloquence de l'abstraction. Des problématiques essentielles sont oblitérées : capitalisme, domination, colonialisme... L'époque, me direz-vous ? Pourtant, d'autres intellectuels s'étaient montrés plus clairvoyants (dont Gide, pour n'en citer qu'un, avec lequel Paul Valéry échangeait). On attendait mieux de la part d'un tel esprit. Ces défauts et ces limites n'enlèvent rien à l'intérêt du texte, au contraire : ils doivent nous mettre en garde contre les difficultés à penser ces questions, même pour un esprit aussi exigeant. Ils n'empêchent pas des intuitions, des fulgurations, dont nous pouvons tirer profit pour aborder l'aujourd'hui.