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CORYPHÉE. Nous, nous n'avons pas réussi là où Œdipe a réussi.
ŒDIPE. Ne t'afflige pas. La sphinge qui attaque ta cité, étranger, si c'est la même que celle qui a cherché à détruire la mienne, semble avoir gagné en monstruosité, en horreur et en méchanceté.
ANTIGONE. Il faut pourtant l'abattre.
CORYPHÉE. Comment? Elle est partout et nulle part, elle est impossible à défier, elle n'existe pas et nous fait souffrir. Elle s'impose à nous non pas en hors-la-loi, mais, au contraire, en ayant pour elle la loi.
ŒDIPE. Si c'est toujours la même sphinge qui revient, posant toujours la même question, de manière plus cachée et plus dévoyée, il faut lui faire toujours la même réponse.
CORYPHÉE. L'humain. Oui. Tu as raison. L'humain reste la réponse à toute forme de terreur. Mais l'humain ne semble plus croire en lui-même pour se penser comme la réponse contre le malheur. Parfois, le courage manque et la terreur fait peur. Quand on ose se dresser contre l'injustice, on le paie souvent de sa vie. Je ne sais pas si j'ai ce courage. J'aimerais, mais je ne sais pas. Alexandros est mort de cela. Du manque de courage qui semble être le lot de mon époque. Son assassinat est le nom du désarroi de chacun. La Grèce semble enfermée dans une grotte où vit un monstre qui a bloqué l'entrée d'une pierre trop lourde.
Des éclats de rumeurs violentes au loin.
ANTIGONE. La colère gronde.
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p.36 des Larmes d'Œdipe, de Wajdi Mouawad