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160 pages, Paperback
First published January 1, 2014

'Qu'allais-je trouver là-bas? Et qu'était devenu ce jardin maintenant que son jardinier avait disparu? Un simple lieu de mémoire? Un monument funéraire?
Ah non, Prospect Cottage était tout sauf cela.
Le jardin débordait de vie, et la mort y était partout présente.' p.20-21
'Il me semblait que ce lieu exposé à tous les vents cachait un secret, comme un poème que l'on ne comprend pas tout à fait mais dont on sent, en le lisant, qu'il est en train de changer notre vie.' p.22-23
'Pas besoin d'être spécialiste pour savoir qu'un jardin a besoin de temps, que les arbres mettent des dizaines d'années à devenir grands. Mais Jarman savait aussi que le jardinage est un acte de foi dans l'avenir, aveugle, comme tout acte de foi.' p.25

'C'est l'ombre que je préfère et qui m'attire irrésistiblement dès que je pénètre dans un enclos verdoyant. Je ne saurais dire pourquoi, mais je ne peux m'empêcher de croire que c'est dans ses parties ombragées que le jardin vit sa véritable vie, dans ses coulisses, loin du regard du public et de la scène éclairée a giorno par les projecteurs. Un Éden, oui, mais très discret et qui aurait fini par intégrer la mort en son sein.' p.60
'...plongée dans le noir, les silhouettes des pins parasols, placés sur la crête des collines par la main du hasard. Le regard ardent que me lançait un garçon qui passait tout près de moi, me frôlant presque, ou un chat qui venait se frotter contre mes mollets me tiraient de ma rêverie. Je me rappelais qu'à Monte Caprino je n'étais qu'un intrus. Un touriste. Mais comme c'était agréable de l'être, dans ce jardin nocturne !' p.66

'"Un désert de céréales", avait écrit Balzac à propos de ce coin de France. En effet, c'était la première fois que je voyais un paysage aussi désolé, excepté celui de la campagne autour de Sarajevo après les premiers bombardements, lorsque les paysans avaient commencé à fuir. Plat et vide.' p.74
'Il [Beckett] découvrit Ussy-sur-Marne en 1948, grâce au peintre Henri Hayden [...]. En 1953, avec l'argent hérité de sa mère, il acheta un terrain près du village. Ce paysage peu pittoresque, qui lui rappelait son Irlande, lui avait plu tout de suite. Grâce ensuite à l'argent provenant d'En attendant Godot, qui venait d'être créé au théâtre de Babylone, à Paris, le quatre janvier de la même année, il se fit construire une maison entourée d'un jardin. Il la voulut simple et austère. Salon-cuisine, chambre à coucher. "C'est Godot, disait-il, qui l'a bâtie.”' p.79
'Dans ce lieu presque invisible, tellement il était anonyme et loin de tout, Beckett pouvait donc écrire, rester assis au soleil complètement nu, lire son cher Dante ou les tonnes de polars que lui prêtait son ami Hayden, écouter de la musique en buvant du vin blanc jusque tard dans la nuit ou jouer du piano, et ce dans la solitude la plus dépouillée.' p.80-81

'"Voilà un jardin composé par un poète!" écrivis-je avec enthousiasme dans mon carnet le soir même, lorsque tous les autres jardiniers furent rentrés chez eux, et que j'étais à nouveau seul dans le parc. Mais un poète qui aurait choisi une forme de poésie sans paroles, une poésie qui s'incarne dans l'espace, dans la matière vivante et frémissante du monde, passagère comme tout ce qui vit.' p.94