Première réaction, dès les premiers paragraphes ; quelle plume! Quelle richesse d’écriture!! Deuxième réaction, après quelques pages ; absolument indigeste. Un barrage de mots, des phrases-listes acrobatiques qui me font perdre de vue le propos, ou l’émotion, ou le sens. Quel dommage
Je suis une inconditionnelle de Linda Lê et je trouve enfin le temps d’écrire deux mots sur ce livre diversement apprécié ici. Je fais d’abord remarqué qu’il s’agit d’un texte de commande en quelque sorte puisqu’il est publié chez NiL, dans la collection « les affranchis ». C’est une des clés de ce beau texte. La collection conçue et dirigée par Claire Debru se présente en ces termes : « Quand tout a été dit sans qu’il soit possible de tourner la page, écrire à l’autre devient la seule issue. Mais passer à l’acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa “Lettre au père”, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir. Écrire une lettre, une seule, c’est offrir le point final, s’affranchir d’une vieille histoire. La collection “Les Affranchis” fait donc cette demande à ses auteurs : “Écrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite”. » Il importe donc peu que Linda Lê ait elle-même des enfants ou pas. J’ai pour ma part trois enfants et partage largement les arguments de l’écrivaine à qui je voue une admiration presque sans bornes. C’est pourquoi je conseille la lecture de ce bref texte. Page 38 elle reprend l’assertion de Tolstoï, glanée dans son « Journal » : « La maternité n’est pas la plus haute vocation d’une femme ». Si elle choisit de s’adresser directement à cet être qui n’existera que dans l’imaginaire de sa conceptrice c’est, à mon sens, pour mieux interpeller sur la condition féminine en général, par delà la maternité, car il ne faut pas l’occulter, dans le texte il y a un certain S., compagnon de la narratrice qui est également présent. Linda Lê a choisi de consacrer sa vie à l’écriture comme semble l’indiquer le quatrième de couverture : « La mise au jour d’une fiction n’équivaut pas à l’éclosion en soi d’un germe de vie ». La lettre est somme toute empreinte de tendresse comme l’attestent ses dernières lignes et le style très agréable d’écriture invite à découvrir d’autres livres de Linda Lê.
Very interesting novel, would love to read more by Linda Lê. Loved the form, a letter to a son she never had, discussing womanhood, motherhood and society.
Quotes "je serai toujours la fille, libre d'entraves, et non la mère aux multiples obligations, je n'aurai pas pris le risque de lézarder mon image en ayant un fils qui, avec le temps, en serait peut-être venu à désavouer chacune de mes actions." - beautifully expressed my feelings about motherhood"
"Tandis que les flammes dévoraient les feuillets, des larmes ruisselaient de mes yeux, je pleurais sans pouvoir m'arrêter. Je ne serais pas sur quoi je pleurais, peut-être sur le temps enfui, sur mes amours altérées, mes amitiés défuntes,mes ambitions embaumées, sur moi-même, [...] à la dépersonnalisation, ou sur toi, que j'avais immolé à mon art."
Triste. Infiniment personnel (pas un texte qui viserait qq chose d’universel/partagé auprès de ses lectrices) et c’est très bien comme ça. Écriture un peu trop érudite pour moi ceci dit
Il m'arrive rarement d'être aussi frustrée à la lecture d'un ouvrage. Je suis lasse de lire des récits qui traitent du non-désir d'enfants comme étant lié à un mauvais passif avec ses propres parents, à des désordres mentaux ou à un projet de vie tellement grand, qu'il ne laisse pas de place à la parentalité. Je suis fatiguée de me voir dire que je suis égoïste, que "tu verras, ça viendra, en grandissant" ou que je vais me sentir seule plus tard. Donc faire un enfant pour me sentir moins seule ? Et c'est moi qui suis égoïste ?
Je referme cette lettre, amère. Je ne sais pas exactement ce que j'y cherchais. Un réconfort peut-être, un soutien sûrement, mais certainement pas ce malaise à base d'une personne fragile qui remet en question ses choix à cause de la pression sociale. Attention, je ne suis pas entrain de dire que l'autrice n'a pas le droit de l'être. Des moments de doutes, on en à tous. Mais en partant du postulat qu'elle ne veut pas avoir d'enfant, il m'est difficile d'accepter qu'elle se sente douter à cause des autres, sans les pointer du doigt. Sans dire que ce qu'ils font est mal et ne devrait pas exister. Chacun son corps, chacun sa vie, chacun ses choix. C'est difficile à comprendre ça ?
Je ne peux pas être foncièrement mauvaise face à cet ouvrage d'une intimité flagrante. Qui suis-je pour juger le ressentit de quelqu'un ? En revanche, quand on sait qu'il a été cité dans d'autres livres traitant également du non-désir d'enfant comme étant une référence sur le sujet, c'est non.